AU FIL DES HOMELIES

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LE DEVOIR D'AIMER

Is 58, 1-9 a ; Lc 10, 25-27
Vendredi après les Cendres - année B (15 février 1991)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

V

a sans cesse, et sans cesse fais de même !" C'est ainsi que cet évangile se termine. Et je me pose une question :Depuis quand aimer est-il un devoir ? Il semble que cela date d'un bon moment. En effet, lorsque le légiste arrive devant Jésus pour l'embarrasser, il Lui pose une question bien précise qui a trait à la Loi, celle que nous trou­vons dans l'Exode et le Lévitique. En effet, nous avons cette réponse de Jésus à cette question embar­rassante : au lieu de répondre, Il fait répondre le lé­giste qui connaît donc parfaitement son Code et qui dit : "Tu aimeras le Seigneur de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit" et il ajoute en un seul verset "et ton prochain comme toi-même". Ainsi donc, aimer Dieu et aimer le prochain est la même chose. Mais aimer Dieu, ça va, si on aime Dieu, on aime son prochain : c'est pas mal. Mais qui est notre prochain.

C'est encore une question de légiste. En effet, si le prêtre et le lévite ne s'arrêtent pas devant cet homme blessé, à demi-mort, c'est parce qu'ils ont peur de se souiller, ils ont peur de toucher un homme à demi-mort et, pour des raisons de pureté, ils veulent continuer à exercer leur fonction pour être dans le droit, pour faire leur devoir c'est-à-dire ce pour quoi ils sont faits et ainsi aimer Dieu. Il y a donc une oppo­sition dans l'amour que l'on a à porter envers le pro­chain et envers Dieu, en tout cas dans cette situation précise. Puisque je me plais à imaginer que ni le prê­tre ni le lévite n'aimaient moins certainement cet homme blessé, mais pour aimer plus Dieu, ils n'ont pas franchi les limites de la Loi qui leur était donnée.

Ainsi donc l'amour de Dieu imposerait-il un devoir qui fait que l'amour du prochain ne pourrait pas en bénéficier ? Là encore, Jésus est plein d'ensei­gnements. Tous les Pères de l'Église nous diront que Jésus est devenu le bon samaritain. Certes c'est vrai, mais en même temps, il y a quelque chose d'assez profond dans la parole de Dieu. Quand le légiste s'avance et demande à Jésus : "Qui est mon prochain ?" Jésus pose finalement la question à la fin de la parabole. "Qui est devenu le prochain de cet homme ?" On a vite tendance à imaginer que le Bon Samaritain a trouvé qui était son prochain. Or c'est le blessé qui a révélé à tous les hommes qui pouvait devenir son prochain. En effet, de ces trois hommes, qui a été le prochain de ce blessé ? Ainsi donc, pour nous, il y a là un enseignement.

Lorsque nous approchons de quelqu'un, ce n'est pas nous qui nous faisons si proche de lui que lui qui se fait proche de nous. Dans sa blessure et dans sa souffrance, il y a la révélation de la miséricorde de Dieu. En arrivant ainsi, lorsque nous nous approchons de tout homme blessé et rejeté par d'autres, nous arri­vons à être, nous le prochain de celui qui est sur le bord du chemin. Ainsi donc, il n'y a plus d'opposition entre l'amour de Dieu et l'amour du prochain car le Christ Lui-même rejoindra, en sa personne, cet amour de Dieu et cet amour du prochain. Lorsque le Ven­dredi-Saint, nous nous approcherons pour embrasser la croix, il faudra penser que nous embrassons un homme blessé, un homme torturé certes qui est plus qu'à demi-mort et même mort. Et que, dans ce cas-là, c'est nous qui nous faisons le prochain de Dieu. Mais Il est en même temps notre prochain puisqu'Il nous révèle la miséricorde de Dieu. Quel est en effet l'homme qui se fait plus proche de tous les autres hommes si ce n'est Dieu Lui-même ? Ainsi donc, nous avons à aller sans cesse à faire route. C'est pour­quoi le dernier mot que prononce Jésus dans ce pas­sage : "Va sans cesse et sans cesse fais de même !" c'est-à-dire que non seulement tu deviens le prochain de tout homme en l'aimant, mais Dieu aussi s'est fait le prochain de toi-même puisque tu as su le rejoindre là où Il est venu, c'est-à-dire dans son humanité, dans ses blessures et dans ses souffrances. Aimer n'est donc plus un devoir. Il n'y a pas contradiction entre aimer Dieu et son prochain comme pourraient le lais­ser entendre tous les dires du légiste à propos de la Loi, puisque, en sa personne, Jésus a rejoint l'amour de tous et ainsi nous pouvons nous-mêmes le rejoin­dre à travers chacun de nos frères.

 

 

AMEN

 

 
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