AU FIL DES HOMELIES

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LE CARÊME, UN CRI DE FOI 

Gn 2, 7-9+3 et Gn 1-13 ; Rm 5, 12-19 ; Lc 4, 1-13
Premier dimanche de carême - année C (24 février 1980)
Homélie du Frère Serge JAUNET


Djebel quarantal : grottes

 

Au début du carême, l'Église nous adresse cette Parole du Seigneur : "Convertissez-vous et croyez à la bonne nouvelle". Nous savons que le temps du carême est le temps de la conversion, et pour cela, le temps de la pénitence.

"Convertissez-vous", mais aussi "Croyez à la bonne nouvelle". Le temps du carême est le temps de la foi. Notre Père le pape Jean-Paul le mercredi des cendres, ouvrant ce temps de Carême disait que c'était là le printemps de l'âme qui nous était offert pour grandir dans la foi. Les évêques français, le conseil permanent de l'épiscopat, publiaient ce même jour un texte dans lequel ils demandaient aux chrétiens de redire plus fortement encore en ce temps de carême, la foi en Jésus reçue des apôtres et de redire l'espérance qui nous habite. Dans un monde où la foi chrétienne nous paraît si absente, dans une Église où la foi à certains jours est remise en question dans ses points essentiels, ne voulez-vous pas qu'ensemble nous fassions de ce carême de l'année 1980, une proclamation de foi, un cri de foi que nous lancions vers le ciel et à la face du monde ?

Croire à la bonne nouvelle, vous le savez, ce n'est pas adhérer à une vérité abstraite, ce n'est pas se faire le défenseur ou le propagateur d'une idéologie, une de plus, ce n'est pas non plus se faire le partisan d'une praxis qui transformerait le monde. Non, pour les chrétiens croire à la bonne nouvelle, cela veut dire porter nos regards vers un visage humain comme chacun de nos visages, le visage de Jésus-Christ, le Fils de Dieu qui s'est fait homme pour nous. "Croire à la bonne nouvelle", dès lors, c'est donner toute sa confiance, tout son amour au Christ Jésus venu parmi nous il y a 2000 ans. Croire en l'évangile, croire en la bonne nouvelle, c'était un mot du langage courant à l'époque de Jésus, un mot fort qui portait en lui l'annonce joyeuse, celle de l'annonce d'une guerre ga­gnée, d'une victoire établie, de paix donnée à un pays, ou encore d'une naissance dans la famille royale ou impériale. Et pour nous aussi, "croire à la bonne nouvelle", c'est croire en une annonce joyeuse, c'est croire en une victoire, celle du Christ Jésus sur toutes les forces de mort, de ténèbres, de péché qui habitent notre monde et chacun de nos cœurs. "Croire en la bonne nouvelle", c'est croire en cette victoire du Christ que nous célébrerons dans la nuit de Pâques, la victoire des victoires, la victoire sur le dernier ennemi vaincu comme le dit saint Paul, sur la "mort qui est le fruit du péché".

Et déjà, prendre la route du carême, nous retrouver chaque dimanche de carême, c'est célébrer autant de victoires du Christ Jésus : en ce premier dimanche, la victoire sur Satan, sur le père du mensonge, le prince de ce monde ; puis la victoire sur notre aveuglement quand nous lirons l'évangile de la guérison de l'aveugle-né, la victoire sur la désespérance de la samaritaine à qui le Christ donnera l'eau vive ; la victoire sur la mort quand Il ressuscitera son ami Lazare. Oui, nous retrouver tout au long de ce carême, c'est célébrer autant de victoires du Christ, c'est déjà célébrer la victoire du Ressuscité, la victoire de Celui qui dimanche prochain se présentera à notre contemplation sous les traits du Transfiguré, la "Lumière née de la Lumière", le "Fils Bien-aimé du Père". Oui, si nous faisons de ce carême que nous commençons ensemble ce dimanche, une profession de foi qui, de dimanche en dimanche s'épanouira jusqu'à la nuit très sainte de Pâques, où dans une fête sans fin, nous célébrerons le Christ vainqueur.

En ce premier dimanche, la Parole de Dieu que l'Église nous donne, dresse devant nous la scène du tragique de notre vie humaine, du tragique de la vie de relation des hommes avec leur Dieu. Mais en même temps, elle met sous nos yeux l'espérance inébranlable que Jésus-Christ est venu enraciner, planter au cœur même de ce tragique de nos vies. Car nous le savons bien, si le Seigneur Jésus après son baptême, a été conduit par l'Esprit au désert pour y être tenté, pour ressentir en Lui, en sa chair, en son cœur, les assauts du Tentateur, les assauts du "prince de ce monde", du "père du mensonge", du "calomniateur", autant de noms que lui donne la Bible, oui, si Jésus a connu la tentation, c'est parce que Adam, et nous tous à sa suite, avons connu et connaissons encore les assauts du malin, de celui qui veut nous détourner d'une vie avec Dieu : oui, si le Christ a connu le tentation, c'était pour être vainqueur là où Adam et chacun de nous avions été et sommes encore vaincus. Adam et nous tous avec lui, avons bâti une vie sans Dieu Père, sans ce Dieu créateur, et ce fut le péché, le mal, la mort. Mais le Christ est venu. Et par la force même de sa Parole, par la force même de cette révélation que Dieu nous a faite de son dessein sur la création et sur l'humanité, Il a repoussé les assauts de Satan, oui, par cette seule Parole de son Père jetée à la face du tentateur.

Les textes de la Genèse de la tentation de notre père Adam et les textes de la tentation de Jésus au désert ne sont pas comme certains voudraient le croire, pure construction mythologique, pure tentative d'explicitation de notre vie humaine, une explication de plus parmi tant d'autres. Pour nous, c'est la vérité, c'est la réalité : il y a Dieu, il y a l'homme et il y a cet esprit intelligent, cet esprit de lumière créé aussi par Dieu, mais qui s'est détourné de Dieu et qui essaie de séduire l'humanité.

Quand nous regardons notre monde, quand nous tournons aussi notre regard vers notre cœur inté­rieur, nous retrouvons ces mêmes tentations que l'humanité depuis ses débuts et jusqu'à la fin, a connu et connaîtra encore. Qui, en fait, n'a jamais tenté de faire sa vie tout seul, sans loi, sans Dieu ? Est-ce que nous ne reconnaissons pas en nous-mêmes, à chaque instant de notre vie, de nous réaliser sans Celui-là qui nous a créé ? Est-ce que notre société, nos états ne connaissent pas cette tentation, alors qu'ils édictent des lois qui sont en porte-à-faux, en contradiction avec ce que le Créateur nous a révélé de ce qu'Il voulait pour son humanité ? Et cette tentation de nous river aux seules nourritures terrestres, quelles qu'elles soient, est-ce que nous ne la connaissons pas ? Serait-ce un vain mot, ce qualificatif que nous donnons à notre société quand nous l'appelons "société de consommation" ? Et l'on en vient même à parler de l'homme seulement comme un consommateur. Et cette tentation du pouvoir, cette puissance désirée sur tout empire, sur tout royaume, sur toute nation, n'est-ce pas cette tentation qui déchire notre planète en autant de conflits cruels que nous connaissons en ces temps ? Et la tentation de nous faire une vie facile, la tentation d'une réussite à tout prix, quels qu'en soient les moyens, est-ce qu'elle n'est pas réelle aussi dans une société où certains voudraient voir normal que dès le lycée, on se procure au prix de je ne sais quelle drogue dite douce, bien sûr, des paradis artificiels ? Oui, ces tentations le Christ les a connues, ces tentations qu'Adam a connues, ce sont bien les tentations de l'humanité d'aujourd'hui, comme ce furent celles de l'humanité d'hier, et comme ce seront celles de l'humanité de demain.

Mais devant le "prince de ce monde", devant celui qui semble régner, qui semble vouloir étendre son pouvoir de ténèbres, nous chrétiens, nous n'avons pas peur et nous osons relever la tête. Nous osons lui tenir tête à ce "prince des ténèbres", car en la chair de Jésus-Christ venu vivre notre vie d'homme, la victoire est déjà acquise. Saint Paul nous dit que nous avons déjà "les arrhes de la victoire" qui sera définitive le jour où nous nous retrouverons dans le Royaume auprès du Christ vainqueur, avec tous nos frères les hommes, enfin délivrés de l'accusateur, du démon. Oui, cette victoire est déjà acquise, et même si notre expérience de tous les jours nous montre que nous tombons si facilement, que nous nous laissons, qui que nous soyons, séduire si facilement, que nous nous laissons prendre dans les pièges, dans les filets du tentateur, et malgré cela, nous osons quand nous nous relevons de notre péché, quand nous prenons conscience de la séduction à laquelle nous avons cédé, nous osons lever notre regard vers le Christ, vers le vainqueur qui aussitôt nous pardonne et nous redonne force pour reprendre le chemin où encore, nous le savons, nous rencontrerons le tentateur.

Voilà cette première affirmation de foi que nous faisons ce premier dimanche de carême : le mal, le péché et la mort même, puisque le Christ sera rejoint par Satan au temps marqué comme il est à la fin de la page d'évangile que nous avons lue. Il sera rejoint par le tentateur au moment de la mort, épreuves et tentations terribles que nous connaîtrons nous aussi au jour de notre mort, que nous connaissons déjà quand nous voyons des êtres chers qui nous quittent pour être ensevelis dans la mort. Tout cela est vaincu. Le Christ a vaincu tout ce pouvoir du péché, du mal et de la mort même.

C'est pourquoi nous avons confiance, c'est pourquoi nous relevons la tête et nous ne désespérons pas, quoi qu'il puisse nous arriver dans notre vie, quels que soient les assauts du mal et du péché en nous. Toujours, nous pouvons nous relever et prendre la route, en sachant qu'une victoire nous est donnée dans le Christ Jésus. Chantons encore avec toute notre foi, ce chant du premier dimanche de carême :

"Il est vaincu le prince de ce monde, gloire au Christ vainqueur qui nous a sauvés.

 

AMEN

 

 
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