AU FIL DES HOMELIES

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JÉSUS, LE NOUVEL ADAM 

Gn 2,7-9 + Gn 3, 1-13 ; Rm 5, 12-19 ; Lc 4, 1-13
Premier dimanche de carême - année C (21 février 2010)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


Tentation du Christ
Frères et sœurs, les lectures que nous avons entendues aujourd'hui nous présentent d'une part Adam au premier paradis, tenté par le diable, d'autre part, Jésus-Christ au désert, tenté lui aussi par le diable, et saint Paul dans l'épître aux Romains approfondit ce parallèle entre Adam et Jésus. Il est remarquable en effet que ici et là, nous sommes dans l'affrontement entre l'humanité et le mal. D'une part, Adam, père de toute l'humanité, premier-né de tous les enfants des hommes, d'autre part Jésus, récapitulant toute l'humanité en sa personne. L'un et l'autre confrontés à la puissance du mal, au Prince de ce monde, qui revendique d'ailleurs, nous l'avons entendu dans l'évangile de Luc, qui revendique le pouvoir sur tous les royaumes de la terre, qui revendique le pouvoir sur toute puissance, sur toute force. Dans un cas comme dans l'autre, l'humanité est confrontée à cette tentation du Mal.

Saint Ambroise souligne dans un très beau texte que nous lisions hier soir aux Vigiles ce parallèle entre Adam et Jésus : "Jésus fut conduit au désert par l'Esprit pour être tenté par le diable. Il y a lieu ici de se rappeler comment le premier Adam fut chassé du paradis dans le désert pour remarquer comment le second Adam revient du désert en paradis. Adam est au désert. Au désert, le Christ, car il savait où trouver le condamné pour le ramener au paradis. Le Christ pousse l'homme au désert, il l'instruit, il le forme, il l'exerce, l'oint de l'huile du salut, puis il l'établit dans le verger au temps de la Passion. Enfin son retour au paradis a pour témoin l'évangéliste qui nous montre le Seigneur disant au larron : "Aujourd'hui, tu seras avec moi en paradis (Traités sur Saint Luc, IV, §7 et 13)".

Ainsi, les paroles du Christ à celui que l'on appelle le bon larron sont comme l'accomplissement du drame qui s'est établi entre Adam et Dieu, de ce drame dont Jésus-Christ est venu le sauver. Au désert Adam, au désert Jésus. Confronté à la tentation du diable, Adam, confronté à la tentation du diable, Jésus. Succombant à la tentation du diable, Adam, vainqueur de la tentation du diable, Jésus. Ainsi, il est clair que Jésus met ses pas dans les pas d'Adam pour venir annuler le péché d'Adam, pour venir sauver Adam de son péché. C'est pourquoi saint Paul pourra dire que Jésus est comme un second Adam. De même qu'Adam portait en lui l'humanité tout entière, et qu'il nous a transmis une nature humaine abîmée, pécheresse, dégradée, de même Jésus parce qu'il est à la fois Dieu et homme, récapitule en lui l'humanité tout entière et par son obéissance, il nous donne la paix, la réconciliation, le retour au paradis. Il y a donc entre le premier et le second Adam un parallèle : ils sont tentés l'un et l'autre, ils sont l'un et l'autre au désert, Adam succombe à la tentation d'une nourriture qui lui semble bonne à manger, et Jésus ne cède pas à la tentation de la faim. Adam cherche le pouvoir pour décider ce qui est bien et ce qui est mal, et Jésus renonce au pouvoir en acceptant de nous sauver non pas par des miracles, non pas par des merveilles, non pas par des actions d'éclat, mais nous sauver par l'humiliation de la croix, par la mort et le don de ce qu'il porte en lui.

Aussi saint Paul nous dit tout à la fois que Jésus et Adam sont dans la même situation, et en même temps que le don de la grâce, le don de la réconciliation est infiniment plus profond et plus vaste que l'héritage du péché transmis par cette nature humaine mutilée, appauvrie et incapable du bien. Oui, un seul homme a entraîné toute l'humanité dans la condamnation, un seul homme après une multitude de péchés, réconcilie cette humanité et la fait rentrer dans la joie de Dieu, dans la joie du paradis. C'est ce que dit saint Paul : de même Adam, de même Jésus, infiniment plus Jésus que ce que nous a fait Adam. Il n'y a pas de mesure commune nous dit saint Paul entre le péché qui conduit à la condamnation, et la grâce qui conduit à la réconciliation.

Saint Luc, dans son évangile, dans la dernière phrase, ouvre la perspective que cette lutte de Jésus contre Satan va s'accomplir à la croix. En effet, il nous dit : "Ayant épuisé toutes les formes de tentation, le diable s'en alla pour revenir au temps marqué". Cette phrase est très importante. Saint Luc nous montre ainsi que l'affrontement de Jésus avec le Christ au désert n'est qu'un début. Ce n'est que le premier épisode de cette lutte du Christ contre le mal pour nous délivrer. L'épisode décisif, celui du "temps marqué", celui que Jean appelle "l'Heure" de Jésus, c'est ce moment où Jésus sur la croix donne sa vie et est ainsi vainqueur de Satan qui voulait accaparer l'avenir de l'humanité.

Ce parallèle entre Jésus et Adam va être prolongé par les Pères de l'Église dans une image extrêmement belle qui donne toute sa profondeur à la mort du Christ sur la croix. Voici ce que dit saint Augustin à propos de cette mort du Christ : "Pourquoi le Christ s'est-il endormi ? (endormi dans la mort sur la croix nous allons le voir). Parce qu'Adam était la figure des choses à venir et qu'Adam s'est endormi quand, de son côté Ève fut formée". Vous vous souvenez dans le récit de la Genèse, avant le péché, Dieu cherche une aide qui soit proportionnée à Adam (Gen. 2, 18), et il la façonne avec la chair du côté d'Adam pendant son sommeil (Gen. 2, 21-22). Saint Augustin compare donc le sommeil d'Adam au paradis, au sommeil du Christ sur la croix : "Adam s'est endormi quand de son côté Ève fut formée. Adam en figure du Christ, Ève en figure de l'Église. C'est pourquoi elle a été appelée la mère des vivants. Quand Ève fut-elle façonnée ? Quand Adam s'est endormi. Quand du côté du Christ ont coulé les sacrements de l'Église ? Quand le Christ s'est endormi sur la croix" (Enarratio sur le Psaume 40, 10). Ainsi donc, la mort du Christ est comme un parallèle du sommeil d'Adam et le côté du Christ transpercé est en parallèle avec le côté d'Adam dont a été formée Ève, et Ève est la préfiguration de l'Église qui est effectivement symbolisée par l'eau et le sang qui coulent du côté du Christ, car l'eau est l'eau du baptême, le sang est celui de l'eucharistie et le baptême et l'eucharistie sont les sacrements majeurs, c'est-à-dire les actes de l'Église qui manifestent que celle-ci est née du côté du Christ.

Voilà ce que dit encore saint Augustin dans un autre passage : "C'est en vue de ce même mystère que la première femme fut faite du côté d'Adam endormi et qu'elle fut appelée "vie" et mère des vivants. Ici, le second Adam, Jésus-Christ, ayant incliné la tête s'est endormi sur la croix afin que son épouse soit formée à partir de ce qui coulait de son côté" (Traité sur l'évangile de Saint Jean 120, 2-3). Saint Jean Chrysostome vient confirmer cette interprétation de saint Augustin : "De son côté le Christ a façonné l'Église comme du côté d'Adam, Ève son épouse a été formée. Pour cette raison, le premier homme dit : voici l'os de mes os et la chair de ma chair (Gen. 2, 23). Saint Paul dira également : nous sommes de sa chair et de ses os (Éph. 5, 30), à propos du Christ, signifiant par là le côté de Jésus. De même que le Seigneur a pris de la chair dans le côté d'Adam, pendant l'extase de son sommeil pour former la femme, de même le Christ nous a donné l'eau et le sang de son côté pour former l'Église dans l'extase de sa mort" (Catéchèse baptismale de Stavronikita, III, 15-18).

Ainsi donc, le parallèle des tentations de Jésus et d'Adam s'accomplit dans le sommeil de la croix, ce sommeil de la mort par lequel Jésus donne naissance à l'Église, Jésus nous sauve et accomplit la rédemption d'Adam. Là où Adam dans son péché avait entraîné avec lui toute l'humanité dans le malheur, là même, Jésus vient reprendre cette humanité et lui proposer le bonheur et la joie éternelle.

 

AMEN


 

 


 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 
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