AU FIL DES HOMELIES

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L'EXORCISME

Est 13, 8-11 +15-17; Lc 11, 14-23
Jeudi de la première semaine de carême - année B (21 février 1991)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

L

e texte un peu étrange de l'évangile que nous venons d'entendre était lu lors des exorcismes pratiqués sur les catéchumènes. Dans la tradi­tion liturgique, ces exorcismes signifient la transition, le passage de la zone des ténèbres, de l'obscurité, du soleil couchant, de la nuit vers la zone de la lumière, du soleil levant, du Christ Sauveur, de la Pâque, de la lumière du jour de Pâques.

Ainsi donc cet exorcisme n'est pas une sorte de concession à l'esprit du temps, ce n'est pas un élé­ment culturel qui`consisterait à croire qu'à l'époque de Jésus ou dans l'antiquité où l'on ne connaissait par encore ni la psychologie ni la psychanalyse, on voyait le démon partout. C'est véritablement une affirmation théologique qui concerne l'existence même du croyant : il y a la réalité d'une puissance du mal, de l'ange du mal qui est le Satan, le Tentateur, même si à certains moments on lui a donné des noms aussi curieux que Béelzéboul qui voulait dire le "maître ou le seigneur des mouches".

En réalité, dans tout cela, c'est le mystère même de l'appartenance de notre existence à Dieu qui est en cause. Notre existence, tant qu'elle n'est pas dans la mouvance, dans la sphère de l'amour de Dieu et du salut de Dieu en Jésus-Christ, notre existence est à tout moment menacée, elle est à tout moment fragi­lisée, vulnérable aux assauts du mal. Et lorsqu'il s'agit de préparer un catéchumène à la rencontre de Dieu, il s'agit de lui faire connaître la puissance du mal. Non pas par expérience pour qu'il retombe dans le péché, mais pour qu'il reconnaisse que, à travers sa vie, à travers tous les moments de notre existence, il y a toujours une sorte de faillibilité profonde de notre liberté.

Au fond, le problème de l'exorcisme n'est pas tant d'abord le problème des puissances du mal que notre problème à nous. Ces puissances du mal ont une efficacité, un pouvoir sur notre existence et tout ce qui relève du registre de la tentation, tout ce qui relève de la chute, tout ce qui relève du péché est bien entendu notre œuvre propre mais n'est pas exclusivement notre œuvre. D'une certaine manière cela veut dire que le mal est plus grand que nous, trop grand pour nous et que lorsque nous faisons le mal, nous collaborons, nous coopérons à une œuvre d'ensemble qui est plus grande que la nôtre. C'est l'œuvre de la destruction, de la sape fondamentale de la création de Dieu.

Et donc, lorsque Jésus fait des exorcismes, c'est précisément pour cela. Il ne pourra vraiment donner son salut à l'homme que s'Il a commencé par déstabiliser cette emprise que le mal peut avoir sur notre existence. C'est le sens de la dernière parole de l'homme fort. "L'homme fort qui tient la maison" ici c'est le démon. Et "le plus fort" qui vient pour le dé­sarmer, c'est le Christ. C'est exactement la manière même dont, dans notre propre existence, avant ou après notre baptême d'ailleurs car nous restons tou­jours complices de l'œuvre du démon, c'est la manière dont nous expérimentons le salut. A la fois le fait que notre existence est aux prises avec le démon, avec la tentation, avec la fragilité de notre liberté et en même temps que le Christ est Celui qui est le plus fort et qui vient briser ce pouvoir et cette emprise que le démon exerce sur nous.

Simplement, et c'était sans doute là la pointe de cet évangile dans le cadre de la liturgie des exor­cismes, on voulait faire reconnaître aux catéchumènes la source et l'origine du salut. A travers la critique des pharisiens, leur doute et leur scepticisme. "C'est par Béelzéboul qu'Il expulse les démons !" ce qui veut dire que rien ne change de la condition humaine de ces possédés, Jésus leur dit : Si vous croyez que vous pouvez discerner l'origine de mon action, vous vous trompez complètement car la source même de mon action c'est "le doigt de Dieu", c'est-à-dire c'est l'Es­prit Saint. Lorsque cet homme a été délivré de son démon, effectivement, à vues humaines, on peut pen­ser qu'il a changé de législation, qu'il a passé d'un démon à un autre, mais en réalité il n'a pas changé de domination d'un démon par un autre, car vous n'avez pas su discerner l'œuvre de restauration de la liberté de cet homme que je viens d'accomplir. Autrement dit, pour comprendre ce que Jésus fait dans un exor­cisme, il faut déjà avoir la foi, il faut déjà avoir re­connu la puissance même qui peut nous sauver.

Ceci a beaucoup d'importance pour notre pro­pre manière de vivre, de comprendre la puissance de Dieu dans notre existence. Dieu n'a pas sur nous la même puissance que le démon. Le démon a une puis­sance anarchique, qui vise simplement à semer la zizanie, à semer la panique dans la création, dans cette créature que nous sommes. Mais le Christ, Lui, restaure le projet créateur de Dieu sur l'homme ce qui n'est pas du même ordre. Le Christ a une pleine et entière autorité sur les catéchumènes, Il a une puis­sance totale mais encore faut-il avoir l'humilité de la foi pour discerner que cette puissance totale n'est pas la même chose que la fausse puissance des démons qui n'est qu'un pouvoir par lequel "on tient quel­qu'un". le Christ ne nous "tient pas" car Il promeut notre liberté.

Voilà ce qu'il nous est donné aujourd'hui de réfléchir sur notre chemin de carême. Ce chemin de carême nous fait découvrir la dimension profonde de notre liberté pour Dieu. Liberté rachetée, suscité, ré­tablie par Dieu et pas simplement une liberté qui est passée d'un pouvoir à un autre.

 

AMEN


 

 

 
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