AU FIL DES HOMELIES

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COMMENT LIS-TU ?

Is 58, 1-9 a ; Lc 10, 25-37
Vendredi après les Cendres - année B (7 mars 2003)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC


 

D

ans les actes types pour le carême, il y en a un qu'on oublie assez souvent, c'est celui de la lecture et des paraboles. Très souvent, il est vrai, en rentrant en carême, on est dans l'ordre du désir de "faire", de poser des actes concrets. On n'a pas tellement l'habitude de raccrocher cette question du "faire" aux paraboles qui nous sont proposées. Les paraboles nous disent quelque chose de fondamental pour éclairer la manière dont nous pouvons rentrer en carême.

Les deux phrases qui m'ont frappé dans le texte de l'évangile : "Dans la Loi qu'y a-t-il d'écrit ?" et "Comment lis-tu" ? "Dans la Loi qu'y a-t-il d'écrit?" c'est le côté un peu rassurant, législateur qui existe en chacun d'entre nous, de vouloir se référer à un texte précis, qui nous dicte très exactement la conduite à tenir. Mais Jésus continue et dit : "Com­ment lis-tu ?" et cette question nous renvoie à nous-mêmes, nous invitant à un déracinement de ce que nous sommes, de quitter ce texte dont nous pensons qu'il n'y a qu'une seule manière de le lire, une seule manière juste, et d'accepter de partir en voyage. C'est peut-être déjà une première indication sur le carême, accepter de partir en voyage.

La différence, c'est que surtout, quand c'est un texte législatif, c'est que nous avons tendance à le lire un peu de la manière qui nous convient. Et l'aller re­tour entre le texte et ce que nous en faisons, est sou­vent fait à notre convenance. C'est le problème de l'interprétation. Dans la démarche des paraboles, Jé­sus propose justement quelque chose de très intéres­sant. Vous savez que souvent les paraboles sont pré­sentées en disant que Jésus utilise des images parlan­tes à son époque, des mots, des situations, des mé­tiers, pour permettre la compréhension de choses compliquées. Expliquer simplement avec les mots su peuple des événements qui sont d'un autre ordre, puisqu'il s'agit du Royaume des cieux.

Ce n'est pas tout à fait exact, car enfin la pointe des paraboles n'est pas tant d'essayer de nous expliquer, et même de nous l'asséner, en disant que telle partie de la parabole correspond à tel élément théologique. Il n'y a plus de place pour aucune imagi­nation. Mais au contraire, il faut y voir comment dans ce qu'il y a de plus concret, de plus évident, il y a un surgissement, un dérangement qui vient subvertir d'une certaine manière l'ordre habituel du monde.

Ainsi, dans la parabole du bon samaritain, la première question que pose le légiste, c'est : "Qui est mon prochain ?" Et l'attitude du prêtre et du lévite sont des attitudes que nous réprouvons, mais à l'épo­que, elles étaient normales. Ils traversent la route parce qu'il est question de préserver la pureté, d'ob­server la Loi, et pour l'amour des autres frères pour lesquels ils sont en service, service du prêtre et du lévite, ils n'ont pas à toucher un blessé. Alors, surgit quelqu'un de complètement différent c'est le déploie­ment des événements qui s'enchaînent avec leur pro­pre logique, selon l'esprit du temps, et vient un élé­ment perturbateur, un grain de sable qui vient tout bloquer comme très souvent dans les paraboles, c'est ce samaritain. Il arrive là entre Jérusalem et Jéricho, on a presque envie de dire, que vient-il faire là ? Et c'est justement ce petit grain de sable qui va abîmer l'évidence du réel. Ce qui est triste dans notre vie, c'est que nous faisons du réel trop d'évidence, tout est évident à nos yeux. On ne s'étonne plus de rien, tout est normal, tout est logique, les choses s'enchaînent et puis c'est tout. Or, Jésus est celui qui va essayer au­près de cet homme, de le faire voyager d'une rive à une autre : "Qui est mon prochain ?" Jésus l'amène à une autre phrase bien plus importante : "De qui suis-je capable d'être le prochain ?" C'est-à-dire, qui est mon prochain par rapport à moi, à mes idées, à ma culture, à ma morale, Et Jésus essaie d'amener le légiste à découvrir, à ouvrir une autre question plus profonde et plus difficile à vivre : "De qui suis-je capable d'être le prochain ?" C'est ce voyage auquel le Christ nous invite pendant ce carême, larguer un peu les amarres, accepter ce déracinement, comment on nous le disait hier, en confession, le réflexe au niveau du carême, c'est de se demander comment on peut se réenraciner, comment reprendre les choses, comment se ressaisir, mais le Christ est celui qui dit non, laissez-vous toucher par l'autre. Les premiers passent de l'autre côté de la route, mais le samaritain est saisi de compassion. L'acte du carême est d'accepter de nous laisser déranger dans nos habitudes, dans notre morale, dans ce qui nous semble être à notre convenance et accepter de découvrir comment être le prochain de celui qui est à côté de moi.

Frères et sœurs, partons dans ce voyage au­quel le Christ nous convie, où le carême sera d'ac­cepter de partir pour une aventure, d'accepter de re­garder le monde qui nous entoure, d'une manière dif­férente, non plus selon notre grille de lecture, mais en nous laissant saisir par ce que nos frères et nos sœurs essaient de nous dire.

 

 

AMEN

 

 
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