AU FIL DES HOMELIES

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LE DIABLE N'A PAS D'IMAGINATION

Vigiles du premier dimanche de Carême - C

(1er mars 1998)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

Tapi à la porte de ton coeur

 

P

arlons du diable. On pourrait intituler ces quelques réflexions qui seraient :"Petit manuel pour ceux qui n'ont pas mis le diable aux ou­bliettes."

Le diable, premièrement, n'a pas d'imagina­tion ! C'est un voleur, c'est d'abord un voleur, il nous emprunte de quoi nous tenter, il n'a rien à sa disposi­tion propre, il est très démuni, même s'il est "un ange", et il est obligé de tirer de nous des choses que nous pensons qui viennent de l'extérieur pour nous faire croire que nous en avons besoin, que nous en avons envie. C'est l'envie, plus que le besoin, plus que le désir, le mot envie est un mot auquel il tient !

Mais, il n'a pas d'imagination, c'est-à-dire que nous pouvons le reconnaître aux situations qu'il uti­lise, toujours les mêmes. Il opère dans l'instant, furti­vement, c'est-à-dire qu'il ne tient pas la longueur, si vous mesurez dans votre vie les moments où vous avez été tentés et les moments où vous n'avez pas été tentés, si vous mesurez les moments où le diable est intervenu, et les moments où Dieu est intervenu, vous verrez que les moments du diable sont des instants très très brefs, dans un instant, ce n'est pas dans la durée, mais c'est quand même dans le temps, car le moment où le diable nous restitue ce qu'il nous a pris obscurcit nos sens, notre vue, pour nous faire croire qu'il nous faut passer par là. Dieu travaille sur des durées beaucoup plus longues, un peu comme l'océan, ce sont les vagues de fond qui signent Dieu, tandis que les vaguelettes, ou les tempêtes qui secouent la surface, c'est le diable.

Dieu inscrit son histoire dans notre histoire, quand nous regardons notre vie nous voyons que Dieu a écrit avec nous une histoire, il a tracé un sillon, tan­dis que le diable, n'a rien écrit du tout, mais dans son instant, il a laissé une sorte de confusion. Dans le maître et Marguerite, de Boulgakov, un livre que je vous recommande, le diable qui tente les habitants de Moscou entre-autre, leur fait croire, peu importe l'âge qu'ils ont, qu'ils sont enfants, qu'ils sont vieillards, qu'ils ne sont pas mariés, qu'ils sont mariés, et il es­saie de confondre tous les moments de vie, en un ins­tant, il nous fait croire que tous les instants se mêlent les uns les autres, qu'ils ont perdu leur fil. Voilà le premier élément auquel on reconnaît le diable, à l'instant. il suffirait de "traverser" l'instant pour être sûr que c'est lui, et nous reprendrions pied, mais ce n'est pas facile.

Deuxième signe, en nous, s'inscrivent un cer­tain nombre de mots par rapport à cette tentation, qui sont conjugués ainsi : compensation, justification.

C'est là où il est quand même "malin", non seulement, il trouve toujours en nous de quoi nous tenter, il sait de quoi nous avons envie, et non ce dont nous avons besoin... et il trouve en nous une sorte d'écho, il s'arrange pour qu'il y ait en nous une sorte d'écho du style (je le dis avec un peu de légèreté, tel­lement c'est grave, donc je le dis avec légèreté), c'est pas grave, vu ta fatigue, vu ce que sont les autres, justification, compensation etc ...

Il y a une sorte d'écho, le diable s'arrange pour viser ce qui en nous fera écho psychologique en nous, ce qui fait que nous sommes prêts à céder une part de nous-mêmes dont nous pensons qu'elle a vraiment besoin de ce que le diable propose. En fait, on n'en a pas besoin, et nous ne le saurons qu'après lorsque nous ne serons pas satisfaits, au contraire, nous serons profondément déçus : si nous jouons compensation-justification, vas-y tu en as bien besoin, on n'y trouve aucun goût au terme, il n'y a pas eu croissance de mon être, au contraire, il y a eu une sorte de nivellement, peut-être même, un abaissement. En parler légèrement, car l'affaire est si grave, que parler gravement du mal, demanderait tant de mots, peut-être tant de silences, que nous avons droit aussi de lui opposer une forme d'humour, en fait, au fond, tu ne m'auras pas, au fond, parfois, tu m'as attrapé, et j'ai cédé, mais ce désir de résurrection résiste tou­jours, je ne suis pas dupe de ce que tu as fait de moi comme un miroir aux alouettes, tu ne tiens pas la rampe, tu ne tiens pas la longueur.

Autrement dit, par cet humour, par cette dis­tance qu'on lui oppose, on inscrit son être dans un mouvement de foi plus large, plus grand, plus ample et l'on apprend, c'est comme un apprentissage, à dé­celer les endroits où effectivement le diable qui sait nos fragilités, découvre en nous ce qui est inachevé, incomplet, et il y a une chose que le diable fait, c'est que par manque d'imagination, il répète toujours les mêmes choses. Et c'est le troisième signe : c'est que la tentation ressemble terriblement à la précédente c'est pourquoi à force de répétitions, il y a une chose qui est certaine, c'est qu'il n'arrive pas à inventer de nou­velles tentations, rien de nouveau, tout est déjà écrit.

Alors, soyons aux aguets, sachons lui opposer s'il vient à sortir des oubliettes, nous avons à le repé­rer pour que nous ne lui donnions pas de matière à ce qui nous tente, et que nous gardions ces distances qui permette de faire grandir en nous cet homme debout, cet homme de foi qui marche avec assurance vers son salut.

 

 

AMEN

 

 
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