AU FIL DES HOMELIES

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S'OUVRIR À L'AMOUR

Ez 34, 11-22 ; Mt 25, 31-46
Lundi de la première semaine de carême - année C (17 février 1986)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

A

u début de ce carême il est bon que nous soyons ainsi replacés devant le sens, l'orien­tation de toute notre vie. Cette parabole du jugement dernier nous donne le sens véritable de ce que nous vivons, de ce que Dieu nous demande de vivre.

Ce qui compte, ce n'est pas les actes de piété, de vertu que nous aurions pu faire Ce sur quoi nous serons juges, c'est-à-dire ce qui pèsera au moment de notre mort, au moment de notre entrée auprès de Dieu, ce qui fera la densité réelle de notre vie, c'est l'amour avec lequel nous nous serons conduits les uns vis-à-vis des autres. Jésus ne dit pas : c'était dimanche et vous n'êtes pas venus à la messe. Il ne dit pas : c'était le moment de pratiquer telle ou telle vertu de prudence, de chasteté, de tempérance ou de force. Il dit : "J'étais en prison et vous êtes venus me voir, J'étais pauvre, nu et vous m'avez vêtu, j'avais faim et vous m'avez donné à manger. Tout ce que vous avez fait à l'un de ces petits qui sont mes frères, c'est à Moi que vous l'avez fait."

Ainsi donc il y a une telle identité entre l'amour de Dieu et l'amour de nos frères qu'aimer notre frère c'est exactement la même chose qu'aimer Dieu. Notre frère est pour nous la présence de Dieu. Notre frère est le sacrement de la présence de Dieu. Et spécialement notre frère quand il a besoin de notre amour. Jésus prend des exemples très concrets, très visibles, celui de nos frères qui n'ont pas de quoi manger, celui qui n'a pas de quoi se vêtir, celui qui n'a pas où habiter, celui qui est en prison, et Jésus ne dit pas s'il est en prison du fait d'une injustice ou à juste titre, peu importe. Celui qui se trouve, d'une manière ou d'une autre dans le besoin, dans le malheur, mais nous devrions aussi élargir cet éventail à ceux dont le malheur n'est pas aussi visible ou éclatant, ceux dont le cœur est déchiré, ceux qui pleurent ou bien ceux dont nous ne savons même pas qu'ils sont malheureux mais qui ont cependant besoin de notre amour, car tous nos frères ont besoin d'être aimés, pour que Dieu soit aimé par nous. Vous le savez saint Jean dans sa première lettre dit : "Celui qui dit :"J'aime Dieu" et qui n'aime pas son frère est un menteur." Car nous ne pouvons pas séparer l'amour de Dieu et l'amour de nos frères, ou plus exactement encore, c'est dans l'amour de nos frères que se manifeste notre amour de Dieu.

Cela ne veut pas dire qu'il faut nous contenter de philanthropie, de bienveillance de générosité pu­rement humaine et que cela tient lieu de foi, que cela tient lieu de vie religieuse, de vie spirituelle, car pour aimer véritablement nos frères, il faut que notre cœur soit capable d'aimer, il faut que notre cœur soit rempli d'amour. Et si nous sommes un peu lucides, nous sa­vons bien à quel point nous sommes égoïstes, nous préférons nous intéresser à nous-mêmes plutôt qu'aux autres. Pour pouvoir ainsi trouver la force d'aller voir tous ceux qui sont en prison, de partager avec tous ceux qui ont faim, d'être attentifs, de savoir déceler toutes les détresses qui ne s'affichent pas, qui ne sont pas manifestes, pour lesquelles il faut avoir un regard d'amour, s'en rendre compte, pour être capables de tout cela, il faut que notre cœur soit transformé, il faut qu'il y ait plus que notre propre sensibilité. Ce n'est pas une affaire de sentiment, ce n'est pas une affaire de sensiblerie, ce n'est même pas une affaire de géné­rosité naturelle, même ceux qui spontanément sont ouverts aux autres et prêtent facilement attention aux autres, même ceux-là sont dépassés par l'urgence, la profondeur et la gravité des détresses qui les entou­rent. Pour que nous sachions aimer, il faut d'abord que Dieu mette dans notre cœur son amour, il faut que nous soyons aimés par Dieu, il faut que nous nous ouvrions à l'amour de Dieu.

Aussi bien cet évangile ne nous démobilise pas au plan religieux, il ne nous dit pas : laissez tom­ber toutes les pratiques religieuses, et puis contentez-vous de vivre le plus possible la charité. En vérité, tout cela ne fait qu'un. Pour vivre cette charité, il faut que Dieu mette dans notre cœur son amour. Il faut que Dieu nous apprenne à aimer. Nous avons besoin de cette force de Dieu en nous pour pouvoir aller vers nos frères et leur donner ce dont ils ont besoin et qui ne peut pas venir de nous seuls, mais qui vient de plus loin que nous. Car ce dont ils ont besoin, ce n'est pas seulement de tel geste, mais, à travers ce geste, de toute la force, de toute la puissance de l'amour de Dieu don nous sommes les instruments et qui se sert de nous et qui passe à travers nous. Nous sommes pris dans un environnement d'amour. Dieu nous aime, et à travers nous, Il aime nos frères. Nous devons rayon­ner cet amour dont nous sommes l'objet, nous devons faire rayonner cet amour en le démultipliant autour de nous. Et c'est là-dessus que nous serons jugés. "Qu'as-tu fait de l'amour que j'avais pour toi ? Qu'as-tu fait de l'amour que j'ai mis dans ton cœur ? L'as-tu gardé pour toi seul, et ainsi l'as-tu stérilisé ? Ou bien as-tu su faire rayonner, oh bien sûr pauvrement mais de toutes tes forces, cet amour que j'ai eu pour toi, cet amour que je t'ai donné, non pas pour que tu le gardes, mais pour que tu le partages avec tous ceux qui ont besoin d'être aimés ?"

Frères, c'est tout cela la vie chrétienne, c'est tout cela le programme que Dieu nous propose et c'est cela que, pendant le carême, nous devons essayer de retrouver au-delà de nos habitudes et au-delà de nos indifférences.

 

AMEN

 

 

 
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