AU FIL DES HOMELIES

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TRAUMATOLOGIE ET THÉRAPIE DU CARÊME

Is 58, 1-9 a ; Lc 10, 25-37
Vendredi après les Cendres - année B (18 février 1994)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

V

ous me permettrez de faire aujourd'hui une exégèse un peu anachronique de l'histoire du bon samaritain pour en donner une dimen­sion moderne parce qu'il me semble que la meilleure référence dans notre univers scientifique moderne de cette parabole ce sont les services de traumatologie dans les hôpitaux. La traumatologie est une science qui concerne les traumatismes. Lorsque vous avez eu un accident de voiture ou de ski, lorsque vous vous êtes cassé un bras, une main, une jambe ou des côtes on vous emmène dans un service de traumatologie qui doit vous rétablir. Or il est très intéressant de voir le parallélisme entre la traumatologie et la thérapeutique du carême. A tel point que j'imaginerais assez volon­tiers que le carême est une sorte de traumatologie théologique et pénitentielle.

En effet, en traumatologie il y a trois phases. D'abord la phase de l'accident dans laquelle le mal­heur se produit, ensuite l'intervention la plus immé­diate possible dans laquelle on remet en place les os cassés, enfin une troisième phase qu'il ne faut pas oublier c'est celle de la très lente convalescence, géné­ralement avec des pansements et des plâtres qui est une phase aussi importante que la précédente, mais dans laquelle on voit moins l'action de guérison. Mais les trois phases sont absolument indissociables : il faut d'abord une réduction de la fracture, puis ce long traitement d'immobilisation ou de récupération du fonctionnement par la rééducation kinésithérapeutique appropriée.

Dans le carême il y a aussi ces trois éléments. Le premier c'est celui de la fracture. Là, nous la connaissons tous c'est une dimension absolument permanente de notre vie, c'est cette brisure du cœur et de notre relation avec Dieu qui est le moment du péché. Chacun d'entre nous vit avec ses fractures, ses blessures et ses traumatismes.

C'est une dimension aussi vieille que le monde, aussi vieille que notre histoire personnelle. Chacun d'entre nous vit avec cela. Ce qui est intéres­sant, c'est que Dieu, précisément à travers la figure du bon samaritain, profite non pas qu'Il le provoque mais Il en profite, de ces incidents, de ces traumatismes pour intervenir. Et la parabole est extrêmement suggestive car Dieu a choisi ces situations dramatiques dans lesquelles nous nous trouvons pour intervenir et manifester sa proximité. Pour Lui, l'homme blessé, l'homme accidenté sur le bord de la route n'est pas l'occasion de se détourner mais c'est précisément l'occasion de manifester sa proximité. Et c'est cela la grandeur de la parabole du bon samari­tain. C'est que la proximité de la miséricorde et de la tendresse de Dieu se fait jour à travers les incidents qui ont brusqué, traumatisé notre propre vie et notre propre évolution et c'est là précisément que Dieu ma­nifeste la plus grande proximité de son salut.

Or cette proximité se manifeste à travers deux temps. Le premier c'est celui de la guérison. C'est pour cela que nous suggérons, pendant le temps de carême, de prendre un moment pour cette thérapie de choc, de réduction des fracturés qui s'appelle la confession. C'est le moment dans lequel, à travers le sacrement de l'aveu, de la reconnaissance de la misé­ricorde de Dieu pour nous, nous reconnaissons cette proximité de Dieu agissant avec la manière forte, la manière chirurgicale de réduire les fractures, pour commencer à réparer le mal et la brisure qui s'est opé­rée dans notre vie spirituelle. Et ensuite, et cela il ne faut jamais l'oublier, il y a ce long moment de longue rééducation du bras ou de la jambe plâtrée, reconsti­tution du tissu osseux et du système musculaire par laquelle petit à petit, nous retrouvons grâce à la proximité de Dieu cette familiarité du salut qui, petit à petit, nous rééduque lentement. Ce deuxième aspect c'est plutôt celui de la Pénitence, c'est celui par lequel il faut que notre cœur se réadapte à une véritable fa­miliarité, à une véritable convivialité avec la grâce et la miséricorde de Dieu. Et de même que lorsqu'on subit les conséquences d'un traumatisme pendant plu­sieurs semaines et qu'on sent les limites de notre pro­pre vie, de notre propre possibilité d'agir, de déployer toutes les facultés que nous avons en nous, de la même façon, notre vie de pénitence est d'abord ce tête-à-tête avec nous-mêmes dans lequel nous mesu­rons la faiblesse et le poids de notre péché sur notre vie, malgré l'immense puissance du salut et de la mi­séricorde de Dieu.

Qu'à travers ce carême nous sachions recon­naître ces trois phases de notre vie spirituelle. La phase de la brisure et de la fracture, ensuite la phase de l'intervention immédiate qui remet en notre cœur cette disposition fondamentale à accueillir l'amour de Dieu et à en vivre, et enfin que nous sachions, avec patience et humilité, accepter la rééducation fonction­nelle, spirituelle que Dieu nous impose.

 

 

AMEN

 

 
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