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LE JUGEMENT

Ez 34, 11-22 ; Mt 25, 31-46
Lundi de la première semaine de carême - année B (1er mars 1982)
Homélie du Frère Michel MORIN

C

 

et évangile que vous connaissez bien n'est pas tout à fait une parabole, c'est beaucoup plus qu'une parabole. C'est la description très détaillée de ce que nous aurons à vivre les uns et les autres, au dernier jour, au jour du retour du Christ, au jour du jugement. Une description très juste d'ailleurs, qui ressemble fort à un tribunal humain puisqu'il y a un juste, puisqu'il y a un juge, un roi, des jugés, une sentence et une conséquence de cette sentence soit la vie soit la mort. C'est beaucoup plus qu'une parabole parce que c'est l'achèvement de toutes les paroles du Christ et de son œuvre de salut au milieu du monde, à la suite de tous les temps qui se succèdent.

Dans le livre du prophète Ezéchiel, nous était annoncé un pasteur, un berger dont l'œuvre essentielle serait de rassembler les brebis, les boucs, tous les éléments du troupeau qui sont dispersés, menés trop souvent par des pasteurs plus intéressés à eux-mêmes qu'au bien du troupeau. Et ces brebis, ces boucs sont malades, sont délaissés alors que d'autres sont grasses et bien soignées. Le Christ s'est manifesté Lui-même, dans l'évangile, comme berger, comme pasteur. De nombreuses paraboles, ne serait-ce que celle de la brebis perdue, le manifestent comme tel. Il est berger pour ce temps qui est le nôtre, où il faut que le troupeau soit rassemblé. Lorsqu'il est rassemblé, il faut le soigner, le réintégrer dans la vie pour qu'il puisse marcher, qu'il puisse entendre la parole du pasteur, reconnaître sa voix et ne pas suivre les mercenaires. C'est ce temps que nous vivons aujourd'hui, où, chaque jour, nous essayons de reconnaître la voix du pasteur parce que nous avons été choisis, parce que nous avons été tirés du buisson d'épines, par ce que le Christ nous a rassemblés dans son troupeau, autour de Lui.

Mais le dernier acte de ce berger ce sera celui d'être juge, et d'être juge d'un royaume. Car dans l'évangile Jésus se présente comme le berger, mais aussitôt c'est le roi. Et le jugement, vous le connaissez bien, le critère, c'est la reconnaissance que les brebis auront eue de la présence du pasteur, dans les autres membres du troupeau. C'est la reconnaissance de l'amour dans les autres brebis du troupeau de cet amour que le pasteur a pour toutes les brebis du troupeau, spécialement les plus petites, les plus fragiles, les plus faibles. Ce sera cela le critère de notre jugement. C'est pour cela qu'au début de ce carême, lire cet évangile du jugement dernier, nous rappelle que, un jour, nous sommes invités à un face à face avec le pasteur, avec le juge et avec le roi, puisque c'est la même personne, le Seigneur Jésus.

Nous connaîtrons tous, dans l'étonnement, ce face à face, à la fin des temps, mais nous y sommes déjà invités chaque jour. Car c'est chaque jour qu'il faut accomplir cette parole du Seigneur. Lui Il est le plus petit au milieu de nous. C'est cela que nous célébrerons dans sa Pâque, lorsqu'Il sera dénudé, lorsqu'Il aura faim, lorsqu'Il sera emprisonné, lorsqu'Il sera malade de ses multiples blessures. Le Seigneur se présentera à nous sous le plus petit de nos frères. Et là, au jour de Pâques, il faudra le reconnaître, l'aimer toujours comme le pasteur, comme le juge et comme le roi. Mais, ici, cette célébration de la Pâque, où le Christ se manifestera comme le plus petit d'entre nous, le plus petit de nos frères, il faut commencer à le reconnaître dans ceux qui vivent cela aujourd'hui, dans ceux qui sont pauvres, dénudés, affaiblis, malades, emprisonnés, pas simplement selon les circonstances extérieures, économiques et sociales, mais d'abord, et surtout peut-être, car c'est un mal beau­coup plus profond, ceux qui sont atteints ainsi dans leur cœur, dans leur espoir, dans leur esprit, dans leur fidélité, dans leur amour.

Que cette eucharistie nous aide, dans le face à face avec le corps et le sang du Seigneur que nous allons recevoir, qu'elle nous aide à vivre ce face à face continuel de la présence du Christ, dans les traits de ceux qui, aujourd'hui, au milieu de nous, vivent de façon configurée à sa mort, à sa passion, à ses souffrances. Ainsi, lorsque nous serons jugés, sûrement que notre étonnement sera grand, mais il faut déjà qu'aujourd'hui nous vivions cet étonnement. Ce qui est étonnant, c'est que ce jugement s'accomplit déjà aujourd'hui, pour nous, dans chacune de nos actions, si le Christ est vraiment face à face avec nous, ou si c'est nous-mêmes qui sommes face à face avec Lui.

 

AMEN