AU FIL DES HOMELIES

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JE SUIS TROP PETIT !

Dt 4, 5-9 ; Lc 19, 1-10
Jeudi de la première semaine de carême - année A (1er mars 1981)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Collées à la terre

Y

 

a-t-il une nation qui ait ses dieux aussi proches que notre Dieu est proche de nous ?" Cette parole du Deutéronome n'est pas vraie seulement du peuple d'Israël, elle est vraie aussi de nous, qui sommes l'Israël nouveau. Et si Dieu était proche d'Israël, ce n'était pas parce qu'Israël avait mérité cette proximité de Dieu. Le récit de l'Exode nous dit bien qu'Israël est un ramassis de vauriens, un peuple à la nuque raide, toujours prêt à se détourner de son Dieu. Mais c'est Dieu qui s'était fait proche de son peuple. Et Dieu s'est fait proche de lui comme nous le voyons réalisé dans cette page d'évangile qui est typique de l'attitude de Dieu à notre égard. Car nous sommes tous comme Zachée, des hommes pécheurs et cependant Dieu se fait proche de nous, pour nous sauver parce que nous étions perdus.

Cet évangile est décisif en ce temps de carême, temps de conversion, temps de pénitence, temps du sacrement de la conversion et de la pénitence, temps du sacrement de la réconciliation. Si vous avez bien entendu ce texte, c'est Dieu sans cesse qui a l'initiative. C'est Jésus qui, par son Esprit, avait mis dans le cœur de Zachée ce désir de voir le Seigneur qui passait. Ce n'était pas simple curiosité, simple attrait d'un évènement sensationnel, c'était le désir de voir Jésus. Sitôt que Zachée a cédé à ce désir et que, malgré son péché, malgré sa misère morale, il s'est élancé au-devant du Seigneur pour monter sur un arbre afin de le voir passer, Jésus prend de nouveau l'initiative : "Zachée, viens. C'est chez toi que je veux manger." C'est chez toi que je veux habiter. Jésus décide, avant même que Zachée soit converti qu'il va faire sa demeure chez lui.

Et c'est parce que Zachée a reçu Jésus avec cette joie émerveillée et débordante que, en conséquence, Zachée dira : "Je vais donner la moitié de mes biens aux pauvres et rendre le quadruple à tous ceux à qui j'ai fait du tort." Il en va ainsi dans le sacrement de réconciliation. Les résolutions que nous prenons, le désir de nous convertir, c'est-à-dire de transformer notre vie, de partager ce qui est à nous avec nos frères, et de réparer les torts que nous avons faits, ceci n'est pas une démarche préalable à la venue du Seigneur. Ce n'est pas avant que le Seigneur s'intéresse à nous que nous avons à réformer notre vie, à mettre en ordre notre existence, à renoncer à nos péchés et à prendre des résolutions pour une vie meilleure. Ceci n'est que la conséquence de la venue du Seigneur. Ce qui est premier, c'est que le Seigneur vient, le Seigneur vient chez nous. Il vient parce qu'Il en prend l'initiative, parce que nous sommes perdus et qu'Il est venu pour chercher ce qui est perdu.

La seule chose qui nous est demandée, c'est de laisser le désir de voir le Seigneur, le désir de rencontrer le Seigneur grandir dans notre cœur, de laisser ce désir prendre force, se concrétiser dans nos actes, Il faut que nous ayons le désir de cette rencontre, comme Zachée, au point de nous porter au-devant du Seigneur qui passe et de monter sur un arbre afin de le voir passer. Mais dès lors que nous avons accepté que ce désir de voir le Seigneur grandisse dans notre cœur, c'est le Seigneur qui mène tout, c'est Lui qui nous appelle, c'est Lui qui vient chez nous.

La deuxième chose qui nous est demandée, comme à Zachée, c'est de recevoir le Seigneur avec joie. Non pas avec crainte parce que nous sommes pécheurs, non pas en lui disant : "Eloigne toi de moi car je ne suis pas digne que tu viennes dans ma maison " car ma maison c'est celle d'un pauvre, d'un pécheur, d'un homme de rien. Nous devons recevoir avec joie le Seigneur, parce que le Seigneur a décidé de venir chez nous. Et c'est cela le pardon du Seigneur, c'est cela le sacrement de réconciliation. C'est le Seigneur qui nous appelle, c'est le Seigneur qui fait sa demeure chez nous. Et par là même que le Seigneur entre dans notre cœur, pour y faire sa demeure, il y apporte d'abord la joie, d'abord l'exultation. Ensuite, aussi des fruits de conversion de notre cœur. Car une fois que Zachée a eu reçu Jésus chez lui et qu'il l'a reçu avec joie, par voie de conséquence, comme une suite naturelle de l'évènement qui vient de se passer, du pardon qu'il vient de recevoir, Zachée décide, par cette grâce du Seigneur qui vient de lui être donnée gratuitement, de partager avec le pauvre et de réparer les torts qu'il a faits à son prochain.

Pendant ce carême, c'est cela qui nous est demandé. Non pas d'abord de prendre un certain nombre de résolutions, non pas d'abord de mettre un certain nombre de choses en ordre dans notre vie, mais d'abord de nous laisser rencontrer par le Seigneur, de laisser grandir en nous ce désir de rencontrer le Seigneur, et quand le Seigneur nous appelle, d'entendre sa voix et d'ouvrir notre cœur à sa venue, et d'être heureux que le Seigneur vienne. C'est cela son pardon, c'est cela le sacrement de réconciliation. Alors seulement, il est possible que nous transformions notre vie, que nous convertissions notre cœur et que nous changions brutalement notre façon de vivre. Car cela est impossible à l'homme mais possible à Dieu. Il faut que Dieu ait pris place en nous, dans notre vie, dans notre cœur pour que notre vie, notre cœur puisse être transformés. Tout le reste, c'est simplement illusion et littérature. Non, nous ne sommes pas capables de nous convertir nous-mêmes, mais nous devons accueillir cette conversion qui nous est offerte, qui nous est donnée réellement.

Que pendant ce carême nous sachions entendre la voix du Christ qui nous appelle. Que nous sachions ouvrir notre cœur à sa venue. Que nous sachions désirer réellement le rencontrer. Et tout le reste nous sera donné par surcroît.

 

AMEN

 
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