AU FIL DES HOMELIES

Photos

LE CHRIST, BERGER

Ez 34, 11-22 ; Mt 25, 31-46
Lundi de la première semaine de carême - année C (21 février 1983)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Le berger

L

 

a mise en parallèle des deux textes que nous venons d'entendre dans la liturgie est tout à fait étonnante. En effet, elle nous livre peut-être le secret, la raison cachée pour laquelle la liturgie nous invite, au début de ce carême, à méditer sur cette réalité du Christ berger, berger de son peuple.

La première lecture est du prophète Ezéchiel. Cette prophétie a dû être donnée dans un contexte où le peuple, livré aux dernières péripéties de son histoire juste avant l'exil, était non seulement asservi par des dangers extérieurs, des menaces politiques, d'anéantissement du peuple, venues de la Judée, mais encore comme il arrive souvent dans ces cas-là, par des dissensions intérieures et un climat social extrêmement grave. D'où cette image des boucs ou des béliers qui donnent des coups de corne, des coups d'épaule aux brebis souffreteuses, est significative d'un contexte de dissensions, de divisions, entre les membres du peuple de Dieu.

Or Dieu se présente comme un berger, c'est-à-dire celui qui vient mettre la paix entre les brebis. Il est d'abord celui qui vient calmer les ardeurs un peu belliqueuses de ceux et celles qui voudraient se battre. Il est celui qui vient réparer les dégâts qui auraient été commis : panser les plaies, conduire le troupeau vers de bons pâturages, le nourrir, en prendre soin, faire qu'aucune des brebis ne soit malade, ou qu'elle ne s'éloigne pas du troupeau. Ce qui est significatif dans tout cela, c'est que la figure du berger est précisément celle de celui qui met la paix entre les brebis mais qui reste bel et bien un berger, et qui ne se confond pas avec ses brebis. Il montre par là, comme c'est souvent le cas dans l'Ancien Testament, l'incapacité de la société humaine à faire elle-même sa propre justice, même si elle a reçu en don la Loi de Dieu. Toutes ces idées, ces illusions plus exactement d'une humanité qui veut se construire à elle-même son propre bonheur, sa propre paix, sont à ce moment-là livrées radicalement à l'échec et c'est Dieu Lui-même qui doit intervenir pour mettre la paix entre les brebis.

Dans le deuxième texte, un pas considérable est franchi. Ce pas c'est précisément celui de l'identification du berger à ses brebis. Car, par une sorte de mystère même de l'écriture de cette parabole, le Christ n'apparaît comme berger qu'à la fin des temps. Dans le temps où nous sommes maintenant, nous sommes un troupeau apparemment sans berger. Et même plus que cela, c'est le berger qui s'est fait brebis. Puisque, précisément tout le sens de la parabole, c'est de nous montrer que, lorsqu'on ne secourt pas celui qui est dans le besoin, lorsqu'on ne vêt pas celui qui est nu, lorsqu'on ne donne pas à manger à celui qui a faim, c'est en réalité au berger qu'on s'en prend. On s'en prend à la racine même de celui qui viendra mettre la paix, un jour, définitivement dans ce troupeau.

Et cela nous explique parfaitement ce qu'est la condescendance de Dieu. Non pas une condescendance méprisante qui regarde de haut, mais précisément le fait de vouloir tellement s'identifier au troupeau qu'il se met dans la vie, dans le cœur, dans l'existence de toutes les brebis, même les plus pauvres, les plus faibles, les plus démunies. Et à ce moment-là, si on touche au troupeau, c'est au berger même que l'on touche, au principe même de l'unité du troupeau.

Puisque nous sommes dans ce temps de carême, puisque maintenant nous avons à faire cette conversion du cœur et du regard, il s'agit que nous sachons vraiment regarder le troupeau pour ce qu'il est. Non pas un troupeau qui devrait passer son temps à se battre ou à se donner des coups de corne, mais plus profondément, savoir ce qui fait vraiment le cœur même du troupeau. Désormais, parce que le Christ vit dans le cœur de chacun des membres, il y a une unité infiniment plus forte que jamais. désormais tout péché contre l'unité du troupeau atteint le troupeau, non seulement matériellement, au sens où il blesse les brebis, mais il atteint directement le Seigneur en tant qu'Il veut être le principe et le ciment d'unité de ce troupeau. Et c'est pour cela que ne pas vêtir celui qui est nu est quelque chose de si grave. Parce qu'à la fois, on touche le frère, mais en touchant la pauvreté de ce frère, on touche aussi ce caractère démuni de la présence de Dieu dans le cœur même de ce frère. Puisque le carême est le temps où nous devons nous tourner vers Dieu, sachons dans quelle direction nous devons regarder pour rencontrer notre Seigneur et notre Dieu de peur qu'au jour où le berger se manifestera vraiment comme ce qu'il est, le berger qui vient apporter la paix et la joie à l'univers, nous ne sachions plus le reconnaître parce que nous n'avons pas exercé nos yeux à le voir dans le cœur de nos frères.

 

AMEN

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public