AU FIL DES HOMELIES

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LE JEÛNE QUI PLAÎT A DIEU

Is 58, 1-9 a ; Lc 10, 25-37
Vendredi après les Cendres - année B (3 mars 2006)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

L

a liturgie aujourd’hui nous propose deux très beaux textes, le texte d’Isaïe que vous connaissez bien, dans lequel le Seigneur demande : "quel est le jeûne qui me plaît ?" Le jeûne qui lui plaît, c’est de libérer les prisonniers, de libérer de tout fardeau du cœur de l’homme, pour le soulager. Voilà le jeûne qui plaît au Seigneur. Et le deuxième texte très souvent commenté par les Pères de l’Église : le bon samaritain qui devient prochain de l’homme tombé aux mains des brigands sur le bord de la route.

Le lien que nous pouvons faire entre l’un et l’autre texte est le rapport à la Loi. Bien sûr, le jeûne est prescrit, c’est une règle en Israël. N’oublions pas non plus que c’est une règle dans l’Église catholique. Cela nous permet de comprendre que lorsque nous jeûnons, le jeûne n’a pas d’intérêt en lui-même, s’il n’est pas le signe pour nous de ce que notre acte d’amour, la puissance agissante du Christ de sa miséricorde, provoque dans la rencontre et le regard avec l’autre, où finalement je ne me choisis pas moi-même pour me rassasier, mais de combler le vide de l’existence de l’autre, son attente et son désir, car tout homme sur le bord du chemin, un pauvre, un laissé pour compte. Le Christ nous appelle simplement si nous sommes ses disciples à être prochain de cet homme-là. C’est là le jeûne qui plaît à Dieu.

Cela signifie qu’il faut sortir, nous le disons et redisons, mais il faut en prendre conscience d’une sorte de justification. Il nous faut sortir de cet aspect qui consisterait à avoir un rapport de force avec Dieu. Si nous saisissons, cela peut être désespérant, je le sais, nous ne serons jamais en règle avec Dieu, jamais. Jamais nous n’aurons accompli ce qu’il faut accomplir pour que Dieu nous aime, tout simplement parce que Dieu n’a pas cette Loi-là, cela ne l’intéresse pas, cela ne lui plaît pas. Cela sont des conventions humaines où nous pensons toujours que c’est donnant, donnant, mais pas avec Dieu, Dieu n’est pas venu pour cela. Si lui-même est le samaritain, c’est-à-dire celui qui s’est fait le prochain de tout homme, celui qui se fait notre prochain, c’est pour continuer encore à guérir le cœur de l’homme. Tous les gestes que le bon samaritain accomplit, il panse les plaies, il verse de l’huile et du vin et les Pères de l’Église ont souvent dit : ce sont les sacrements. C’est vrai que les sacrements ont un aspect de guérison, mais tous ces gestes-là, ce sont des gestes de tendresse et de miséricorde. Et l’on sait bien quand on visite un malade qu’il faut des médicaments, il faut toute une thérapeutique pour le guérir, mais si vous êtes un infirmier qui donne les médicaments de très mauvais cœur, qui bouscule le malade, il n’est pas sûr que les médicaments guérissent absolument. Il y a aussi une manière de soigner en étant proche de l’autre.

Ce que fait le Christ dans les sacrements, s’ils ont été vus parfois comme une guérison, ils nous disent non pas simplement : tu es blessé, je vais te donner le remède nécessaire, tu es blessé, je suis le remède, et mon remède premier, c’est cet amour que je te porte, c’est la manière dont je prends soin de toi, c’est finalement cette tendresse dont je t’entoure.

Peut-être que pendant ce carême, il nous faut être attentif en creusant en nous le désir avec le signe du jeûne si l’on veut, mais creuser ce désir surtout de manifester d’être signe pour les autres, de cette tendresse, de cette miséricorde, de cette proximité de Dieu, d’abord pour nous, le plus fragile, le plus petit des hommes laissé sur le bord de la route, et pour tout homme mon frère, non seulement dans l’action sacramentelle, mais aussi dans l’action de charité, il devient pour moi le signe même du Christ qui appelle à son secours les hommes, en disant : "J’ai soif", c’est-à-dire, j’ai besoin de toi.

 

AMEN

 

 

 
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