AU FIL DES HOMELIES

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JÉSUS ET LES PHARISIENS

Est 13, 8-11 +15-17; Lc 11, 14-23
Jeudi de la première semaine de carême - année A (12 mars 1987)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

Q

uand on suit pas à pas la vie du Christ, on comprend finalement que les pharisiens étaient quelque peu déconcertés par son attitude. En effet, il y a une sorte d'improvisation permanente, sans aucun programme précis, dans Celui qui, parcou­rant les routes, guérit les malades, va manger chez les pécheurs, rassemble des foules, exhorte et annonce la bonne nouvelle. Comme si le Christ y allait de son bon cœur, de son sentiment intérieur, se laissant bousculer par les femmes qui veulent se faire guérir, par les gens qui crient leur misère, par ceux qui ou­vrent leur cœur et dévoilent leur foi qui naît.

En effet, quelque chose de purement gratuit, d'improvisé, et nous comprenons alors la question des pharisiens qui réclament une preuve, un signe, quel­que chose de tangible, quelque chose de réel qui puisse vraiment signer que c'est là la véritable venue du Royaume de Dieu. Et le Christ improvisant, de miracle en miracle, de parabole en parabole, passant dans cette foule, guérissant, ouvrant son cœur, com­patissant aux misères de ceux qui l'entourent, ense­mence ce peuple, ensemence ces hommes et ces femmes d'une puissance, de la puissance même de Dieu qui, derrière Lui, continuera à grandir et qui s'appelle le Royaume de Dieu.

En effet, il y a identité entre le Royaume et le Christ, si ce n'est qu'il y a quand même une certaine distance entre la mission proprement dite du Christ et la réalité de ce Royaume. Lorsque le Christ dit que "Le Royaume est proche !" Il signifie par là qu'il s'ap­proche, qu'il est en train de naître. Il décrit là un avè­nement d'un Royaume qui n'est pas encore achevé. Et la mission du Christ est comme la manifestation exté­rieure de ce Royaume qui vient et qui commence à naître.

Alors pourquoi cet endurcissement du cœur des pharisiens et des scribes qui, doutant des gestes faits par le Christ, réclament en plus un signe ? le Royaume ne peut naître que dans une certaine attente, que dans un certain désir, que dans une certaine foi. Et souvent le Christ les trouve ces éléments-là dans le cœur de ceux qui sont malades, dans le cœur de ceux qui ont soif d'une guérison, dans le cœur de ceux qui, spontanément, s'éveillent à une foi comme si leur cœur était tout prêt à s'ouvrir au cœur de Dieu. Pour pouvoir s'enraciner, le Royaume de Dieu exige que le cœur de l'homme y soit préparé, que le cœur de l'homme soit comme dans une attente urgente de cet avènement du Royaume même de Dieu.

Et c'est ainsi que les scribes et les pharisiens, confrontant un désir qu'ils connaissent, un désir du Messie, un désir de la venue d'un Dieu ou d'un Messie de Dieu pour sauver leur peuple, le confrontant avec leur connaissance de leurs Écritures, en oublient fi­nalement de s'ouvrir plus spontanément et d'offrir leur propre misère à cet événement du Christ, à cet évé­nement du Royaume. Qui entend l'arrivée de ce Royaume si ce n'est ceux qui ne font pas cette confrontation de leurs propres connaissances, mais qui, spontanément, reconnaissent qu'ils ont besoin de ce Royaume ? Car en effet, le Royaume de Dieu c'est la venue de la miséricorde. Le Royaume de Dieu c'est la rencontre entre la miséricorde de Dieu et la de­mande de pardon du pécheur qu'est l'homme en face.

Ainsi, à la suite des gestes stimulés, provo­qués par le désir de pardon, par le désir de guérison de ceux qui entouraient le Christ, à la suite de ces gestes, c'est ce Royaume de Dieu qui naît, fécondé par cette Parole, par ce geste du Christ, fécondé dans chaque cœur et qui est comme annonce, provoqué par cette demande, par ce désir qui est dans chaque cœur de l'homme qui se veut et qui réclame ce pardon.

Ainsi notre marche dans le carême nous de­mande d'interroger notre propre cœur sur ce désir du Royaume de Dieu. Ainsi, sommes-nous prêts non seulement à l'accueillir mais à le faire grandir en nous et autour de nous ? Quelle joie, quel désir ardent mettons-nous à son avènement, autre chose que cette connaissance que nous pouvons en avoir ? Comment notre cœur se prépare-t-il à recevoir ces gestes du Christ qui sont l'enracinement de la vie de Dieu en nous, vie de Dieu à laquelle nous sommes destinés ?

 

AMEN

 

 

 
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