AU FIL DES HOMELIES

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NOUS SERONS JUGÉS SUR L'AMOUR

Ez 34, 11-22 ; Mt 25, 31-46
Lundi de la première semaine de carême - année C (13 février 1989)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

N

ous serons jugés sur l'amour" non pas parce que l'amour serait une vertu parmi les autres, plus excellente que les autres, mais parce que c'est l'amour qui nous fait semblables à ceux que nous aimons. Par l'amour, le Christ se fait semblable à ses frères. Par amour pour nous, Dieu nous a créés, par amour Dieu nous a sauvés, par amour, pour nous sauver, Il s'est fait homme comme nous et Il a donné sa vie pour nous. C'est pourquoi tous les hommes sont des images de Dieu, des frères du Christ. Tous les hommes sont semblables à Dieu. Semblables à ce point que donner à boire ou à manger à l'un quel­conque des hommes c'est donner à boire et à manger au Christ Lui-même. L'amour du Christ pour nous est à ce point que nous lui devenons semblables comme d'autres Lui-même et tout ce qui nous est fait est fait au Christ.

C'est pourquoi aussi, quand nous donnons à boire ou à manger à l'un de nos frères, par amour, nous devenons semblable à notre frère. Nous entrons en communion de cœur, de nature, de vie, avec lui. Puisque ce frère est le Christ, nous entrons également en communion avec le Christ. C'est cela le mystère de l'amour. C'est qu'il nous fait un avec l'être aimé. Et il n'y a pas d'autre but à notre vie que de ne plus faire qu'un avec Dieu, avec le Christ, précisément par cet amour qu'Il a pour nous et qu'Il met dans notre cœur pour que nous l'ayons pour Lui. Nous ne pouvons devenir semblables au Christ qu'en l'aimant comme Il nous aime, ce qui va produire, de notre fait, cette ad­hésion radicale, profonde de tout ce que nous sommes à tout ce qu'Il est, comme l'amour qu'Il a pour nous a fait en lui cette adhésion totale à tout ce que nous sommes.

Cet amour qui nous fait un avec le Christ n'est pas possible sans l'amour qui nous fait un avec nos frères, puisque le Christ aime nos frères et qu'Il ne fait qu'un avec eux. Cette chaîne d'amour ne peut être brisée en aucun endroit. Il suffit que nous rejetions hors de notre amour un quelconque de nos frères pour que nous nous rejetions nous-mêmes de l'amour du Christ, car ce frère que nous rejetons, c'est le Christ. Et le Christ ne peut pas communier avec nous si nous refusons de communier avec celui qui est semblable au Christ.

Voilà pourquoi cet évangile du jugement nous est proposé aujourd'hui. Non pas parce que le carême serait un temps eschatologique, c'est le plutôt le temps de l'Avent et le temps de Noël qui nous tournaient vers la fin des temps mais parce qu'il nous donne la clé de cette vie, de cette conversion qui doit être la nôtre chaque jour. Et le temps du Carême c'est le temps de la conversion. Et nous convertir, pendant le Carême, c'est nous mettre véritablement au rythme du cœur de Dieu. C'est donc découvrir, au centre de notre vie, cet amour que Dieu a pour nous, que Dieu a pour chacun de nos frères, cet amour qu'il nous donne pour que nous l'ayons à notre tour.

En effet, cet amour, ce n'est pas à nous de le fabriquer, ce n'est pas à nous de l'inventer, ce n'est pas à nous de construire, à l'intérieur de notre cœur, un amour à notre mesure. Cet amour, il faut que nous le recevions car il existe déjà. C'est l'amour qui remplit le cœur de Dieu, qui déborde du cœur de Dieu et qui est prêt à envahir notre cœur pour peu que nous le laissions faire. Ezéchiel nous le disait tout à l'heure : "Dieu veut être Lui-même le berger de chacune de ses brebis". Il veut se pencher avec une infinie tendresse sur chacun de nous. Si nous sommes blessés, pour panser nos blessures, si nous sommes bien portants, pour faire fructifier notre santé, si nous sommes dans la lumière pour éblouir notre cœur, si nous sommes dans les ténèbres pour nous serrer dans ses bras et nous conduire jusqu'au jour, jusqu'à l'aurore. Oui Dieu se fait le berger, Il se fait l'intime, le tout-proche de chacun de nous. Et c'est pourquoi nous pouvons recevoir de son cœur cet amour dont nous avons be­soin pour devenir, à notre tour, capables d'aimer, afin de parvenir à la vie.

Que ce carême soit pour nous un temps d'ou­verture du cœur à la miséricorde de Dieu, à la ten­dresse de Dieu, sûrs d'être aimés et de recevoir da­vantage cet amour que Dieu nous donne.

 

AMEN

 

 

 
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