AU FIL DES HOMELIES

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VERTIGINEUSE LIBERTÉ HUMAINE

Gn 2,7-9 + Gn 3, 1-13 ; Rm 5, 12-19 ; Lc 4, 1-13
Premier dimanche de carême - année C (16 février 1986)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

Vertigineuse liberté humaine. Exilés loin du paradis, loin de ce face à face avec Dieu, loin de cet enivrement de la présence de Dieu, nous sommes au désert. Nous sommes partis loin de Dieu nous sommes au désert. Nous sommes partis loin de Dieu, car nous avons voulu, comme notre père Adam et sa suite, pouvoir choisir ce qui nous convient. Et notre liberté est devenue comme un dé­sert, un désert immense d’où Dieu s’est absenté.

Un vertige que cette liberté qui nous est don­née maintenant et que nous nous sommes octroyée, un vertige de possibilités qui nous sont offertes, dans lesquelles il nous faut choisir.

Mais je vous pose la question, je vous pose la question : et cette liberté, ce désert dans lequel nous sommes, cet immense éventail de possibilités dans lequel nous sommes, qu’en avons-nous fait ? à qui l’avons-nous donné ? autrement dit, de quel côté sommes-nous ? sommes-nous du côté de cette race infatigable des gens qui suivaient Jésus attendant qu’Il se trompe sur tel ou tel point de la Loi, de tous ces scrupuleux, de tous ces gens armés pour la discus­sion, de tous ces gens qui avaient une idée de Dieu et qui voulaient qu’il y ait conformité entre leur propre idées et ce Messie de Nazareth ? ou sommes-nous du côté de Pierre et de sa lâcheté, de Marie-Madeleine et de son mal d’amour, du lépreux, du paralytique, du bon larron, bref de tous ceux qui pèchent ? bref, de tous ceux à qui le Christ dit : "va en paix, tes péchés sont remis, ta foi t’a sauvé". De quel côté sommes-nous frères ? Quel côté avons-nous choisi, ceux qui ont une idée de Dieu, une petite idée à soi, ou ceux qui ont péché.

En ce temps de carême, où il nous est de­mandé de faire un peu le point, d’avoir une vue sur nous-mêmes, de faire "un examen de conscience", nous avons l’habitude de mesurer et de jauger ce qui est bon et ce qui n’est pas bon, ce qui va et ce qui ne va pas, ce qui est en règle et ce qui ne l’est pas.

Jésus a dit : "Je ne suis pas venu pour les bien-portants, mais pour les malades. Je ne suis pas venu pour ceux qui marchent, mais Je suis venu pour ceux qui ne marchent pas ".

Et je me rappelle cette question dans le livre des Proverbes : "Et j'entendis une voix qui murmurait en moi, l’homme serait-il juste devant Dieu" ? Avec quelle idée de Dieu, avec quelle image, nous nous battons en nous-mêmes. Et finalement ce désert, notre liberté, avec quoi l’avons-nous rempli ? Quelle image quelque peu caricaturale de Dieu y avons-nous planté ? Est-ce que Jésus peut venir dans notre désert et y affronter Satan ? ou est-ce que ce désert est déjà plein de nos illusions, de nos chimères, de nos idées ? Jésus est venu pour nos péchés, Il n'est pas venu pour nos idées.

Ce récit de la tentation de Jésus au désert n’est pas une mise en scène dramatique pour nous faire croire que Jésus prend au sérieux sa mission pour aller jusqu'au bout. C’est un corps à corps farou­che contre l’homme pécheur et pour l’homme à sau­ver, c'est un corps à corps farouche avec ce qui peuple ce désert et qui empêche le Christ de venir. Nous voulions une liberté totale, mais nous sommes rendus esclaves d’autres idées, d’autres idoles, et Satan s’en réjoui, et il vient incessamment poursuivre cette œu­vre de perversion de l’image de Dieu en nous.

Il nous faut choisir, frères et sœurs et le temps du carême est un temps où, à la suite du Christ, il nous faut marcher dans le désert, faire quelque peu le vide de ces petites idées de nos conceptions. Si nous sommes là, ce matin, ce n’est pas parce que nous pen­sons tous la même chose, c’est parce que c’est le Christ Lui-même qui nous rassemble, c’est le Christ Lui-même qui, venu en chacune de nos humanités, peut dire, veut dire : "Viens et suis-Moi, car je te sais pécheur, et de ton péché je vais te sauver ". Un corps à corps farouche parce que Jésus vient démasquer et restaurer une image authentique, la véritable image de Dieu, la véritable force de Dieu, celle qui peut vaincre vraiment le péché, celle qui peut vaincre vraiment Satan.

Quelle est cette image ? Nous l’avons vu dans ce récit-là et nous le verrons plus encore à la croix, c’est la pauvreté, l’ultime pauvreté. C’est un Christ désarmé. Et c'est en cela qu’Il peut vaincre Satan. Le refus de toute richesse, de tout pouvoir, de toute réus­site, c'est ce qui réduit vraiment Satan à l’impuissance. Il n’y a rien en face de Satan, sinon un être désarmé. Alors ce n’est pas une conception de Dieu ou d’image qu'il faudrait plus ou moins défendre les uns contres les autres, mais c’est une question de pauvreté pour chacun de nous, à cause de nos péchés. Et c'est là même, en ce lieu secret de chacun de nous qu'Il est venu nous rejoindre.

Oui, frères et sœurs, nous avons tenté d’évoquer l'idée de la liberté humaine, par le senti­ment de l’incroyable vertige, quand on la considère comme un désert finalement peuplé seulement de possibilités. Nous venons toucher là le drame, le fondement même de l’existence humaine où le Christ vient. Il vient dépeupler notre liberté de toutes nos illusions, de toutes nos conceptions, afin de nous prendre par la main, de poser sur nous ton regard et de nous aimer.

"Je me suis mis nu pour toi sur la croix parce que tu étais nu. J’ai souffert pour toi parce que tu souffres. Je Me suis fait péché parce que tu es pé­cheur. Je Me suis fait clouer sur la croix pour te déli­vre de ton péché. Car Je suis ta lumière, car Je suis ta Vie, car Je suis ta Rançon, car Je suis ton Dieu, car Je suis ton Seigneur".

 

AMEN

 

 

 
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