AU FIL DES HOMELIES

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L'AFFRONTEMENT À SATAN

Sg 1, 13-2,2+2,6-11+21-24 ; Lc 4 1-13

Vigiles du premier dimanche de carême – A

(8 mars 1981)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Autun : Tentation du Christ

N

 

ous entendrons demain le récit de la tentation de Jésus au désert d'après saint Mathieu et nous venons d'entendre la version que nous en donne saint Luc. Ce texte de saint Luc se distingue sur trois points de celui de saint Mathieu. Le point le plus visible est que saint Luc inverse l'ordre des deux dernières tentations, ordre qui, selon saint Mathieu est pourtant le plus logique puisqu'il s'accroît en intensité, le Christ étant d'abord tenté dans sa faim, puis dans le spectaculaire, par le salut à bon compte enfin tenté par la puissance.

Si saint Luc inverse l'ordre des deux dernières tentations, c'est parce qu'il veut que la scène se termine à Jérusalem, sur le pinacle du temple. En effet, c'est une constante de l'évangile de saint Luc, que cette marche vers Jérusalem. Il nous présente toute la vie du Christ comme une longue montée de Jésus vers la ville, la ville de Dieu, la ville de la présence de Dieu, la ville qui a tué les prophètes, que Dieu sans cesse a essayé de rassembler et que Jésus à son tour essaiera de convertir, et où il doit mourir, pour sauver le monde.

C'est dans le même sens que va la deuxième particularité du texte de saint Luc, qui termine en nous disant : "Le diable ayant épuisé toutes les formes de tentation dont il disposait, s'en alla laissant Jésus, pour revenir au temps fixé". Volontairement saint Luc montre que cette scène de la tentation débouche sur la Passion, car ce moment fixé c'est "l'heure de Jésus" dont nous parle l'évangéliste saint Jean, c'est aussi l'heure du prince des ténèbres. Car c'est la même heure qui est celle où le prince de ce monde va sembler triompher et où, en réalité, il sera vaincu, écrasé, par la puissance du seul amour du Christ. La tentation qui nous a ainsi amenés, pas à pas, jusqu'à Jérusalem nous renvoie à cette heure finale, à cet affrontement décisif où Jésus n'aura pas seulement à renvoyer le diable au texte de l'Écriture, mais où il faudra que, dans sa propre chair, il connaisse la mort, afin de nous donner la vie.

Car Satan est le prince de ce monde. Et c'est ce qu'il affirme dans la troisième particularité de ce texte de saint Luc, quand il dit à propos de la puissance des royaumes de la terre et de leur gloire : "Cette gloire m'a été donnée, et je la donne à qui je veux." Oui, Satan s'affirme bien comme le prince de ce monde celui qui tient dans sa main toutes les forces, toutes les puissances, toute la gloire, toutes les richesses de ce monde. Tout ce qui nous entoure, tout ce dont nous avons l'habitude de nous servir, tout ce qui sert à notre vie, tout cela est dans la main de Satan, dans la main du prince de ce monde. C'est vraiment avec le prince de ce monde que Jésus s'est affronté dans ce désert au début de sa vie publique, comme une sorte de répétition générale de l'affrontement décisif et terrible qui aura lieu par la passion et sur la croix. Et à ce moment-là, Jésus mourra.

Et ceci nous renvoie au texte du livre de la Sagesse que nous lisions tout à l'heure. Car si Satan est prince de ce monde, s'il est le prince de toutes les richesses, de toutes les puissances, de toutes les grandeurs, de toutes les gloires de ce monde, c'est parce que ces richesses, ces grandeurs, ces gloires, ces puissances sont de fausses richesses, de fausses gloires et de fausses puissances. Tout cela est mensonge. Et en réalité, Satan, prince de ce monde, n'est que le prince de la mort. Car toutes les puissances de ce monde ne sont que des puissances de mort. Le livre de la Sagesse nous le disait : "C'est par l'envie du diable que la mort est entrée dans ce monde". Car Dieu n'a pas créé la mort. Dieu a créé l'univers pour qu'en aucune de ses créatures il n'y ait de poison de mort. Le livre de la Sagesse nous montre quelle connivence secrète il y a entre les impies et la mort. Eux qui se disent : "Notre vie est courte, elle est fragile, elle est triste. Alors, profitons-en vite ! Profitons de toutes ces joies, de toutes ces gloires, de toutes ces richesses, de toutes ces occasions d'affirmer notre puissance et notre pouvoir, profitons-en ! Cueillons les fleurs de la vie, tant qu'elles sont encore écloses, car tout cela ne durera qu'un instant. Et tout cela n'est qu'une vapeur qui s'évanouit dans la mort".

C'est cela le mensonge dernier de Satan. Car Satan se présente, à la fois, paré de toutes les splendeurs et toutes les richesses du monde qui sont de fausses splendeurs et de fausses richesses, qui ne sont que mensonge, et il nous conduit, à travers ces fausses richesses et ce faux bonheur à la mort, qui elle aussi est un mensonge. Car Dieu n'a pas créé la mort et la mort est faite pour être vaincue. Si Jésus a vaincu Satan au désert, ce n'est qu'en préparation de cette ultime victoire quand il s'affrontera à lui, de manière décisive sur la croix Satan le précipitera dans cette mort qui est mensonge. Parce que cette mort est mensongère, Jésus sortira vainqueur de la mort, vainqueur de cet ultime affrontement avec Satan, manifestant que la mort n'est rien et que c'est la vie seule qui existe, qui a été créée par Dieu et pour laquelle nous sommes appelés. Ce sont les impies qui se trompent en leurs faux calculs croyant que cette vie n'est que la vie d'un instant, dont il faut profiter avec joie et précipitation en attendant l'anéantissement.

Non, il n'y a pas de néant, il n'y a pas d'anéantissement. Dieu est le Dieu de la Vie. Il n'a pas créé la mort. Il ne veut pas la mort. Il veut que nous soyons vivants. C'est pourquoi, il accepte d'aller jusqu'à l'extrême de la puissance de Satan, jusqu'au fond de cette mort elle-même, pour y porter sa propre victoire, pour détruire le mensonge de Satan, là où il se trouve le plus fort, là où il se fait le plus intense, pour nous entraîner avec lui dans la victoire de sa vérité, de sa lumière, de sa résurrection, Satan étant réduit à ce qu'il est le prince du mensonge.

C'est cela que nous célébrons chaque dimanche. C'est cela que nous allons célébrer dans ce grand dimanche de Pâques que nous préparons tout au long de ce carême. Et tous ces dimanches de carême ne sont que le prélude, la préface, l'anticipation, la répétition de ce dimanche de Pâques, vers lequel nous nous avançons. Aujourd'hui déjà nos yeux sont tournés vers cette croix que le Christ va fouler aux pieds pour en sortir vainqueur. Dimanche prochain, nous serons encore tournés vers la résurrection du Christ par la méditation du mystère de la Transfiguration. Ainsi, de dimanche en dimanche, nous allons vers la vie. Nous marchons vers le dimanche par excellence, celui de Pâques où s'affirme la victoire du Christ.

Cette victoire, nous allons la tenir entre nos mains. Elle est dans ce morceau de pain, dans cette coupe de vin qui sont le corps livré, le sang versé, le corps du Christ vivant, le sang du Christ vivant et vainqueur à jamais de la mort, qui nous donne sa vie pour qu'en buvant ce sang, pour qu'en mangeant ce corps, nous ayons en nous la vie pour toujours.

 

AMEN

 
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