AU FIL DES HOMELIES

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LE PROCHAIN

Is 58, 1-9 a ; Lc 10, 22-25
Vendredi après les Cendres - année B (27 février 2009)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Oasis de Jéricho

F

rères et sœurs, vous avez sans doute remarqué dans cette parabole, comment Jésus retourne complètement le problème. Nous avons tendance à lire cette parabole en pensant que le prochain, c'est celui qu'on aime. De fait, si on se réfère au petit dialogue qui se situe juste avant et qui est comme l'introduction à la parabole, on entend la citation du Pentateuque, de la Loi : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même". Le précepte ne fait pas de doute, il faut aimer le prochain et le prochain, c'est l'autre. Au fond, pour la tradition de la Loi et pour ce légiste, c'est l'essentiel de la Loi, aimer Dieu et aimer l'homme proche.

Or, la parabole inverse la question. Jésus raconte l'histoire que nous venons d'entendre, et à la fin, il pose la question : "Lequel s'est montré le prochain de l'homme tombé à terre ?" Les rôles sont quasiment inversés. Ce n'est pas l'homme tombé à terre qui est le prochain pour le samaritain, ce n'est pas comme cela que Jésus propose de lire sa parabole. Il dit : "C'est le samaritain qui s'est montré le prochain". Le problème n'est donc pas d'avoir des proches, on en a tout le temps, mais le problème c'est de se montrer proche de ceux qui nous sont proches.

Le vrai problème de la parabole du samaritain ce n'est pas d'essayer de trouver des gens à qui rendre service, au contraire, cela jonche les rues si l'on en croit la parabole. Le problème c'est de savoir comment se montrer proche non pas par ostentation ou par exhibition, pour accumuler encore en plus des bons points et des mérites, mais simplement parce que être prochain, c'est savoir être sensible à la détresse de l'autre. Pour nous, la plupart du temps, le prochain, c'est celui qu'on aime.

Jusque-là, même si cela a l'autorité de la Loi, cela relève de Monsieur de La Palisse, c'est simplement celui qui est en face de vous. Tout le problème n'est pas simplement d'avoir des vis-à-vis, mais c'est de savoir comment "être" vis-à-vis d'eux.

Vous comprenez pourquoi cette parabole est mise au début du carême. Il est certain, et je crois que c'est encore une tentation qui est encore fréquente aujourd'hui, que dès qu'on entre dans un certain exercice d'ascèse et de maîtrise de soi, on est surtout proche de soi-même. On ressent la privation, on compte et l'on mesure les efforts, on essaie de faire de notre mieux, mais en réalité, cela risque à tout moment de tourner dans une sorte de narcissisme spirituel qui peut être fatal. Or précisément, cette parabole est là pour nous dire l'inverse. A partir du moment où l'on se pose la question : comment suis-je proche de l'autre, de l'homme tombé à terre, de celui qui précisément est dans la détresse et ne fait pas tous ses efforts de carême, qui n'essaie de venir plus souvent à la messe, etc … et quand je me trouve en face de celui-là, comment dois-je faire ? comment dois-je me comporter pour être son prochain ?

Je crois qu'on peut simplement réfléchir là-dessus. Qu'est-ce qui est la plus grande grâce ? d'avoir des proches ou d'avoir la grâce d'être proche des autres ? C'est un peu la question qui nous est posée au début de ce carême. La plupart du temps, quand on est bien disposé, on peut considérer que les autres sont une grâce pour nous. Ce n'est déjà pas si mal, parce qu'il y a beaucoup de gens qui ne considèrent pas que les autres sont une grâce pour eux, cela se sent tout de suite. Mais ici, c'est plus profond que cela. La véritable grâce c'est de laisser réveiller en nous par l'amour du Christ, le fait que nous ayons été rendus proches les uns des autres. Cela demande un affinement de l'oreille et une vraie ouverture du cœur, pour savoir le reconnaître et en vivre.

 

AMEN


 

 

 

 

 
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