AU FIL DES HOMELIES

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LA FEMME, LA PEUR ET LA FOI

Gn 2,7-9 + Gn 3, 1-13 ; Rm 5, 12-19 ; Lc 4, 1-13
Premier dimanche de carême - année B (16 février 1997)
Homélie du Jean-François NOEL

 

"Ayant ainsi épuisé toute tentation, le diable s'éloigna de lui jusqu'au moment favorable". (Luc. 4.13)

Cette phrase qui termine l'évangile de Luc af­firme qu'il y a donc un nombre fini de tentations. Un jour donc, au bout des quarante jours signifiés par ce temps du désert du Christ, le diable aura fini de tenter et le Christ et l'homme. Les chrétiens, on peut leur reprocher beaucoup de choses, comme par exemple d'avoir triste mine, c'est peut-être Nietzsche qui a été l'accusateur le plus virulent à l'égard de nos tristes mines. Et durant le carême, ce peut être encore pire qu'avant, puisque souvent nous ajoutons à notre triste mine celle du jeûne. Nous affichons une triste mine pour donner l'impression que nous faisons des efforts, mais en fait nos efforts sont faibles, et ainsi nous remplaçons par la triste mine les efforts que nous devrions faire, qui devraient nous rendre joyeux. Mais, entre nous, en connaissez-vous beaucoup de gens qui tous les dimanches, et donc une fois par se­maine, se posent la question du mal, de leur mal, de leur péché et du mal du monde. Cela finit par toucher nos consciences, cela finit par entacher nos visages. Il y a des gens qui, ce matin, au lieu de se poser des questions sur le mal, la tentation et le diable, font du jogging sous le soleil ou font peut-être du ski. C'est certainement plus agréable que de rester là, assis bien sagement à se poser des questions fondamentales et existentielles sur la marche du monde ou sur notre propre bonheur, ou notre malheur. C'est ce que nous vivons, puisque nous nous donnons le moyen d'inter­roger notre conscience et la conscience du monde sur ce qui ne va pas dans le monde. Je n'en connais pas beaucoup qui se payent le luxe de se donner le moyen et l'effort de faire ce que nous faisons. En général les gens préfèrent plutôt s'occuper d'eux-mêmes, de leurs propres plaisirs ou de leur propre bonheur plutôt que de se donner le moyen de s'interroger, de se question­ner, sur ce qui ne va pas.

Cela a commencé, il y a très longtemps, il y a très, très longtemps. Le Satan, le diviseur, l'excitateur qui est comparé dans le livre de Job à un bourdon qui pique au bon moment, a parfaitement raison de s'attaquer à la femme. Non pas parce qu'elle est plus faible, contrairement à tout ce qu'on a raconté depuis le début de la création. C'est parce qu'elle représente la partie la plus religieuse de l'humanité, la féminité c'est-à-dire ce que représente la femme dans le monde. C'est elle qui d'une certaine manière signifie la relation avec Dieu, elle représente la foi. Deux éléments pour essayer d'expliquer mon hypothèse. Adam a été placé dans le paradis. On aurait pu s'arrêter là. Mais Dieu a inventé une chose extraordinaire, Il a inventé une sorte de premier trem­plin, de premier marchepied, d'une espèce d'intermé­diaire entre Lui et l'homme qui serait une créature, tirée de Lui, non seulement de Lui Dieu, mais de l'homme, premier fruit de collaboration création entre l'homme et qui serait comme un premier lien, qui dirait différemment, de façon extrêmement originale cet amour qui unit l'homme et Dieu. Et cette création, intermédiaire et chemin vers Dieu, c'est la femme. D'ailleurs la femme n'est pas uniquement le partenaire de l'homme, elle est surtout celle qui va comme une sorte de première sorte d'intermédiaire, entonner cette première symphonie du début du monde, qui inaugure et déploie dans l'amour, la relation de l'homme et de Dieu. C'est-à-dire elle est le lien qui représente la relation entre l'homme et Dieu. Elle est le lien de la foi. A travers la femme, l'homme va découvrir pro­gressivement tout au long de sa vie, à travers l'amour et le désir, Celui qui est son amour et son désir.

C'est pour cela qu'il quittera père et mère, pour devenir avec elle une seule chair. Mais à travers elle, il s'unira à quelqu'un de plus puissant et de plus grand, Dieu et qui est juste caché derrière la femme. Dieu est caché dans la femme. C'est la vie, c'est le secret. Satan ne va pas s'attaquer à celui qui aurait pu lui opposer sa propre masculinité, par des lois, une règle, une interdiction, mais il va s'attaquer à cette chose beaucoup plus fragile, beaucoup plus subtile, beaucoup plus beau qui est la relation, qui est la foi. Ce n'est pas la loi, ce n'est pas la règle que Satan s'at­taque, c'est la foi.

Et je prends comme exemple ce qui me paraît absolument la réussite totale du diable, de Satan, du mal dans ce monde, actuellement. On a remplacé tout élément de foi par les valeurs, par la morale, par une loi. En fait on a eu tellement de mal de passer de l'Ancien Testament au Nouveau Testament que le diable a réussi à nous faire reculer encore d'un cran et que nous sommes de nouveau dans les valeurs morales et non plus dans la foi, à cause de la peur. C'est la peur qui nous a fait reculer d'un pas. C'est la peur ou la foi. La peur a gagné pour l'instant, et nous avons reculé Vous avez entendu parler, comme moi, qu'il y a un nombre record de mariages cette année. Je suis surpris par l'incapacité à décrire dans une relation avec Dieu. Je veux vivre avec mon épouse que j'aime, la fidélité, l'indissolubilité, la fécondité, etc... les dif­férentes valeurs du mariage chrétien et catholique c'est très beau, mais j'ai envie de penser que c'est in­humain de demander à des gens de tenir sur des va­leurs aussi difficiles que sont celles du mariage sans la foi. Ce serait comme si on demanderait à des gens marcher sur un fil comme des équilibristes tout au long de leur vie. Et vous êtes mieux placés que moi pour le savoir, il y a un défi presque prométhéen, alors que les gens le désirent fondamentalement vivre cette fidélité, cette indissolubilité et toutes les valeurs qui sont autour sans la foi, sans une relation qui vivi­fie cette loi, sans une relation qui va donner une chair a cette loi, à cette exigence. Et nous avons à faire à des gens qui sont devenus infirmes, incapables de prononcer un quelconque nom de Dieu sous prétexte que, quand on dit le nom de Dieu, on fait preuve d'intolérance à l'égard des autres.

Quand on ne peut pas dire qui est en face, on ne peut pas dire qui nous sommes. C'est-à-dire le pro­blème de la perte de la foi et du manque de foi n'est pas quelque chose qui est tombé parce que c'était dé­suet, c'est la mort des deux partenaires, c'est la mort de la relation, c'est la mort même de l'homme. Il ne peut pas se dire puisqu'il ne peut pas dire qui est en face de lui. C'est le manque de foi, c'est la peur qui fait que cette peur a reculé. Mais qu'est-ce qui se passe quand on a peur, on donne le pouvoir à d'autres, c'est-à-dire on a peur d'être abîmé, on a peur d'être envahi, alors on donne le pouvoir à ceux qui ont envie d'avoir le pouvoir. C'est simple quand on commence à avoir peur, on donne le pouvoir à ceux qui le veulent. Et la foi est l'inverse du pouvoir et de la peur. Frères et sœurs, nous les chrétiens, qui nous pesons tous les dimanches, la conscience du mal, nous essayons justement d'aller au-delà de notre peur par la foi. C'est parce que j'ai une relation avec Dieu et une relation d'amour et de confiance que je tente de gérer cette foi.

Revenons à la femme au début du monde, cette partie religieuse, cette partie de la foi, Satan va essayer progressivement afin de la faire glisser, de la dévoyer, de pervertir. Comment fait-il ? Il prend le pouvoir, et il le fait par le langage, il le fait par le lan­gage en lui disant : "Dieu a dit tu ne mangeras pas de tous les arbres du jardin".

Pour moi, quoi que nous fassions, et même si l'église est vide, et même si dans l'Église, personne ne célèbre l'eucharistie, Dieu sera toujours Dieu. C'est une certitude qui ne repose pas sur moi, qui repose sur le fait Dieu qui était avant, sera toujours là. Ma foi repose sur la certitude que Dieu est Dieu, alors j'y vais cahin-caha, en boitant, plus ou moins vite, plus ou moins en maugréant, mais je tente de mettre mes pas dans les traces de ceux qui m'ont précédé, sachant très bien que, moi, si j'inventais mes propres traces, je prendrais des chemins de traverse trop éloignés de Dieu. C'est pour ça qu'on est dans l'Église, sinon cha­cun de nous serait une église à lui-même, sinon cha­cun de nous inventerait son propre chemin vers Dieu. C'est pour ça qu'on est ensemble, c'est parce que, en fait, les traces qui nous précèdent nous donnent une certitude d'atteindre vraiment Dieu et d'aller vers Lui, et que la foi qui animait ceux qui nous précédaient dans cette église comme la foi qui animera, j'espère, nos enfants et nos petits-enfants, ce sera cette même foi qui vont les mener plus loin.

Frères et sœurs, à qui avez-vous donné du pouvoir dans votre vie ? C'est la question. De quoi avons-nous peur ? Qui exerce sur nous maintenant aujourd'hui, dans notre vie du pouvoir ? A qui accordons-nous d'avoir du pouvoir sur nous ? C'est pourquoi, même si je ne réussis pas, le diable ayant épuisé toute tentation, un jour lui s'arrêtera, mais pas moi, c'est-à-dire qu'un jour il aura cessé de nous tenter, de me tenter. Et moi je serai encore là parce que je sais que Dieu me veut, et que cette volonté et cet amour de Dieu est plus fort, plus grand, plus éternel que la tentation du diable. Mais nous avons à reprendre sans arrêt ce chemin de la foi.

C'est le début de notre prière commune, c'est le début de notre Église, c'est la force de notre Église et de notre communauté, c'est que nous entendions, à travers nos chants, à travers nos demandes de pardon, à travers nos mains tendues pour le pain, cette confiance paradoxale, têtue, obstinée en Dieu. C'est Lui à qui je donne le pouvoir sur ma vie et pas aux hommes, et pas aux hommes quels qu'ils soient.

Frères et sœurs, c'est donc cette partie féminine, vous me comprenez bien nous ne sommes pas des féminins, c'est la partie religieuse de ma vie qui est toujours la plus fragile qui est toujours la plus attaquable, c'est celle qui me conduit et qui me mène plus loin. C'est pour cela que Satan attaque toujours non pas les valeurs, non pas la morale, attaque ce qui est fragile c'est-à-dire ce qui relève de la confiance. C'est là que Satan intervient, c'est là que le mal s'insinue, c'est là qu'il pervertit fondamentalement l'humanité, non pas dans son essence, mais dans sa finalité vers où elle va, ce pour quoi elle vit. Frères et sœurs, ne laissons pas une nouvelle fois le mal attaquer notre foi. Nous avons peur oui, mais nous avons confiance. Et c'est ce mélange qui fait notre humanité, de notre peur reconnue, épinglée, signifiée et de la foi qui donne quand même a nos pieds fragiles l'envie de marcher et d'aller vers notre Dieu en qui nous avons toute confiance.

 

AMEN

 

 

 
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