AU FIL DES HOMELIES

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QUAND EST-CE QUE NOUS T'AVONS VU ?

Ez 34, 11-22 ; Mt 25, 31-46
Lundi de la première semaine de carême - année A (9 mars 1987)
Homélie du Frère Michel MORIN

I

l est question d'un regard, il s'agit donc de "voir" ou de ne pas voir. Il y a le premier regard purifié, illuminé, tourné vers l'autre, qui va reconnaître en l'autre une image de soi-même, et plus encore Quelqu'un de plus grand que soi-même puisque ce regard va entraîner le don de soi-même pour l'autre, et cela sans savoir s'il s'agit du Christ ou de quelqu'un d'autre. Mais simplement ce regard est assez purifié, assez illuminé pour qu'il puisse engendre tout de suite ce don de soi-même à l'autre.

Et il y a le deuxième regard, celui du pécheur, celui qui est enténébré par le mal, celui qui ne sait pas voir dans l'autre un visage au moins identique ou égal au sien. Et cela parce qu'il n'a jamais regardé son pro­pre visage. Le temps du carême nous est donné pour passer de ce second regard au premier, du regard de ténèbres et de péché, du regard déformant l'autre à un regard qui le reconstitue pour ce qu'il est : un visage humain comme moi-même.

Le Christ se présente à nous avec un visage de pasteur, comme nous le donnait ce très beau texte du prophète Ezéchiel. Le visage du pasteur c'est celui qui est sans cesse tourné vers l'ensemble de ses brebis et vers chacune d'elles. Chacune d'elles parce qu'il est pasteur pour chaque brebis, mais il sait qu'un troupeau c'est une communion de brebis, pas seulement une seule brebis. Le regard du pasteur est un regard qui soigne, qui purifie qui guérit, qui nourrit, qui apaise, qui fait que chaque brebis peut vivre sa vie sans ja­mais se désolidariser de la vie du troupeau. C'est cela d'ailleurs la communion.

Pour passer d'un regard de ténèbres et de pé­ché au premier regard, quand il s'agit de voir les au­tres, il n'y a pas d'autre moyen que de contempler le visage du pasteur. Car nous ne regarderons les autres d'un regard purifié, d'un regard respectueux, d'un re­gard de bonté et de miséricorde que si nous contem­plons le regard du Christ, et plus profondément en­core, si nous nous laissons contempler nous-mêmes par le regard du pasteur. A ce moment-là, nous com­prenons avec notre cœur, avec notre foi, que nous n'existons que parce que nous sommes ainsi regardés, et nous comprenons que nous avons à exister les uns avec les autres qu'à cause de ce regard qui est sans cesse posé sur chacun d'entre nous, qui ne cesse de nous créer, qui ne cesse de nous sauver quand nous nous perdons, de nous guérir quand nous sommes malades, de nous nourrir quand nous sommes affa­més, et de nous réunir ensemble lorsque nous nous écartons sur les chemins du mal qui sont toujours des chemins de solitude.

C'est cela notre récompense. Elle n'est pas simplement dans l'autre monde, elle est dans ce monde-ci, parce que le regard du pasteur posé sur nous c'est déjà l'autre monde. Et c'est dans cette lu­mière que nous avons à vivre les uns avec les autres, non pas dans la réalité de ce monde, mais avec la ré­alité de l'autre monde déjà présent dans celui-ci. "Vous n'êtes pas de ce monde !" mais vous y êtes encore. A ses apôtres, la veille de sa Passion, Jésus avait dit : "Ce que j'ai fait pour vous, maintenant fai­tes-le pour les autres !" Ceci ne se réduit pas simple­ment à la transmission de la grâce sacramentelle par le ministère sacerdotal, presbytéral, mais ceci est une condition pour que nous soyons d'Église. Et ce n'est que dans la mesure où chacun reçoit de Dieu ce qu'il fait pour Lui, que nous pouvons faire pour les autres ce que le Christ nous demande. Autrement notre cha­rité est vaine, parce qu'est vaine notre contemplation du visage de Dieu.

 

AMEN

 

 

 
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