AU FIL DES HOMELIES

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LAISSER DIEU CONVERTIR NOTRE VIOLENCE

Gn 37, 2-28

(2 mars 2001???)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

Bonnieux : Violence 

C

es textes que nous avons entendu, le premier texte de la Genèse, même l’évangile, et le psaume, nous ont mis dans un bain de violence. Nous les écoutons sagement, et je pense que nous nous défendons à l’intérieur de recevoir tant de violence. En fait, si on les ausculte et qu’on les laisse pénétrer notre oreille, ils sont étonnamment violents. La vente, la trahison des frères autour de Joseph, celle des vignerons, le psaume lui-même était pétri de cette violence première, archaïque. Comment cette violence est-elle entrée en nous, comment l’avons-nous subie ? La haine du frère ...

       Cette violence nous fait si peur, elle est ici donnée dans des paroles, non pas dans des gestes, mais elle nous fait si peur que nous résistons à entendre l’écho que font ces textes en nous. Ils réveillent quelque chose que nous avons vécu au début de notre vie, et que peut-être nous avons d’ailleurs vécu même avec Dieu, sans toujours oser nous le dire. Nous pouvons avoir à l’égard de Dieu, et j’ai souvent prêché le droit d’une violence : Job est celui qui au premier front a réclamé avec violence, de Dieu, une réponse. Notre première réaction par rapport à la violence, parce que nous sommes "civilisés", ou que nous nous croyons comme tels, c’est de l’étouffer, de la faire taire, en quelque sorte, de dire : je ne suis pas de ceux-là. Dans les psaumes, quand on les écoute bien, sont critiqués ceux qui ne croient pas être dans ces complots. Mais en éteignant la violence, nous éteignons la vitalité qui allait avec. Le problème de la violence, c'est ce qui est mauvais, ce n'est pas cette vitalité qui l'animait, mais c'est qu'elle se trompe de cible. Quand nous voulons éteindre en nous la violence, (religion et violence sont deux mots qui vont ensemble), croire d'emblée que quand on est chrétien on est dans la paix, c'est aller trop vite en besogne évangélique. Nous avons besoin que cette violence soit reconnue en tant que telle, Jésus l'a assumée complètement, Il ne l'a pas arrêtée avant même de monter sur la croix, mais Il l'a laissée se déployer dans toute son horreur. Il a laissé cette violence l'atteindre au tréfonds de son être d'homme et de Dieu, dans sa chair. Ce n'est pas une propagande pacifiste du style : "restons calmes". La religion est faite pour réguler la violence, mais pour qu'elle la régule, il faut qu'elle soit entendue, exprimée, explicitée. Il y a en nous cette violence intérieure, psychique, violence de nos histoires personnelles que notre foi peut prendre en compte si nous acceptons que nous la reconnaissions en nous. Il n'y a pas pire que des violences ourdies, cachées, et qui finalement, comme la cocotte-minute, ne trouvant pas à s'échapper directement, sortent sournoisement sur les côtés. Ce sont ces évangiles d'imposture qui nous font croire que nous sommes dans la foi, alors que nous sommes en train simplement de maintenir le chapeau sur nos haines, ou sur nos revanches.

       Il y a une conversion possible de toute notre humanité, si nous acceptons que cette humanité soit déployée, lue, par Dieu, et non pas étouffée. Qu'est-ce que Dieu peut faire d'une humanité toute recroquevillée sur elle-même et qui ne se prête pas à la transformation, à la conversion ?

       Frères et sœurs, que ce bain de paroles dans lequel nous sommes, qui nous reçoit, nous accueille, nous ausculte, nous transforme, nous ouvre et nous redresse, nous donne l'espérance que nous sommes de cette humanité pleine de vie, mais aussi pleine de mort, que Dieu appelle sans jamais s'en désespérer.

       AMEN


 

 
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