AU FIL DES HOMELIES

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SATAN LE TENTATEUR, VAINCU PAR LA PAROLE DU CHRIST

Gn 2,7-9 + Gn 3, 1-13 ; Rm 5, 12-19 ; Lc 4, 1-13
Premier dimanche de carême - année C (25 février 2007)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

"Jésus fut conduit par l'Esprit au désert pour y être tenté par le diable" (Mt 4, 1).

"Il convient de nous souvenir, dit saint Ambroise, comment le premier Adam après avoir été tenté par le diable et y avoir succombé, fut chassé du paradis dans le désert. Jésus savait où retrouver le condamné, par quels chemins le ramener de son errance, et le conduire à nouveau au paradis".

"Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à ces pierres de devenir du pain" (Mt, 4, 3). "La femme vit que l'arbre était séduisant à voir, bon à manger et qu'il était désirable. Elle prit le fruit et elle mangea" (Gn 3, 6). Le diable commence toujours par les tentations les plus élémentaires, les plus fondamentales. Il s'adresse d'abord à notre besoin, à notre faim, à notre désir. C'est la tentation de l'avoir, de la possession, de ce qui nous semble nécessaire pour notre vie. Qu'il s'agisse de manger, de boire, ou de tout autre désir, c'est par là que Satan commence la lutte avec nous. "Et quand Satan eut épuisé toutes les formes de tentations il se retira pour revenir au temps marqué" (Lc 4, 13). Et au temps fixé, quand Jésus pend sur la croix, ce n'est plus la faim qui sert de tentation, mais la soif : "Alors, Jésus s'écria : j'ai soif" (Jn, 19, 28). "Donne-moi à boire" (Jn, 4, 7). Le remède contre cette tentation de l'avoir, cette tentation de la possession, le remède que Jésus et l'Église nous proposent, c'est ce qu'on appelle le jeûne (Cf. Mt. 6, 16-18 : évangile du jour des Cendres). Le jeûne ne consiste pas à supprimer le désir, mais à l'orienter différemment : "L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de la Parole qui sort de la bouche de Dieu" (Mt, 4, 4). Jeûner, c'est faire grandir en nous cet autre désir qui n'est pas seulement celui des biens matériels, qui n'est pas seulement celui qui comblera nos besoins, mais un désir plus profond, le désir de la rencontre de Dieu : "Bienheureux ceux qui ont faim et soif de justice. Bienheureux ceux qui sont pauvres" (Mt 5, 6 et 3). "Donne-moi à boire. Si tu savais le don de Dieu, c'est toi qui m'aurais demandé à boire et je t'aurais donné de l'eau vive. Et l'eau que je te donnerai deviendra en toi une source jaillissante pour la vie éternelle" (Jn 4, 10 et 14). "Quand Jésus fut mort sur la croix, un soldat de sa lance lui perça le côté et il en coula du sang et de l'eau" (Jn, 19, 34). "Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive, celui qui croit en moi. De mon sein, couleront des fleuves d'eau vive" (Jn 7, 37-38). Voilà la première tentation, voilà le premier remède, laisser la faim et la soif creuser en nous un autre désir, ne pas être obsédé par la satisfaction immédiate de nos désirs les plus élémentaires, aller plus profond et plus loin dans le manque et dans le vide, être pauvres, et tirer de cette pauvreté la seule chose qui puisse nous combler.

"Alors le diable conduit Jésus sur une haute montagne et il lui montre tous les royaumes de la terre et leur gloire" (Mt 4, 8). "Et il dit à Jésus : cette puissance, cette gloire m'appartiennent car elle m'a été donnée et je la donne à qui je veux (Lc 4, 6). Je suis "le Prince de ce monde" (Jn 12, 31). "Si donc, tu te prosternes devant moi je te donnerai tous les royaumes de la terre" (Lc 4, 7). Cette fois-ci, c'est la tentation du pouvoir, la tentation de la domination, la tentation d'être le maître. "Ceux qui gouvernent les nations, dira Jésus, se font appeler bienfaiteurs, et ils occupent les premières places" (Lc 22, 25). "Tu es roi ? Tu es le roi des juifs, lui dit Pilate ? Et Jésus répond : "Tu l'as dit, je suis roi. Mais mon Royaume n'est pas de ce monde" (Jn 18, 33-37a). Mon Royaume n'est pas de ce monde dont Satan est le Prince. "Parmi vous, dit Jésus à ses disciples, il n'en sera pas comme des royaumes du monde. Celui d'entre vous qui veut être grand se fera le serviteur de tous. Quel est le plus grand ? Celui qui est à table ou celui qui sert ? N'est-ce pas celui qui est à table ? Eh bien moi, je suis parmi vous comme celui qui sert" (Lc 22, 26-27). Mon Royaume n'est pas de ce monde" La royauté du Christ n'est pas domination, elle n'est pas pouvoir, elle est service. "Venez les bénis de mon Père, recevez le Royaume préparé pour vous, car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger, j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire" (Mt 25, 34-35). Il ne suffit pas de jeûner, encore faut-il partager, encore faut-il avoir le cœur sensible à la misère de nos frères. "Bienheureux les miséricordieux, bienheureux ceux qui réalisent et construisent la paix" (Mt 5, 7 et 9). C'est la deuxième tentation, celle du pouvoir, celle de la domination, et c'est dans le service de nos frères, dans le partage avec eux (voir Mt 6, 2-4), que cette tentation peut-être vaincue.

La troisième tentation est plus subtile, plus difficile à déterminer. Satan emmène Jésus sur le pinacle du Temple, au cœur de Jérusalem, au cœur du monde, à l'endroit précis où se trouve "l'escabeau des pieds de Dieu" (I Chr. 28, 2), où le ciel et la terre rentrent symboliquement en communication. C'est la raison pour laquelle saint Luc place cette tentation en troisième lieu. Et Satan dit : "Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas, car Dieu enverra des anges pour te porter sur leurs bras" (Lc, 4, 9-11). C'est la tentation de la fausse foi, de la fausse religion. C'est la tentation de transformer Dieu en un faiseur de miracles, la tentation de manipuler Dieu. C'est la tentation de mentir sur ce qu'est Dieu, Satan est menteur et père du mensonge : "Dieu nous a dit, répondit Eve, que si nous mangeons de ce fruit, nous mourrons. Pas du tout, dit Satan, mais Dieu sait que vous deviendrez comme des dieux" (Gn 3, 3-4). C'est l'ultime dimension de la tentation que présente Satan, devenir Dieu, être un faux dieu ! "Vous deviendrez comme des dieux, c'est vous qui déciderez où est le bien, où est le mal" (Gn 3, 5). Fausse liberté qui conduira à la mort. Jésus refuse : "Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu" (Lc 4, 12). "Lui qui était de condition divine n'a pas retenu jalousement le rang qui l'égalait à Dieu, mais il s'est anéanti lui-même, prenant la condition d'esclave, devenant semblable aux hommes. Reconnu pour un homme, il s'humilia plus encore jusqu'à la mort, et à la mort sur une croix" (Ph 2, 6-8). La mort sur la croix c'est la révélation du vrai visage de Dieu qui n'est pas un faiseur de prodiges ; Dieu qui est celui qui va jusqu'à l'extrême, jusqu'au bout de son amour pour les hommes. Dieu qui accepte de s'anéantir lui-même … (quelle phrase étonnante), pour devenir semblable aux hommes. Comme le disent les Odes de Salomon : "Tu t'es fait semblable à moi pour que je n'aie pas peur de rencontrer" (Ode 7, 4-5). Voilà le vrai visage de Dieu, voilà l'ultime victoire de Jésus sur Satan. Ce qui peut nous permettre de répondre comme Jésus à Satan, c'est la prière (la troisième arme de notre carême, voir Mt 6, 5-6). La prière non pas seulement pour demander mais la prière pour voir, pour connaître, pour rencontrer, pour être rempli par Dieu. "Bienheureux ceux qui ont le cœur pur", pur de tout mensonge, pur de toute ambition, ceux qui ont le cœur entièrement dépouillé, "ils verront Dieu" (Mt 5, 8).

Frères et sœurs, tout le programme du carême nous est indiqué par cette page de la tentation de Jésus au désert. Renoncer à l'appétit de possession indéfinie, à l'appétit de richesse qui habite notre cœur, renoncer à la tentation de dominer, d'écraser pour nous mettre au service les uns des autres, comme Jésus qui est parmi nous celui qui sert. Renoncer enfin à une fausse relation avec Dieu, non pas un Dieu animateur de prodiges, mais ce Dieu qui s'anéantit lui-même pour nous sauver, qui vient jusqu'à la croix, qui vient jusqu'à cette ultime Parole inimaginable : "Mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?" (Mc. 15, 34) connaissant l'ultime déréliction qui est le fruit du péché et qu'Il a voulu porter à notre place.

 

AMEN

 

 

 

 
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