AU FIL DES HOMELIES

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DIVISION ET CRÉATION

Est 13, 8-11 +15-17; Lc 11, 14-23
Jeudi de la première semaine de carême - année C (8 mars 2001)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

T

out royaume divisé contre lui-même court à sa ruine". Il y a un proverbe que vous connaissez certainement et qui dit ceci : "Quand on veut tuer son chien, on l'accuse d'avoir la rage". C'est exactement ce qui se passe avec Jésus. On l'accuse alors qu'il vient de faire un œuvre qui devrait être parlante : guérir un muet en expulsant le démon muet de cet homme, cela devrait être le signe pour ceux qui l'entourent d'une confiance, d'une foi et manifester à travers ce signe qu'Il est bien le Sei­gneur, le Messie, le Roi attendu. Or, ceux qui entou­rent Jésus l'accusent, ô perfidie, de la faire au nom du diable, de Béelzéboul. Bien sûr, Jésus ne se laisse pas avoir, et l'affirmation dans la fine pointe du récit "qui n'est pas avec moi est contre moi", montre de manière évidente que Jésus manifeste par les signes et les mi­racles, que le Royaume de Dieu est là, que ce Royaume n'est donc pas divisé, puisqu'Il en est le Seigneur et que quiconque s'oppose à Lui est contre le Royaume et contre le Fils de Dieu.

Cela est certainement important pour nous, en ce temps de carême, pendant lequel l'évangéliste Luc nous montre Jésus montant à Jérusalem qui va repré­senter comme le point culminant de tout l'évangile où Jésus va accomplir sa Pâque. Plus Il va vers Jérusa­lem, plus le chemin devient difficile, l'opposition constante. Analogiquement, notre carême est aussi une montée vers Jérusalem, vers l'accomplissement de la Pâque et ce chemin du carême parfois nous semble difficile. Oui, mais à la limite, cela veut dire qu'on vit un vrai carême. Si nous trouvons en nous une certaine résistance, une sorte d'opposition cela signifie certainement qu'il y a un travail intérieur qui est en train de s'accomplir.

Ce travail intérieur nous ramène à l'évangile. Nous devons nous libérer du péché, nous devons nous libérer de l'œuvre du diable en nous. Qu'est-ce que cela signifie ? Cela veut dire une chose essentielle, c'est que nous avons à nous séparer de ce qui en nous est oeuvre de mort, or le péché est oeuvre de mort. La séparation n'est pas simplement un effort sur soi-même qu'on ferait pour mettre très loin de nous nos péchés, mais c'est une dynamique qui nous fait rentrer dans un acte créateur. Pour revenir à une chose très connue qu'a développé Paul Beauchamp, lorsqu'il dit que lorsque Dieu sépare, il crée, c'est ce qui se passe au moment de la création, par exemple séparant la lumière des ténèbres pour que la lumière jaillisse.

C'est exactement ce qui doit se passer en nous, et donc ce qui est de l'ordre de notre carême n'est pas cet effort de séparation que nous ferions par nous-mêmes mais bien de rentrer dans ce mouvement où Dieu Lui-même discerne et sépare en nous ce qui est bien et ce qui est mal. Peut-être alors pouvons-nous envisager ce carême sous cet aspect-là : sépara­tion et ensuite, création. Ou encore dans les mots qui sont employés dans l'évangile : division et ensuite communion. Tout royaume divisé contre lui-même va vers la ruine. Qu'est-ce que cela signifie ? En nous, il nous faut regarder du côté de ce qui nous unit plutôt que de ce qui nous divise les uns les autres, parce que cela nous fait prendre conscience d'un seul coup qu'en tant qu'Église nous sommes un corps, et que si ce corps est divisé il sera détruit. Mais ce qui vaut les uns pour les autres doit aussi jouer pour nous-mêmes, peut-être vérifier qu'en nous il y a un principe d'unité ou de communion, et qu'à être trop divisé en soi-même nous courrons à notre perte. Certes, il nous faut nous séparer de ce qui est mal, mais pas pour en rester là, pour bien rentrer dans le mouvement de cette dy­namique de vivre de ce qui nous unit, en fait, de vivre déjà de la réalité de ce Royaume, d'être déjà dans la communion.

Nous avons une lecture toute faite et nous la célébrons en ce moment, c'est celle de notre Eucharistie, puisqu'elle est le lieu où se vit et se véri­fie que nous séparant de nos péchés dans la demande de pardon du début de la messe, nous voulons rentrer en communion les uns avec les autres et entièrement nous-mêmes dans cette communion qui nous est pro­posée.

Montons donc à Jérusalem.

 

 

AMEN

 

 
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