AU FIL DES HOMELIES

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LA GÉRANCE DE NOTRE VIE CHRÉTIENNE

Est 13, 8-11 +15-17; Lc 11, 14-23
Jeudi de la première semaine de carême - année A (17 février 2005)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

I

l arrive que même dans les évangiles, à force de vouloir tout expliquer, on dévie le sens d'un événement ou d'une discussion. C'est assez caractéristique dans l'épisode qu'on vient de lire. En effet, on comprend très bien apparemment ce que cela veut dire, c'est-à-dire que Jésus dit : si vous dites que c'est par le prince des démons que je chasse les démons, cela n'a pas de sens parce que les démons ont quand même ce minimum de bon sens de ne pas se chasser les uns les autres, de ne pas se faire du mal, comme dira saint Augustin plus tard, même les brigands ont un minimum de visée de biens communs lorsqu'ils s'entendent pour leurs brigandages. Donc, Jésus aurait eu cette répartie : si vous attribuez au démon l'exorcisme par lequel je viens de libérer ce pauvre homme, c'est que vous perdez complètement le sens. Vous n'avez pas de meilleure théologie concernant le diable que concernant Dieu.

En réalité, le problème est sans doute un peu plus subtil. Béelzéboul est une figure connue dans l'Ancien Testament. Il faudrait traduire Baal, Béel, c'est la même chose, donc le dieu cananéen et "zeboul", celui qui règne. Si c'est par Baal, le prince, mais on ne dit pas le prince des démons, et je pense que c'est là que saint Luc a voulu trop bien expliquer à ses lecteurs grecs, car dans saint Matthieu, on dit simplement "Béelzéboul", cela change un tout petit peu les choses, car à ce moment-là, il ne s'agit plus du démon ou du prince des démons, il s'agit du Baal, c'est-à-dire de l'idole en chef. Si c'est par l'idole en chef que je chasse les démons, alors, qu'est-ce que cela veut dire ? Je pense que l'origine de la controverse ce n'était pas que l'on reprochait à Jésus de chasser les démons par le démon, mais c'était d'essayer de réduire la puissance de Jésus à une espèce de pouvoir magique, mondain, une sorte de manipulation par des puissances de la terre et du monde, c'est cela que Jésus a voulu dire : si c'est par un puissance de ce monde que je chasse le démon, cela n'a pas de sens, mon message n'a pas de sens.

Donc, cela nous éclaire et peut-être que cela nous éclaire surtout pour notre propre vie, car finalement, le recours à Béelzéboul est plus fréquent qu'on ne le pense. Le recours aux puissances de ce monde, même pour des choses apparemment bonnes, à certains moments est une très forte tentation dans le cœur des hommes, chrétiens ou non. Cela veut dire qu'à ce moment-là, Jésus attire notre attention, et celle de ses interlocuteurs, en disant : si vraiment vous m'interprétez uniquement sur les catégories des pouvoirs de ce monde, cela n'a pas de sens, mon œuvre n'a pas de sens. Effectivement, vous êtes amenés à la refuser, mais vous et vos fils, quand ils prétendent avoir à leur merci ou à leur disposition les puissances de ce monde, qu'est-ce qu'ils font ?

C'est une critique qui nous est adressée plus directement qu'il n'y paraît. Ce n'est pas qu'on manipule les démons, mais c'est qu'on manipule les puissances de ce monde, dont le démon est le prince. Le départ, la véritable tentation, c'est de nous attribuer, de nous approprier et d'instrumentaliser les puissances de ce monde. Je pense que du point de vue de notre réflexion, de notre cheminement en carême, cela a beaucoup d'importance, car nous découvrons que la manière de gérer notre foi et notre vie chrétienne assez subtile. Est-ce que à tout moment, nous ne sommes pas en train de réduire notre Seigneur, à Baal, le prince, à celui qui gère ce monde, avec toutes les tentations de pouvoir, de domination qui lui sont accrochées ?

 

AMEN

 

 

 
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