AU FIL DES HOMELIES

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LE DIABLE EXISTE-T-IL ?

Est 13, 8-11 +15-17; Lc 11, 14-23
Jeudi de la première semaine de carême - année C (12 mars 1992)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

M

ais, mon père, le diable ça n'existe plus !" Telle est la question que me posaient ré­cemment deux jeunes couples. Le diable existe-t-il ? Alors, en bon théologien, je leur ai répondu : "Le diable n'existe pas !" C'est en effet la définition que donne saint Thomas d'Aquin, lorsqu'il parle du mal. Pourquoi le diable n'existe pas ? Je vous lis l'oraison de la Messe de ce jour : "Sans Toi, nous ne pouvons pas exister. Fais-nous vivre en accord avec Toi !"

Le diable c'est celui qui a refusé de se rece­voir de Dieu, d'être entièrement à son Seigneur dans la louange. Il a choisis tout ce qui n'était pas Dieu. Si Dieu est le Dieu de la vie, le Dieu de l'existence, le Dieu de l'amour, c'est donc que le diable s'est mis en dehors de tout Dieu. C'est pourquoi on peut dire, pa­radoxalement, que le diable n'existe pas, c'est-à-dire qu'il n'a pas la capacité de vie, qu'il n'a pas de capacité d'amour, qu'il n'a pas de capacité d'être. Mais sinon, le mal existe et tout au moins le diable aussi car nous voyons ses effets. Si Charles Baudelaire disait : "la plus grande ruse du diable est de faire croire qu'il n'existe pas !" je pense que, pendant quelques décen­nies, il y a réussi car il est vrai que, même parmi quelques autorités religieuses, on a très peu entendu parler du diable ou l'on a même nié son existence.

Mais est-ce que cela doit nous faire peur ? Au fait, c'est la grande question. Un soir, où je campais à la Sainte Victoire avec un groupe de Scouts de France dont je suis aumônier, ils ont vu trois personnes invo­quer le diable toute la nuit, faire des incantations avec des bougies noires allumées. Les scouts paraissaient étonnés. Je l'étais un peu moins, car d'après une revue, Aix est placée parmi les villes où il y avait le plus de magie noire, de tables tournantes et autres. Il y a donc, contrairement à ce que l'on croit, un regain de toutes les diableries. Cela devient même souvent un sujet à la mode, car je ne pensais pas, en six mois de sacerdoce, avoir autant à parler du diable. Et il n'y a pas un groupe de catéchèse familiale où l'on ne m'ait posé un jour la question du diable.

Les effets du mal, les effets de Satan se per­çoivent, mais comme l'on peut percevoir aussi les effets du bien. Il faut savoir que le diable ne peut que des choses extérieures. Son pouvoir est limité là où le pouvoir de Dieu est illimité. Il ne faudrait pas conce­voir le diable, Satan, Lucifer, Béelzéboul, quel que soit le nom qu'on lui donne, comme une puissance capable d'égaler celle de Dieu. Sinon nous tomberions dans ce que l'on appelle un dualisme, c'est-à-dire le fait de considérer qu'il y a deux puissances divines qui s'affrontent. Ce dualisme a existé dans les religions mésopotamiennes, dans les premiers temps de l'Église sous la forme de gnosticismes, chez les Cathares.

Il faut savoir que la puissance de Dieu est il­limitée. Il est tout-puissant affirmons-nous dans le Credo, donc le diable ne peut rien quant à notre vie avec Dieu. Il peut n'avoir que des effets extérieurs, mais il ne peut pas toucher à ce qui fait l'intimité de notre vie avec le Seigneur. C'est pourquoi il ne peut pas savoir ce qui se passe dans notre âme. Il ne peut pas connaître ce qu'il y a comme amitié, comme rela­tion, comme communion entre nous et Dieu. Cela lui est inaccessible. C'est pourquoi, plutôt que de tomber dans une mode des diableries, plutôt que de se faire peur, car aujourd'hui on aime se faire peur si l'on en juge par le nombre de films ou de romans où l'on s'excite en motivant sa peur, il faut nous redire qu'il n'a aucun pouvoir au niveau de notre union avec Dieu.

C'est pourquoi, reprenant l'oraison d'entrée nous pouvons dire : "Fais-nous vivre en accord avec Toi !" nous devons essayer de vivre profondément ce carême en union avec Dieu. Le diable c'est ce qui divise, c'est ce qui essaie de séparer de Dieu comme l'a fait le serpent au jardin d'Eden. Prenons donc conscience que, dans notre cœur, il nous arrive de vouloir choisir le bien plutôt que le mal, mais que nous sommes des créatures blessées. Saint Paul disait: "Le bien que je veux faire, je ne le fais pas et le mal que ne voudrais pas faire, il m'arrive de le faire !" Nous sommes dans l'unité du Père, du Fils et du saint Esprit comme nous le montre l'évangile de ce jour. "Tout royaume divisé contre lui-même ne peut sub­sister". le Royaume de Dieu est arrivé parmi nous et sa caractéristique c'est que le Père, le Fils et l'Esprit n'agissent pas de façon séparée comme le ferait le diable. Ils tendent à nous unir. Ils tendent à réali­ser, en chacun de nos cœurs, la communion et c'est l'œuvre du Seigneur. Il nous guérit comme ce muet, Il nous apprend à parler à dire les mots de la prière, à recouvrer la parole avec Dieu et la parole sera la pre­mière des communications pour se trouver dans un dialogue de cœur dans la prière et plus intimement de corps à corps dans la communion. Sachons vivre cela profondément et d'une façon chrétienne, comme des êtres debout, face à la vie, face à Dieu dans un choix libre, dans la liberté des enfants de Dieu si précieuse au cœur de chaque chrétien.

 

 

AMEN

 

 
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