AU FIL DES HOMELIES

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SOUS LE REGARD DE CHARITÉ DE NOS FRÈRES

Is 58, 1-9 a ; Lc 10, 25-37
Vendredi après les Cendres - année A (23 février 1996)
Homélie du Frère Yves HABERT

 

N

ous connaissons bien cette parabole du bon samaritain. Nous l'avons intégrée. Elle fait partie de notre patrimoine Elle fait partie de la richesse de notre Eglise que d'avoir concilié ainsi l'amour de Dieu et du prochain. D'avoir montré que nous sommes en fait le prochain de tout homme mais souvent nous ne retenons que la fin : "\/a, et toi aussi, fais de même". Et souvent nous nous interrogeons nous-mêmes, nous interrogeons les autres sur la façon de pratiquer la miséricorde.

Vous avez entendu aussi ce merveilleux texte d'Isaïe au chapitre cinquante huitième sur le jeûne qui est agréable à Dieu Le jeûne que Dieu préfère : "Dé­faire les chaînes injustes, délier les liens du joug, partager ton pain avec l'affamé, héberger chez toi les pauvres sans abri, et si tu vois un homme nu, le vêtir". Et cette phrase extraordinaire : "Ne pas te dérober devant celui qui est ta propre chair. Alors ta lumière éclatera comme l'aurore, ta blessure se guérira rapi­dement, ta justice marchera devant toi". Trésor aussi de ce peuple juif que d'avoir su ainsi déceler la com­munion de chair entre toute l'humanité. Mais sans doute que le légiste savait qu'il fallait être tout proche de son prochain mais que ce prochain n'était pas for­cément un étranger et que sans doute un juif était pro­che de ses frères juifs. Et quand Jésus ouvre cette miséricorde pour les étrangers aussi s'opère dans le cœur du légiste une véritable révolution car ce texte d'Isaïe a été paisiblement accepté mais il faut aussi pratiquer cette miséricorde non seulement envers nos frères juifs mais aussi envers les étrangers. Provoca­tion donc déjà à l'universalité.

Mais pour ne pas en rester simplement à une morale, simplement nous interroger sur la façon dont nous-mêmes pratiquons cette miséricorde à l'égard aussi bien de nos frères que des étrangers, il nous faut sans doute passer à un autre registre un peu différent. Il faut s'imaginer être ce pauvre dans le fossé et s'in­terroger, un peu comme un effort de Carême, sur la façon dont, nous aussi, nous avons été un jour ou l'autre recueillis alors que nous étions tout cabossés dans un fossé, accablés par la souffrance, accablés par les détresses de l'âme et du corps. Un jour ou l'autre, nous avons été nous aussi secourus. Un jour ou l'autre quelqu'un nous a pris par les épaules. Un jour ou l'au­tre quelqu'un a séché nos larmes. Un jour ou l'autre quelqu'un est venu nous voir alors que nous étions à l'hôpital. Un jour ou l'autre nous avions été l'objet de bons samaritains.

Et je vous propose, comme effort de Carême, de vous rappeler dans votre vie toutes ces personnes qui, à des moments difficiles de votre vie, ont été là. Toutes ces personnes qui ont versé l'huile et le vin de la miséricorde, de la charité. Toutes ces personnes qui ont payé de leur personne ou de leur denier pour nous héberger. Rappelez-vous ! Vous avez à certains mo­ments difficiles de votre existence, vous avez accepté de dépendre de vos frères et sœurs. Et ce serait bien de se rappeler, pendant ce carême, de ces personnes qui ont été là pour remercier Dieu. Pour vous émer­veiller de la bonté de ce que l'homme est capable de faire. Pour vous émerveiller de cette communion de chair avec tous vos frères en humanité. Parce qu'il faut de la vertu pour pardonner à ces ennemis. Parce qu'il faut de la vertu pour prier pour eux mais il faut aussi beaucoup d'humilité, je crois, pour reconnaître que dans notre vie aussi nous avons été, à des mo­ments, tellement faibles qu'il a fallu que l'on nous soutienne un peu. Donc, il faut beaucoup d'humilité pour accepter de dépendre. Et il y a un enjeu en fait. Un enjeu pour nos sociétés d'aujourd'hui marquées par notre individualisme où chacun essaie de se cons­truire soi-même presque indépendamment des autres. Il y a un enjeu d'accepter de dépendre, d'accepter d'accueillir l'aide de l'autre. D'accepter de ne pas se faire tout seul. D'accepter d'avoir besoin de l'autre. Enjeu pour notre société mais aussi enjeu pour notre foi chrétienne car comment pourrons-nous accueillir le bon samaritain, le Christ. Comment accueillir le Salut qui nous vient du Sauveur si déjà à un niveau tout à fait humain nous n'avons pas accepté de dépen­dre, d'accueillir le Salut qui nous vient d'un frère ou d'une sœur en humanité. Pour accueillir le salut qui nous vient d'en haut, il faut, peut-être d'abord, ac­cueillir le salut qui nous vient d'en bas. D'abord ac­cepter aux moments les plus terribles ou les plus douloureux de notre existence d'avoir été secourus ainsi. D'avoir été comme un blessé, d'avoir été pris, comme cela, sous le regard de charité de quelqu'un.

Voyez, Frères et sœurs, pour accueillir le salut qui nous est proposé, je crois, qu'il y a d'abord cette démarche d'émerveillement de ce que l'homme est aussi capable de faire.

 

 

AMEN

 

 
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