AU FIL DES HOMELIES

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LA FOLIE DES GRANDEURS

Gn 2,7-9 + Gn 3, 1-13 ; Rm 5, 12-19 ; Mt 4, 1-11
Premier dimanche de carême - année A (10 février 2008)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

Vous connaissez le proverbe : il ne faut pas tenter le diable. Fallait-il pour autant, tenter Dieu ? Il est vrai qu'il ne faut pas tenter le diable, je n'ai pas souvenir que ce soit dans l"Écriture, tandis que pour ce que le Christ répond au diable, de dire : il est écrit dans l'Écriture tu ne tenteras pas Dieu, donne certainement une autre ampleur au fait que ce soit plutôt Dieu qui soit tenté que le diable. Pourquoi le Christ est-il tenté ? Pourquoi laisse-t-il le diable s'approcher de lui ? Pourquoi finalement Dieu accepte-t-il d'être tenté ? Si de fait Dieu est Dieu, il est loin du mal, il est loin de la tentation, il est loin du péché, il est loin de toutes ténèbres. Or, précisément, le Christ accepte librement d'être tenté par le diable. Alors est-ce un jeu ? est-ce une manière d'être ? est-ce que le Christ n'essaierait pas de tenter le diable ?

Frères et sœurs, la difficulté, c'est celle du rapport à la relation de Dieu avec les hommes. La difficulté c'est celle du rapport entre la réalité et la vérité. Pourquoi ? Parce que vous le savez, Dieu aime les hommes et Dieu veut le salut des hommes, mais il ne veut pas ce salut n'importe comment, n'importe quand. Il n'accepte pas tous les moyens. Ce que le diable tente d'insinuer, c'est justement de demander à Dieu d'être enfin Dieu, ou plutôt de l'idée que le diable se fait de Dieu. Le diable reconnaît dans l'évangile très souvent que Jésus est le Fils de Dieu et d'ailleurs, Jésus ordonne à certains démons de se taire. Le diable sait parfaitement qui est le Fils de Dieu, qui est le Christ, et pourtant le diable fait une erreur. Il connaît certainement parfaitement son catéchisme, et son Credo : Je crois en Dieu tout-puissant, je crois à la gloire de Dieu. Ce que Dieu n'a pas pour lui-même, le diable a pour Dieu la folie des grandeurs. C'est la tromperie du diable, c'est de croire pour que Dieu soit Dieu qu'il exerce un pouvoir, qu'il détienne des richesses, et qu'il asservisse l'homme à sa volonté.

Lorsque l'on regarde avec l'évangile de Matthieu les tentations que le diable fait au Christ, on peut y voir et y lire le mensonge absolu, la mystification de la vérité Bien sûr, Jésus a faim, et bien, si tu es Fils de Dieu, transforme ces pierres en pains. Bien sûr, Jésus semble seul dans ce désert et abandonné, et bien, jette-toi du pinacle du temple, et tu verras, les anges viendront à ta rescousse. Jésus est dans le désert et semble ne plus rien avoir, regarde, élève-toi un peu, tu as toutes les richesses, je te les donne. Or c'est une vraie falsification de la Pâque du Christ puisque le diable tente exactement le Christ là où le Christ veut agir. Le Christ veut donner du pain aux hommes, le Christ veut que les hommes adorent Dieu en esprit et en vérité, le Christ veut que les hommes soient remplis de la richesse divine. Donc on a comme une image renversée et faussée du triduum pascal que l'on commence le Jeudi saint pour aboutir jusqu'au pied du tombeau en passant par la croix. Car le Christ ne veut pas transformer des pierres en pains en faisant un acte de magie, mais il veut donner son Corps, livrer sa vie. Il ne transforme pas des pierres en pains, mais du pain en son Corps. Pourquoi ? parce qu'il se donne vraiment, il s'investit dans ce qu'il fait et il est ce qu'il fait. Il donne son Corps et le pain devient vraie nourriture, la parole se fait chair. Le Christ ne va pas dans la ville sainte sur le pinacle du temple mais le Vendredi saint, non pas de se jeter du haut du temple, mais d'être élevé sur la croix en dehors de la ville sainte pour atteindre toute l'humanité même celle qui est sortie de Jérusalem. Le Christ n'accepte pas des richesses qui disparaissent en montant sur une montagne pour les voir, les contempler et se les accaparer, il entre dans le creux du rocher pour être le plus pauvre des hommes, celui qui a perdu jusqu'à sa vie divine par amour des hommes. C'est sa seule richesse, c'est sa vraie pauvreté et pourtant, c'est sa vraie gloire.

Il fait ainsi œuvre de Dieu, un Dieu qui comme le dira l'épître aux Philippiens, n'a pas fait l'avare, l'Harpagon avec sa richesse, mais il s'est abaissé jusqu'à donner sa vie sur la croix en mourant pour nous.

Frères et sœurs, ce qui est vrai pour le Christ est aussi vrai pour vous. La question et l'invitation qui nous sont faites aujourd'hui c'est de savoir comment ne pas tomber dans le piège de la folie de nos fausses grandeurs, comment ne pas tomber dans un désir de puissance et de volonté, comment ne pas croire que nous sommes assurés par nos richesses d'un pouvoir sans limites. Il nous faut nous interroger sur la manière dont parfois nous essayons de faire passer aux yeux des hommes, alors que ce ne sont que des pierres, comment nous jouons parfois les uns avec les autres aux apprentis sorciers qui voulons transformer un monde ou l'autre en pensant que l'on peut d'un simple désir de volonté transformer la vie de quelqu'un ou de quelques-uns. Nous sommes invités à nous interroger comment nous ne sommes pas en train de falsifier la vérité, comment nous ne sommes pas en train d'exclure les uns ou les autres à force de construire un temple, d'y monter dessus et de faire prendre aux autres des vessies pour des lanternes. Il nous faut nous interroger sur la folie de nos grandeurs, sur la manière dont nous falsifions la vérité, de la manière dont nous estimons que ce qui passe en premier c'est notre désir et notre volonté, quitte à asservir l'autre avec ce que nous croyons être les richesses de notre propre vérité.

Frères et sœurs, le seul chemin c'est celui qui est tracé par le Christ : méditer sa Parole, répondre par la Parole, voir que cette Parole c'est celle du Verbe fait chair qui s'est donné lui-même qui a livré sa vie et qui nous appelle à la vraie richesse dans le don. C'est le chemin que nous propose justement le Christ, non pas celui d'exclure, de se choisir ou celui de croire qu'on pourra arriver à tout, mais bien le chemin où le Christ a exactement plombé le diable : oui, je suis Fils de Dieu, et Dieu, sa vraie richesse, c'est son amour et c'est le don de sa vie, pour nous-mêmes, c'est le critère absolu de toute ecclésialité, de toute sainteté, comme de tout évangile.

 

 

AMEN

 

 

 
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