AU FIL DES HOMELIES

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L'IMPRÉVISIBLE SURGISSEMENT DU SALUT DE DIEU

Is 58, 1-9 a ; Lc 10, 25-37
Vendredi après les Cendres - année C (2 mars 2001)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

D

ésirer connaître Dieu est certainement un grand désir, et j'espère que vous tous, vous toutes, frères et sœurs, vous avez ce désir de connaître Dieu. Pensez que cette découverte, ce désir de Dieu se fait non pas par le "dire" ou la connais­sance mais par le "faire", c'est encore quelque chose de très grand. Comprendre que Dieu n'est pas une abstraction, que la religion n'est pas uniquement un jeu d'intellectuels et de même comprendre que la source du Salut ne se trouve pas dans la connaissance.

Connaître Dieu passe par l'agir. Cette connaissance de Dieu, nous avons tendance en tant que chrétiens à y trouver une opposition entre l'Ancien et le Nouveau Testament. Et pourtant, au début de cet évangile, la parole du légiste nous montre bien que connaître Dieu en mots, et l'agir pour connaître Dieu se trouvent déjà au sein de l'Ancien Testament à travers ces deux phrases qui en fait n'en font qu'un : "Tu aimeras ton Dieu, et tu aimeras ton prochain". Le légiste va réagir à la réponse de Jésus qui lui dit : "Fais cela et tu seras sauvé". Or ce qui pose problème au légiste ce n'est pas tellement la première partie de la phrase, en référence au livre du Deutéronome :"Aime Dieu", que la seconde partie : "Aime ton prochain", en référence au livre du Lévitique. La parabole s'ouvre à partir de la seconde question du légiste soucieux de savoir qui est son prochain.

Il me semble qu'il y a une autre question qui se fait jour sous l'interrogation du légiste. Je la formulerai ainsi :"Quel est l'homme que je dois sauver, quel est l'homme que je dois aimer ?" Comme dans toutes les paraboles, Jésus propose un renverse­ment complet de la question. "Quel est l'homme que je dois aimer ou que je dois sauver, ou que je dois aider " ? devrait aboutir à une réponse où Jésus dirait : "voilà, dans telle situation, tu agis de cette manière, et dans telle autre, tu fais cela". Jésus pourrait aussi proposer une parabole dans laquelle le héros ou la personne qui semble être le centre de la parabole pourrait être cette personne qui doit aimer, qui doit aider son prochain. Or, la personne centrale de cette parabole n'est pas tant le samaritain, que celui qui est roué de coups et laissé à demi-mort au bord de la route. C'est ce pauvre homme qui va attirer l'attention du légiste et c'est ce personnage que nous retrouvons en fil rouge du début à la fin de la parabole.

Quelle est donc l'intention de Jésus en procé­dant à un tel renversement inattendu ? Il répond à la question du légiste : "Tu t'inquiètes de savoir qui tu dois aimer, qui tu dois sauver ? Moi, je te réponds que ce n'est pas toi qui sauve l'homme. Tu n'as pas à te poser en sauveur de l'humanité, tu es faible, tu es frappé par les bandits, tu es soumis au péché. Le hé­ros, ce n'est pas toi". Le héros, ce n'est pas nous, frè­res et sœurs, c'est quelqu'un d'autre ! C'est celui qui va venir. Et qui est-il celui qui vient ? Un samaritain. C'est un deuxième décalage face à la question du lé­giste : "Qui est mon prochain ?" Jésus lui dit : "atten­tion, ce n'est pas toi qui va sauver, c'est quelqu'un d'autre qui te sauve. Et attention, ton prochain n'est pas nécessairement celui qui t'est proche physique­ment ou socialement".

En fait, à la question de savoir pourquoi le prêtre et le lévite qui ignorent le malheureux qui se meurt, n'est pas tant une question de prescriptions, pour dire que les prêtres ne sont pas mieux que les autres. C'est sans doute vrai, mais il faudrait plutôt y voir de la part de Jésus, un désir d'attirer l'attention sur le légiste qui étant proche des milieux sacerdotaux et lévitiques, et dans sa mentalité, il devait sans doute s'attendre à ce que ce prochain qui allait le sauver émanerait de ces castes, de cet environnement. Or Jésus lui ouvre les yeux sur cette réalité : le salut ne vient pas nécessairement des personnes qui nous environnent. Aussi, la parabole de Jésus est une invitation à découvrir avec surprise que le salut de Dieu ne peut se prévoir comme la météo, mais qu'il est capable de se montrer complètement imprévisible.

Dans ce temps du carême, souvent pour bien faire, comme le légiste, nous avons peut-être tendance à réfléchir et à décider d'un programme de carême, en prévoyant ceci ou cela. Voyez, quand Jésus a invité ce légiste à se laisser saisir par la surprise de l'amour et du Salut de Dieu, nous devrions avoir comme démar­che de carême de nous laisser surprendre par Dieu. Et non seulement de nous laisser surprendre par Dieu, quitte à laisser nos programmes de côté, mais aussi de découvrir que ce salut peut venir de personnes qui nous sont totalement étrangères, qui peuvent même être très loin de l'Église, ou peut-être de personnes dont nous sommes proches physiquement mais com­plètement étrangères quant-à un rapport d'amitié ou simplement humain.

Frères et sœurs, laissons-nous saisir par ce mystère du salut de Dieu qui arrive comme le Royaume, sans prévenir. Veillons et soyons prêts à accueillir ce Salut et laissons-nous réconcilier par le Christ.

 

 

AMEN

 

 
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