AU FIL DES HOMELIES

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UN CHEMIN DE CONVERSION

Ez 34, 11-22 ; Mt 25, 31-46
Lundi de la première semaine de carême - année A (5 mars 1990)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

L

e carême est un chemin de conversion qui suppose un examen de conscience personnel de notre propre cœur d'homme face à Dieu. Il est aussi un chemin de la découverte du dessein de Dieu, dessein de bienveillance qui nous est rapporté par les propos du pasteur dans le livre d'Ezéchiel. Le mot le plus important de ce texte est l'expression : "C'est Moi ! C'est Moi qui fais paître les brebis ! C'est Moi qui cherche celle qui est perdue ! C'est Moi qui ramène celle qui est égarée ! C'est Moi qui panserai celle qui est blessée ! C'est Moi qui fortifierai celle qui est malade !" La bienveillance de Dieu, son attention fondamentale qu'Il déploie à l'égard de toute brebis, de tout homme qu'Il aime n'est pas un attribut, un qualificatif extérieur de Dieu. Il en est comme la fibre intérieure, comme son secret le plus fondamental. 

       Et la raison de cette affirmation c'est la suite du texte, la promesse de Dieu qui enverra un pasteur dont le serviteur David est la figure. "Je susciterai un pasteur à mon peuple, un pasteur qui les fera paître. - Moi, Seigneur, je serai pour eux un Dieu et mon serviteur David sera prince au milieu d'eux."

       Les anciens de l'Ancienne Alliance savaient que les promesses de Dieu ne tenaient pas comme entre nous les hommes, à un pacte d'égaux, mais tenaient au cœur même de Dieu. Ce que Dieu promettait, c'était l'honneur même de Dieu qui était en cause. C'est pour cela souvent que lorsque Israël se trouve découragé sur le chemin de son exil, de son exode, il rappelle à Dieu qu'Il s'est engagé, que son honneur est en cause et que si l'homme ne vaut rien à cause de son péché ou de ses transgressions, au moins que Dieu nous sauve à cause de l'Alliance qu'Il a faite avec nous. Les anciens étaient si convaincus, non pas de leur dignité mais de l'Alliance qu'ils plaçaient le fondement de l'Alliance non pas à mi-chemin entre l'homme et Dieu, mais tout entier dans le cœur de Dieu. Ezéchiel dira dans un autre passage : "Pour l'honneur de ton Nom, sauve-nous !" Pour qu'aux yeux des autres nations Tu ne sois pas un Dieu ridicule, mais que ce que Tu as annoncé de Toi-même soit crédible aux yeux du monde, alors, va jusqu'au bout de l'Alliance.

       Mais cette réalité par laquelle Dieu s'est totalement investi dans la relation avec l'homme, ne pourra totalement se comprendre que dans l'Incarnation. Si les anciens avaient parfaitement conscience que Dieu s'était engagé dans l'histoire de l'homme, plus d'une fois ils vont retourner contre Dieu cet engagement en disant : "Pourquoi nous as-Tu laissés sur le chemin ?" Pourquoi, en fait, il ne se passe rien ? Pourquoi as-Tu si fortement exprimé que ton cœur était lié à notre cœur et notre vie, que Tu dominais l'histoire, et pourtant que rien dans l'histoire ne prouve que Tu en restes le maître ? Ce sera le cri de Job, ce sera la plainte et les cris des auteurs des livres sapientiaux qui, sous différents angles, retourneront contre Dieu l'engagement qu'Il a pris en lui disant : "Pourquoi tardes-Tu ?" Pourquoi ne respectes-Tu pas l'engagement que Tu nous as promis et auquel nous croyons ? Dans cette démarche biblique, c'est la foi qui se purifie, c'est le retournement de l'homme qui n'attend plus rien du tout de lui-même et qui laisse intacte l'espérance dans l'Alliance que Dieu a faite. Et Dieu n'accomplira totalement cet engagement, ne relèvera totalement son honneur qui est en cause, qu'en envoyant ce véritable pasteur qui revêtant la chair humaine, la destinée humaine pourra être Celui qui accomplira définitivement l'engagement promis depuis des siècles.

       Alors, dans le jugement que nous avons entendu de la bouche de saint Matthieu, méfions-nous d'une image qui consisterait en un tribunal. Nous serions séparés de Dieu par nos actions, par notre précarité humaine. Ce n'est pas un tribunal et nous ne sommes pas devant ce tribunal, mais le Christ nous englobe tous parce que le Christ s'est fait homme. Et nous sommes jugés dans le Christ et non pas face à Lui. Le jugement de Dieu n'est pas un face à face entre la Sainte Trinité, notre propre vie. Nous sommes enrobés, englobés, revêtus, enserrés comme on enchâsse des pierres, dans le Christ Jésus, purifiés dans ce feu intérieur. C'est dans le Christ que nous serons jugés et sauvés. Lorsque le pasteur sépare les brebis et les boucs, Il n'est pas loin d'eux, comme au-dessus d'eux mais Il est au milieu d'eux comme l'Agneau qui montera à l'abattoir car c'est Lui qui porte nos péchés et Il les mènera jusqu'à la mort.

       AMEN

 

 
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