AU FIL DES HOMELIES

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PERVERSITÉ DU DIVISEUR

Est 13, 8-11 +15-17; Lc 7, 36-50
Jeudi de la première semaine de carême - année B (13 mars 2003)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

A

u premier abord, le texte que nous venons de lire peut apparaître un peu difficile. Il faut relever plusieurs choses. La première phrase insiste sur le fait que le démon qui est expulsé est un démon muet, il ne parle pas. Rien n'était dit, rien ne pouvait s'exprimer ou sortir. De manière presque pa­radoxale, comme en contre-balancement, il va y avoir beaucoup de paroles. La foule est dans la joie, elle proclame que l'action de grâces est dans son cœur pour tout ce qui arrive. Et au même moment, à l'inté­rieur de cette foule, il y en a qui disent : "mais c'est pas Béelzéboul qu'il expulse les démons". Et d'autres alors demandent un signe, face au démon qui était muet, la foule, elle ne le reste pas.

Le mot clé de ce passage de l'évangile, c'est le mot "division". Dans le mot même de diable, nous le savons, dans l'origine grecque, le diable est justement celui qui divise, c'est l'inverse du symbole, qui met ensemble et qui rassemble. L'action même du diable, est une action de division. Il est étonnant que ce dia­ble muet sortant de cet homme mette au cœur même de la foule, son action, la division. On aurait pu s'at­tendre que la foule exprime sa joie d'un seul cœur, et au cœur même de la joie, de l'action de grâces, de la reconnaissance de cet acte, s'insinue peu à peu le doute, et peu à peu la division. D'où les réponses très claires de Jésus. Tout royaume divisé s'écroule, il ne peut aller très loin. Dans ce cas-là, Jésus n'est pas en train de défendre le royaume de Béelzéboul, il s'en fiche, si le royaume de Béelzéboul s'écroule, j'allais dire, tant mieux ! Mais en revanche il fait comprendre à la foule qu'elle est en train de bâtir un autre royaume, celui justement de la division. La foule au­rait dû reconnaître et s'en tenir à l'action de grâces, et la foule n'aurait pas eu à demander un autre signe, ce qui veut dire que Jésus met le point sur ce qui est certainement le plus pervers, insinuer une division, institue une séparation au cœur même des êtres, comme de l'assemblée.

Cela vaut bien sûr pour nous-mêmes, un cœur divisé, partagé, c'est un cœur où le diable, où le mal s'insinue, c'est donc une vie qui s'écroule ne pouvant plus trouver celui qui va constituer l'unité de sa vie, qui va en faire un symbole, vie de chrétien, vie unifiée dans le principe de la Résurrection. Peut-être avons-nous alors, nous aujourd'hui, à méditer aussi sur la manière dont consciemment ou inconsciemment, nous pouvons, si ce n'est insinuer une certaine division dans notre cœur, l'insinuer dans le cœur des autres, dans le cœur de l'assemblée, dans le cœur de la communauté. Certains se plaisent à engendrer la division dans leur famille, certains même se plaisent par exemple, à engendrer et à insinuer la division au sein de la fraternité des frères. Certains insinuent la division dans la communauté, dans l'Église. Je crois que tout cela est grave car cela entraîne, comme le dit Jésus, l'écroulement. La division fait qu'aucune maison reste debout, parce que cette division est l'action propre du diable. Il avait commencé en divisant l'homme et la femme, Adam et Eve, en les séparant de Dieu, en les divisant de la communion qui s'établissait entre eux et la création.

Profitons de ce carême qui doit nous ramener par le jeûne, la prière et le partage à une vie plus sim­ple et unifiée, à considérer ce qui nous unit et non pas ce qui nous divise, c'est-à-dire ce qui est déjà de l'or­dre de la Résurrection pour laisser ce qui est de l'ordre de la mort.

 

 

AMEN

 

 
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