AU FIL DES HOMELIES

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LA FORCE DE DIEU

Est 13, 8-11 +15-17; Lc 11, 14-23
Jeudi de la première semaine de carême - année B (25 février 1988)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

Chartreuse de Saint Jean de Liget : Fresque du XIIIème siècle
Main bénissante 

U

n seul mot résume tout cet évangile, c'est le mot force. En effet, quand dans l'évangile on fait mention du "doigt de Dieu", quand Jésus Lui-même emploie cette expression, c'est qu'il fait référence à l'action même de Dieu, lorsque Dieu intervient pour sauver et que sa main s'interpose entre les forces du mal et les humains afin de les sauver de l'embuscade où ils sont tombés.

Le "doigt de Dieu" c'est aussi cette main de Dieu qui couvre les cieux, qui a créé le monde, expression qui signifie aussi son Esprit. Dans les psaumes, dans de nombreux passages de l'Ancien Testament il est souvent fait mention de ce doigt de Dieu comme expression de sa puissance et de sa force. Et Jésus affirme aujourd'hui que sa force, que la force avec laquelle il agit est plus forte que celle de Béelzéboul car c'est une force de salut, d'unité qui unifie, qui guérit, qui fait parler les muets et rend la vue aux aveugles. La force de Dieu c'est ce qui vient se poser là même où l'homme est blessé, afin de le restaurer dans sa dignité et de le guérir.

       Mais pour nous qui sommes en marche durant ce carême, que signifie cette notion de "force de Dieu" ? Lorsque nous parlons de force et plus encore lorsque nous parlons de "force de Dieu", nous voyons comme la possibilité qu'a Dieu d'intervenir. C'est-à-dire qu'usés par l'infirmité de nos propres efforts et de notre volonté, nous avons constaté qu'elle ne pouvait par elle-même atteindre son but, alors nous levons les bras au ciel, ou du moins symboliquement, en implorant quelque chose en plus, quelque chose d'autre, quelque chose qui soit plus fort et qui tienne le coup dans les épreuves et là où nous sommes emmenés. Lorsque nous pensons "force de Dieu", nous pensons intervention et plus encore intervention postérieure de Dieu qui pourrait enfin arranger ce que l'homme, par lui-même, n'a pas réussi à faire.

       Entendre la "force de Dieu", le "doigt de Dieu" ou l'Esprit de Dieu" c'est entendre non pas une force a posteriori, extérieure à nos actions, mais une force prévenante. C'est-à-dire que nos efforts eux-mêmes, notre propre force elle-même sont alimentées, voulues, nourries, ordonnées par la force même de Dieu. Dieu ne vient pas, après analyse de la situation, nous tirer du faux-pas dans lequel nous nous sommes mis, mais Il est, à l'intérieur même de chaque acte et de chaque geste humain, celui qui, tout en respectant la liberté humaine, tente d'ordonner notre propre force à celle du bien. C'est ainsi que la force de Dieu n'est pas uniquement pour intervenir après coup elle l'a fait parfois dans l'histoire d'Israël comme l'Exode et les israélites vont passer bien du temps à se raconter cette histoire de l'intervention de Dieu, mais plus encore dans le fil du quotidien. Dieu est toujours là dans une force toujours prévenante, toujours avant.

       Et notre propre force, notre propre esprit, nos propres actes ne sont que la conséquence de cette conjonction entre notre propre volonté et celle de Dieu, entre notre propre intelligence et celle de Dieu, entre notre amour et celui de Dieu. Il y a comme une conjugaison, il y a comme un mariage heureux, en nous, entre ce que Dieu fait par nous et pour nous. Ainsi il faut entendre "le doigt de Dieu", cet Esprit de Dieu qui intervient comme ce qui précède, ce qui prévient et ce qui nous donne à nous-mêmes force.

       Alors vous allez me dire : mais ça ne marche pas à tous les coups, ce qui est vrai. Mais c'est que nous avons le droit, et c'est là le siège de la liberté de l'homme, de refuser cet accompagnement de la force de Dieu dans notre propre force et de s'y opposer. Nous avons le droit, et nous mourons lorsque nous utilisons ce droit, de nous retourner contre cette force de Dieu, et d'utiliser notre propre force contre celle de Dieu.

       Durant ce carême, n'essayons pas de demander à Dieu, après coup, de nous aider là où nous sommes tombés, mais demandons-lui d'épouser sa propre force, afin que les deux conjuguées, force qui signifie volonté, force qui signifie intelligence, force qui signifie amour, se conjuguant l'une l'autre nous mènent vers un chemin de lumière et de conversion à laquelle Dieu nous appelle. Cette force de Dieu doit nous rendre comme des êtres de louange et ne cessera de laisser nos cœurs muets sur le bord du chemin. Qu'il en soit ainsi dans cette eucharistie. Que ce doigt de Dieu se pose sur nous avec cette force et qu'il nous relève pour nous emmener vers Lui.

       AMEN


 

 

 
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