AU FIL DES HOMELIES

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LE JARDINIER ET LA FLEUR

Vigiles du premier dimanche de Carême – B

(12 mars 2000)

Homélie du Frère Yves HABERT

Coeur de Gazania

 

V

ous connaissez la différence entre les fleurs artificielles et les fleurs naturelles ? Un jour on arrivera à imiter les fleurs, on arrivera à imiter tout ce que peut évoquer une fleur, on arrivera à avoir presque la texture de la fleur, on imitera les fleurs en en faisant certaines penchées, et d'autres toutes droites, fières. Un jour, on arrivera à imiter le parfum des fleurs, ça me trompera sûrement, mais pas un jardinier qui a les pouces verts. D'ailleurs, c'est très étrange les pouces verts, parce que quand on a d'au­tres talents, il n'y a pas de couleurs, il faudrait inven­ter des couleurs pour tous les doigts, la couleur rouge pour l'annulaire, bleue pour l'index, on pourrait in­venter des couleurs pour les voyelles et placer ces couleurs sur les doigts.

La différence entre une fleur artificielle et une fleur naturelle, elle tient à une phrase que je viens d'entendre dans le livre de la Sagesse : "Couronnons-nous de roses avant qu'elles ne se fanent". Se couron­ner de roses avant qu'elles ne se fanent : il y a deux différences essentielles entre une fleur artificielle et une fleur naturelle. La première c'est que la fleur na­turelle meurt, c'est tout le sens de ce texte de la Sa­gesse. La mort, c'est bien sûr cette séparation, c'est bien sûr cette douleur, cet arrachement. Dieu n'a pas fait la mort dans le sens de l'arrachement, mais la mort est aussi ce terme qui ouvre, c'est aussi la façon très particulière de ramasser toute une vie, de ramas­ser ce qu'il y a d'unique dans une vie, de ramasser un regard, un cœur, des relations, tout ce qui est unique ne peut pas mourir, parce que cela appartient au mys­tère. On dit : Dieu est un mystère, parce qu'Il est uni­que. Il y a dans le mystère d'une seule personne quel­que chose qui est irréductible, qu'on ne pourra jamais réduire, qu'on ne pourra jamais fabriquer en série.

Notre amour est éternel et pas artificiel. Ce qui est unique ne peut pas mourir. C'est la première différence. Et la deuxième différence entre une fleur artificielle et une fleur naturelle, c'est que la fleur artificielle n'a pas besoin de jardinier, on pourrait planter tout le Sahara de fleurs artificielles, on n'aurait besoin de personne pour arroser, mais ce serait triste comme la mort.

Ici, à Saint Jean de Malte, vous n'avez pas de fleurs artificielles, jamais, c'est une chance. Mais c'est peut-être parce qu'il y a des jardiniers, pas seulement les prêtres, pas seulement les frères mais chacun de nous nous sommes ces jardiniers, parce que nous avons souvenance qu'un beau matin, il y a une femme qui a pris un homme pour le Jardinier. A ce moment-là, ce n'était plus un désert, parce que le tentateur s'était déchaîné, il avait promis de revenir, il est y revenu effectivement, il a semé la confusion les jours de fracas de la Passion, ces jours où il a tout cham­boulé, on ne sait même plus qui est avec qui, tout est mêlé, on ne sait plus s'il faut retenir cette force qui s'avance puisqu'il vient sauver le monde, ou si au contraire il faut l'empêcher d'avancer pour le sauver, le sauver contre lui ... "Rengaine ton glaive, Pierre!"

Il s'avance vers sa Passion, il meurt, on le dé­pose au tombeau, et le matin, c'est le jardinier qui vient cueillir un bouton. Il ne pouvait pas y avoir de fleurs artificielles dans le jardin de la Madeleine.

 

 

AMEN

 

 
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