AU FIL DES HOMELIES

Photos

UN CHEMINEMENT AVEC LE CHRIST

Is 58, 1-9 a ; Lc 10, 25-37
Vendredi après les Cendres - année A (7 mars 2014)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


Frères et sœurs,

Hier, à travers les deux lectures qui nous étaient proposées, nous voyions s’inscrire le carême comme un chemin. Aujourd’hui, il s’agit d’une croisée des chemins et voici deux directions qui nous sont proposées : « le chemin de la liberté, de la vie de Dieu ; ou le chemin de la liberté comme asservissement à nos propres désirs et à nos propres passions ». Hier, nous constations ensemble que cette perspective de la vie chrétienne et plus spécialement du carême comme un chemin était une perception judéo chrétienne originale du fait religieux car dans les autres religions du bassin méditerranéen de l’époque, jamais il n’avait été question d’assimiler la relation à Dieu à un chemin continu d’expériences, de rencontres, ou d’appro-fondissement d’une relation entre le croyant et Dieu. Tout au plus y avait-il un certain nombre d’actes prescrits à des occasions déterminées : faire tel sacrifice à tel dieu à tel moment, tel démarche de pèlerinage à tel autre moment et par conséquent la vision de la religion qui était proposée dans le monde païen, était une religion statique, il fallait accomplir ses devoirs religieux envers les dieux. Tandis que le judaïsme déjà puis ensuite la tradition reprise et reconfigurée par le Christ, on nous propose une autre vision des choses : nous avons un cheminement à accomplir pour nous avancer  avec le Christ à la rencontre de Dieu notre Père.

Voilà qui bouleversait assez profondément les catégories du monde religieux ambiant. La vie avec Dieu devenait une histoire, avec ses avancées, ses reculs, ses progrès, ses échecs, ses failles, ses redémarrages et avec surtout l’intervention de la miséricorde de Dieu dans tout cela. Aujourd’hui les textes de la liturgie nous offrent un nouvel éclairage de ce cheminement : vous avez remarqué comment la parabole du bon Samaritain est aussi une parabole du chemin. Le chemin est ici la route qui va de Jérusalem à Jéricho, une route à l’époque qui n’était pas toujours sûre, et qui était fréquentée par beaucoup de monde : d’abord les brigands qui dépouillent les gens de passage ; mais il y a aussi les voyageurs, comme ce pauvre homme tombé aux mains des brigands ; puis il y a même des étrangers qui prennent cette route : c’est le cas du Samaritain lui-même ; il y a également les prêtres, les lévites, qui vont accomplir leur service au temple de Jérusalem. Ce n’est pas tout à fait une autoroute mais c’est quand même une route extrêmement passante.

Et là encore il est très intéressant de voir la manière dont Jésus construit cette parabole. Que lui demande le légiste ? Il demande un programme : il veut savoir ce qu’il doit faire … Le légiste est préoccupé par les données à accomplir, les choses à faire, les prescriptions rituelles ou légales auxquelles on doit satisfaire pour pouvoir être en règle avec Dieu. Et que lui répond Jésus, lorsqu’à bout d’argument ce lévite lui demande : « Mais qui est mon prochain ? » Jésus lui dit une chose évidente et d’une simplicité déconcertante : « si tu veux comprendre qui est ton prochain, arrête de te fixer un programme. Accepte que le prochain soit imprévisible, non programmable ». Tel est l’enseignement majeur de cette parabole : le prochain, c’est une rencontre imprévisible. Ni le prêtre, ni le lévite, ni même l’humble Samaritain qui s’est penché sur la victime n’avaient prévu cette rencontre, et le prêtre et le lévite ont pris prétexte du programme auquel ils se sentaient tenus pour ne pas s’arrêter. Et Jésus explique : ils n’ont pas vu ce qu’il fallait faire. Il fallait s’arrêter auprès du blessé, même si ça ne rentrait pas dans le programme et le Samaritain, hérétique et incompétent en matière religieuse l’a saisi spontanément. Autrement dit, le carême, c’est le chemin dans lequel notre souci premier n’est pas de savoir exactement combien d’heures nous allons consacrer à a charité et à la prière, ce ne sont pas les indications d’un itinéraire à suivre sur un GPS divin, car le chemin n’est pas balisé. Il est  plein d’imprévus, et le carême et notre vie chrétienne, c’est l’apprentissage de l’imprévisible. Et c’est tellement vrai, tellement profond que, lorsque nous serons au bout de notre chemin et que nous arriverons dans le Royaume de Dieu, nous aurons des surprises : gare à nous si nous croyons que le but est prévisible car lorsque nous arriverons devant Dieu, Dieu se présentera à nous comme quelqu’un que nous n’avions pas prévu, pas simplement parce que nous ne connaissons pas la date de notre mort, mais surtout parce que nous ne savons pas qui et comment est celui que nous rencontrerons et si nous ne nous habituons pas ici-bas, au fil des jours, au fil des occasions, à rencontrer l’imprévisible visage du frère, lorsqu’il s’agira d’entrer dans le Royaume, nous voudrons tellement avoir à faire face à un Dieu parfaitement défini, parfaitement réglé sur nos désirs, nos idées et nos imaginations, que nous risquons la pire chose, c’est-à-dire de ne pas voir que Dieu était le non programmable et l’imprévisible.

 

Frères et sœurs, le temps du carême, c’est le temps de la route et d’un chemin qui n’est pas toujours prévisible. C’est le temps d’un chemin dans lequel effectivement le souci majeur, c’est de faire face à ce que nous n’avions pas prévu, ni calculé, de ce qui ne rentre pas dans nos programmes et nos agendas. Et pourtant, c’est bien ce chemin-là que nous devons gravir, et c’est ce chemin-là qui nous conduira à l’imprévisible absolu qui est la miséricorde et la gloire du Père. Amen

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public