AU FIL DES HOMELIES

Photos

LA MISÉRICORDE : VOILA LE JEÛNE

Is 58, 1-9 a ; Lc 10, 25-23
Vendredi après les Cendres - année B (10 mars 2000)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, cette parabole du bon samari­tain comme on l'appelle, nous est bien connue et sa place en ce jour est assez compréhensible et évidente. De cette parabole, il y a deux lectures, l'une classique, au premier degré, immédiate, l'autre plus symbolique, qui a souvent été proposée par les Pères de l'Église.

La première lecture c'est évidemment celle que Jésus a voulu enseigner au légiste : "Qu'est-ce que la miséricorde, quel est mon prochain ?" Mon prochain, ce n'est pas seulement celui qui est proche de moi par la géographie, la famille, les liens, l'amitié, peu importe, mon prochain, c'est celui dont je suis proche, c'est-à-dire celui que je vois, celui auquel je l'intéresse, celui pour qui je mets de côté mes soucis personnels, afin de prendre en charge sa propre vie, et en particulier ses épreuves. Leçon morale par­faitement évangélique, accessible, et qui nous est donc proposée à l'évidence en ce jour comme un des éléments de ce carême que nous allons essayer de vivre. Cette interprétation est redoublée par la lecture d'Isaïe que nous faisions tout à l'heure, puisque selon le prophète, qui en cela annonce incroyablement l'évangile, et l'enseignement de Jésus, le jeûne lui-même, c'est la miséricorde. Le jeûne ce n'est pas d'abord une ascèse, c'est l'adoption à la peine et aux difficultés de l'autre.

Une deuxième lecture qui a été proposée par les Pères de l'Église est aussi concrète. Ils nous pro­posent de voir dans ce samaritain, cet étranger qui s'est fait proche, qui à la différence des hommes si j'ose dire, normaux, et qui même par le prêtre et le lévite, auraient pu, auraient dû être les "prochains" de cet homme blessé, ce samaritain, nous disent les Pères de l'Église, c'est Jésus lui-même qui, étranger à notre terre puisqu'il vient du ciel, s'est fait proche de nous, a su au-delà de toutes les barrières, de toutes les distan­ces qu'il peut y avoir entre l'infini bonheur de Dieu et nos pauvretés misérables, a su se faire notre prochain, venir à notre rencontre, prendre soin de nos épreuves et de nos difficultés, bander nos plaies en y versant l'huile et le vin de ses sacrements et de sa miséricorde et payer la dette qui était la nôtre à l'égard de l'hôte­lier, bref, la miséricorde ici est exercée non pas par l'un d'entre nous, mais par Dieu lui-même qui s'est fait homme pour ce motif.

Le rapprochement entre ces deux lectures qui ne sont pas contradictoires me semblent éclairantes. Ce que Jésus nous demande, ce que le Carême nous demande, ce que l'évangile et l'Église nous demandent en ce temps de carême, ce n'est pas simplement une philanthropie, si sincère soit-elle, une ouverture du cœur pour l'autre, bien sûr, c'est ça, mais il y a plus : cette ouverture du cœur, cette compassion, cette at­tention à l'autre s'enracine dans notre parenté, notre similitude d'agir, avec la façon d'agir de Dieu.

Ce ne sont pas simplement de bons senti­ments humains, ou un humanisme, mais c'est nous inspirer au plus profond de nous-mêmes de ce qui est l'attitude même de Dieu à notre égard, de ce qui est au fond, par-delà les évènements qui ont manifesté cette attitude de Dieu, le mystère profond de Dieu : Dieu est fondamentalement miséricorde, attention passion­née à l'autre, non seulement parce qu'il va bien, ou qu'il est bon de le fréquenter, mais à l'autre même quand il est misérable, écrasé, blessé, malheureux, et à la limite, plus encore si son malheur vient de lui, si ce n'est pas simplement parce qu'il a été dépouillé par des brigands, mais dépouillé par Satan lui-même, par les puissances du Mal qui se sont acharnées contre lui, même si le malheur de cet autre vient de son propre péché, à plus forte raison, Dieu est pris de compas­sion, de tendresse et de miséricorde, et c'est pour cette raison que nous devons faire de même. Non pas sim­plement parce que nous avons de bons sentiments, mais parce que nous avons en nous les sentiments qui sont ceux de Jésus-Christ, comme le disait saint Paul aux Philippiens : "Lui qui était de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu, mais, il s'anéantit lui-même prenant condition d'es­clave, devenant semblable aux hommes, devenant en tout homme comme nous, et plus encore, allant jus­qu'au bout de cette incarnation, en allant jusqu'à la mort, et la mort la plus ignominieuse qui soit, la mort sur une croix !"

"Ayez en vous les sentiments qui sont dans le cœur du Christ", conclut saint Paul, après nous avoir ainsi résumé le mystère du cœur de Dieu. Frères et sœurs que ce Carême nous le vivions dans la médita­tion du mystère de Dieu et dans l'accueil au plus pro­fond de nous-mêmes de ce mystère pour qu'il de­vienne nôtre.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public