AU FIL DES HOMELIES

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LA VICTOIRE SUR SATAN

Luc 4, 1-13

Vigiles du premier dimanche de Carême – B

(28 février 1982)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Boixhe : les démons

L

 

e psaume 80 nous fait chanter : "Sonnez du cor au mois nouveau" et le premier jour du carême, mercredi dernier, la parole du prophète Joël retentissait dans nos assemblées comme dans celles du peuple d'Israël : "Sonnez de la trompette dans Jérusalem, assemblez le peuple." La trompette est le chant de victoire triomphante. Le cor c'est le chant qui rassemble les chasseurs pour aller cueillir la proie. Et ce tropaire que nous avons chanté comme répons tout à l'heure : "Il est vaincu le prince de ce monde, Gloire au Christ vainqueur qui nous a sauvés ", la première fois que je l'ai entendu, et toujours depuis, je le reçois encore comme ce coup de trompette triomphale qui ouvre notre carême. C'est le chant de victoire du Christ sur Satan.

On parle, et à juste titre de l'évangile de la tentation, du dimanche des tentations de Jésus, mais il faudrait ajouter aussitôt le dimanche de la victoire, le dimanche des victoires du Christ. Etre chrétien, être disciple de Jésus, c'est croire en l'existence de celui que nous appelons Satan ou le diable ou le prince de ce monde. Mais tout en même temps, croire qu'il est vaincu par le Christ Jésus, par le Sauveur. Toute notre foi, tout ce que nous croyons du salut donné par Dieu en Jésus-Christ n'a de sens que parce que nous savons qu'il existe celui qui a semé dans le monde, la mort, le mensonge et tout le mal, tout le péché que nous connaissons. Ce salut, dire Jésus Sauveur, c'est en même temps penser à celui qui nous a valu un tel salut.

Frères et sœurs, notre foi chrétienne doit porter en elle ce chant de victoire et c'est pour cela que les psaumes que nous chantons si souvent avec ces paroles que quelquefois on aurait envie de laisser de côté, tant "elles ne sont pas chrétiennes" comme l'on dit, elles ne sont pas porteuses de l'amour, de la charité que le Christ nous a apporté, il faut au contraire que nous ayons de la joie à les chanter. La joie de la victoire du Christ sur le mal. Le cœur d'un chrétien, s'il est habité par la joie, la joie du salut en Jésus-Christ, est aussi habité par la joie de la victoire sur Satan, sur l'ennemi. Et il vaut mieux dépenser l'agressivité qui nous habite, qui habite tout homme sur Satan plutôt que sur nos frères qui nous entourent.

Le Christ est vainqueur de Satan, Satan que saint Jean appelle le Prince du mensonge, le menteur. Satan veut proposer des pierres qui seraient du pain : il est menteur. Satan se dit le roi de l'univers et veut que le Christ se prosterne à ses genoux : il est menteur. Satan veut que, du ciel, soient envoyés des anges, que l'on aurait provoqués par le geste de se jeter du haut du pinacle du Temple : il est menteur. Satan est le prince du mensonge, et Jésus est Dieu de vérité, et la vérité habite l'Écriture. Et c'est par l'Écriture que Jésus déjoue les pièges de celui qui est le menteur.

Satan est aussi homicide, c'est-à-dire celui qui veut tuer l'homme, et cela dès l'origine. C'est pour cela que saint Luc nous dit : "Ayant épuisé toutes les tentations, Satan laissa Jésus jusqu'au temps marqué". Le temps marqué, l'heure de Jésus, comme l'appellera saint Jean, ce jour où Il connaîtra notre mort, où Il sera écrasé sous cette mort humaine que connaissent tous les hommes. Saint Paul nous dit que "la mort est le salaire du péché " et que "l'auteur du péché, c'est Satan". Le Christ va mourir en son corps, en son esprit, en son cœur. Avant de mourir sur la croix, Il va être totalement défiguré, Il va être torturé et cela aussi est une forme de mort pour l'homme. Le Christ va connaître ce que Satan fait quand il veut tuer l'homme. Mais là aussi il sera menteur. Au matin de Pâques le Christ est vivant en son corps, en son esprit et en son cœur. Satan, à jamais, est vaincu.

Voilà l'essentiel de notre foi qui, tout en même temps, nous fait confesser Jésus comme Sauveur et nous fait aussi confesser qu'il y a dans notre monde et dans chacun de nos cœurs, l'auteur du mal. Et tous, nous sommes, un jour ou l'autre, victimes du mensonge. Et tous, nous sommes menteurs à notre tour. Tous nous tombons dans ses pièges et tous nous connaissons la mort et nous-mêmes nous participons à cette mort pour ceux qui nous entourent. Il y a bien des manières de tuer une personne. Partout où nous voyons du mensonge, de l'homicide, nous pouvons dire que c'est là l'aspect du jour de Satan. Mais, comme le dit saint Paul : "nous avons les arrhes de la victoire". Nous savons qu'avec le Christ nous serons vainqueurs. Cette victoire que Jésus remporte en ce jour n'est pas pour Lui. Elle est pour nous.

Si comme le dit Dietrich Bonhoeffer : "le Christ est l'homme pour les autres" sa victoire n'est pas pour Lui, elle est pour nous. Alors nous pouvons chanter. Nous pouvons avec le prophète Joël : "entonner un chant triomphal, jouer de la trompette et du cor pour ce mois nouveau", cette ère nouvelle qu'ouvre le Christ.

 

AMEN

 
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