AU FIL DES HOMELIES

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L’ADMIRATION CONDUIT A LA LIBERTÉ

Est 13, 8-11 +15-17; Lc 11, 14-23
Jeudi de la première semaine de carême - année B (9 mars 2006)
Homélie du Frère Yves HABERT

 

J

’ai toujours été impressionné par les magiciens au cirque. Autant les clowns ne m’attiraient pas beaucoup, les trapézistes non plus, les dompteurs de fauves non plus, mais le magicien portait en lui une charge de mystère, portait en lui une interrogation. Certes, on peut s’interroger sur l’habileté des trapézistes, ou l’humour de clowns, mais, il y a quelque chose dans le magicien qui soulève le cœur, qui provoque une sorte d’admiration mêlée de crainte. On a toujours peur évidemment que le trapéziste se casse la figure, mais le magicien nous renvoie au réel. Le réel veut qu’une femme enveloppée dans une boîte et un magicien qui découpe la boîte à la scie, le réel veut que cette femme soit découpée en morceaux. Et pourtant, le réel est comme heurté.

Le magicien suscite en moi le sentiment d’admiration mêlé de crainte, et cela suscite en moi aussi plus que le désir de faire pareil, mais c’est le désir de comprendre et de réclamer pour moi aussi peut-être le don de ce magicien, pour que le réel que je pressens soit transformé, malléable. Ce réel quelquefois est difficile.

Je crois que les auditeurs de Jésus le perçoivent parfois comme un magicien. Certains sont remplis d’admiration, sentiment extraordinaire qui soulève tout entier, sentiment mêlé de crainte. D’autres demandent un signe venant du ciel pour le mettre à l’épreuve, ils veulent encore davantage. Ils veulent qu’Il se place encore plus haut, et ils veulent aussi peut-être, d’une certaine manière, en mettant ainsi le Christ à l’épreuve, s’accaparer ce pouvoir. Mais je crois que Jésus n’est pas un magicien, et qu’il faut arrêter de le voir ainsi. Jésus n’est pas un magicien parce que le réel lui appartient. Jésus n’est pas un magicien parce qu’Il est le créateur du monde, parce qu’Il saisit la profondeur des choses, parce qu’Il saisit la profondeur de cet homme muet qui vient le voir. Il saisit que l’homme dans sa dignité la plus profonde est quelqu’un d’infiniment libre. Jésus n’est pas un magicien parce qu’Il sert la liberté de l’homme. Il ne veut pas l’emprisonner dans les filets d’une admiration qui s’arrête à elle-même. Il ne veut pas emprisonner l’homme dans les filets d’une illusion, mais Il vient au plus profond du cœur de l’homme. J’y pensais pendant le chant du psaume 50, Il vient dans les profondeurs de l’homme pour révéler sa liberté profonde. Et cela, un magicien ne le fera jamais.

Par contre, nous avons à garder ce sentiment d’admiration. Aristote place l’admiration non pas comme une vertu supplémentaire, mais comme la racine de toutes les vertus, la racine d’une vie morale, la racine d’une contemplation de Dieu, la racine aussi je crois, d’une libération. Et ce sentiment d’admiration placé ainsi comme à la racine, c’est la foi du peuple d’Israël, c’est la foi du vieux Mardochée qui rappelle les hauts faits de Dieu, qui rappelle cette main de Dieu qui est posée sur toute la création, puisque tout est sorti de ses mains, qui rappelle la libération de l’esclavage, et qui appelle cette main de Dieu posée sur son cœur. Seule, la main de Dieu peut se poser sur notre cœur, révéler notre liberté et nous délivrer de l’esclavage du péché.

Profitons de ce temps de carême pour cultiver l’admiration en nous : allons nous promener, profitons d’un bon livre, profitons d’un bon film, profitons d’une belle musique. Cultivons ce sentiment d’admiration pour aller au cœur de cette libération que le Seigneur veut opérer en nous. Cultivons ce sentiment d’admiration pour découvrir que Jésus n’est pas le magicien, celui qui pose des signes simplement d’illusion, mais qu’Il est réellement le Sauveur et qu’Il est venu nous chercher chacun.

 

 

AMEN

 

 

 
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