AU FIL DES HOMELIES

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QU'EST-CE QUE LE MONDE ?

Gn 2,7-9 + Gn 3, 1-13 ; Rm 5, 12-19 ; Lc 4, 1-13
Premier dimanche de carême - année B (26 février 2012)
Homélie du Jean-Philippe REVEL


Tentation du pouvoir (Autun)
Frères et sœurs, nous sommes donc avec le Christ au désert à la rencontre du diable qui vient pour nous tenter comme il est venu pour tenter Jésus. Les tentations que propose le diable sont des tentations de facilité : répondre à la faim des hommes, les nourrir, ou encore, la tentation du prodige qui émerveille les foules.

Je voudrais m'arrêter sur la deuxième tentation et sur une phrase que saint Luc est le seul à nous rapporter dans l'évangile : "Le diable emmena Jésus sur une haute montagne et lui fit voir en un instant tous les royaumes du monde et il lui dit : je te donnerai toute cette puissance et toute la gloire de ces royaumes car elle m'a été remise et je la donne à qui je veux"(Lc 4, 6). C'est la tentation du pouvoir. Satan se présente à Jésus comme celui qui peut donner tout pouvoir dans le monde et sur les nations, celui qui peut organiser tout l'univers en fonction de ce qu'il veut obtenir. C'est donc la tentation du pouvoir, et de fait, dans l'évangile, à plusieurs reprises, Jésus dira de Satan qu'il est le Prince de ce monde. "C'est maintenant le jugement de ce monde, maintenant, le Prince de ce monde va être jeté à bas" (Jn 12, 31), ou encore, "il vient le Prince de ce monde mais contre moi, il ne peut rien"(Jn 14, 30).

Prince de ce monde ! Qu'est-ce à dire ? Quel est ce monde dont Satan est le prince et qu'il veut utiliser contre Jésus ? Plusieurs passages de l'évangile nous conduisent comprendre petit à petit ce qu'est ce monde. C'est ainsi que Jésus dit aux disciples : "Qui me hait, hait aussi mon Père, si le monde vous hait, sachez qu'il m'a haï avant vous, parce que vous n'êtes pas du monde, parce mon choix vous a tiré du monde, le monde vous hait" (Jn 15, 18-19). Le monde, c'est donc le lieu de la haine, contre Dieu le Père, et contre son Fils. Le monde, c'est ce qui dit "non" à Dieu, c'est ce qui résume la jalousie et la destruction de tout ce que Dieu a voulu faire.

Mais qui est ce monde ? Ce n'est pas l'univers matériel dans lequel nous vivons, ce n'est pas le monde des étoiles et des galaxies, car saint Paul nous le dit : "La création a été assujettie à la vanité (le péché), non qu'elle l'eût voulu, mais à cause de celui de l'homme qui l'y a soumis" (Rm 8, 20). Donc la création est victime, elle n'est pas l'auteur de cette haine qui habite le cœur du monde. Le monde, ce n'est donc pas les étoiles, ce n'est donc pas la création, et le livre de la Sagesse nous le dit : "Dieu a tout créé pour la vie, il n'a rien fait qui contienne un poison de mort" (Sg 1, 12). Le même livre de la Sagesse continue : "La mort, c'est le diable qui l'a inventée" (Sg 2, 24).

Le diable, c'est lui qui modifie sinon toute la création, du moins toute l'humanité pour l'animer par la haine contre Dieu contre son Christ. C'est ce que nous dit l'évangile de saint Jean dans le Prologue : "Le Verbe est venu dans le monde, et le monde a été fait par lui, et le monde ne l'a pas connu. Il est venu chez lui et les siens ne l'ont pas reçu" (Jn 1, 9-11). Les siens, c'est-à-dire l'humanité que Jésus est venu arracher à la haine et à Satan, cette humanité, Jésus est venu la visiter, il s'est fait homme parmi les hommes, mais elle ne l'a pas reconnu. C'est cela le monde. Le monde, c'est l'univers humain, l'humanité en tant qu'elle s'oppose à la venue de Dieu en son sein, en tant que cette humanité se désintéresse du salut.

Jésus le dit encore dans l'évangile : "Vous avez pour père le diable" (Jn 8, 44). Nous sommes tous marqués par le péché originel que le diable a imprimé en nous. "Dès l'origine, il fut un homicide, il n'y a pas de vérité en lui, il est menteur et père du mensonge. – "Pas du tout, vous serez comme des dieux" (Jn 8, 44 et Gn 3, 5). Voilà donc l'œuvre du diable, c'est de transformer l'humanité que Dieu avait créée pour son bonheur, la transformer en un lieu de haine.

Tout ceci culmine dans cette phrase qui se trouve dans le discours de Jésus avant son départ vers la Passion : "Je ne prie pas pour le monde" (Jn 17, 9a)). Et voici que tout à coup, la situation se renverse complètement ce monde qui hait Jésus et son Père, ce monde qui refuse le salut, ce monde qui s'enferme dans la haine et dans la jalousie, ce monde, "Dieu l'a tellement aimé qu'il lui a donné son Fils" (Jn, 3, 16). C'est le renversement de l'évangile : les hommes ne veulent pas recevoir le salut, les hommes haïssent le Père et le Fils, les hommes se haïssent les uns les autres, mais Dieu est plus fort, l'amour de Dieu est plus grand que toute la haine des hommes. Dieu a donné son Fils, ce Fils que le monde rejette, Dieu le lui donne pour qu'il devienne son sauveur. "Dieu a envoyé son Fils dans le monde non pour condamner le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui" (Jn 3, 17). C'est l'incroyable mystère de la rédemption, l'incroyable mystère du rachat de l'humanité, cette humanité qui s'est laissée envahir par la haine et l'ignorance de Dieu par le menteur qu'est le diable, cette humanité Dieu l'aime tellement qu'il lui donne son Fils et il le lui donne jusqu'à la mort, jusqu'à la dernière goutte de son sang. C'est ce salut du Christ pour l'humanité tout entière qui seul peut vaincre la haine qui est dans nos cœurs.

 

AMEN

 

 

 

 

 

 
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