AU FIL DES HOMELIES

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VENEZ LES BÉNIS DE MON PÈRE

Ez 34, 11-22 ; Mt 25, 31-46
Lundi de la première semaine de carême - année B (25 février 1985)
Homélie du Frère Michel MORIN


 

Les Bassots : Jugement dernier 

V

enez, les bénis de mon Père !" La bénédiction c'est d'abord le Christ comme Fils éternel du Père qui l'a reçue, qui l'a vécue, qui la vit toujours et qui la possède en abondance. La bénédiction, c'est, selon le mot latin, "dire du bien" ou plus concrètement la bénédiction c'est faire un don, faire un cadeau, manifester à l'autre l'amour que l'on porte pour lui.

Or qui a manifesté au Fils l'amour qu'Il a pour lui si ce n'est le Père ? C'est le Père Lui-même qui dira que dans son Fils repose toute sa faveur, toute sa bienveillance, c'est-à-dire sa bénédiction. C'est dans la relation du Père et du Fils que repose, depuis toute éternité, toute la bénédiction de Dieu, c'est-à-dire tout l'amour qu'Il a dans son cœur et qui engendre cet amour éternel dans le cœur du Fils. La bénédiction, c'est être comblé de cette grâce du Père, dans le Fils, et ainsi le Père et le Fils vivent dans cet amour réciproque de reconnaissance mutuelle.

       Et lorsque Jésus dit à ses élus  :"Venez, les bénis de mon Père !" Il va simplement mettre en réalisation, Il va simplement suggérer, manifester ce qu'est la bénédiction que Lui-même a reçue depuis toujours en tant que Fils. "Venez, les bénis de mon Père", c'est-à-dire ceux qui ont reconnu, qui ont discerné un tant soit peu, même s'ils ne le savaient pas avec leur conscience psychologique ou spirituelle, qui ont discerné dans le petit, dans le pauvre, dans le faible, dans le malade, la bénédiction de Dieu sur lui. Car qui est malade si ce n'est le Christ ? malade de nos péchés. Qui est en prison si ce n'est le Christ, conduit à la mort à cause de nos péchés ? Qui est mis à nu si ce n'est le Christ ? Qui est affamé, qui est assoiffé de l'amour des hommes si ce n'est le Christ ? C'est donc vraiment Lui le plus petit, le plus pauvre, le plus dénudé, parce que c'est sur Lui que repose la bénédiction du Père et parce que, à travers Lui, cette bénédiction doit atteindre le cœur des hommes.

       Et ceux qui entrent dans la vie éternelle, ceux que Jésus appelle Lui-même "les justes" ce sont ceux qui ont ouvert leur cœur à la justice de Dieu qui est l'accomplissement de son amour, qui n'est rien d'autre que le don de sa bénédiction, celle qu'Il fait au Fils et celle qu'II veut faire, par le Fils, à tous les hommes. Et le Fils viendra pour accomplir cette bénédiction en prenant le visage, en prenant la place, en prenant la vie et le péché de tous ces hommes injustifiés parce qu'ils avaient refusé de vivre comme enfants de Dieu, comme bénis du Père, lors de la première bénédiction, lors de la première création.

       Ceci doit nous aider à comprendre que la relation fondamentale et essentielle que nous devons avoir avec chacun d'entre nous, les uns avec les autres, c'est cette relation de bénédiction. Reconnaître que, dans leur propre cœur, repose l'amour du Père, parce qu'ils ont été créés par le Père, et que dans leur propre cœur repose l'image du Fils. Et l'image du Fils, aujourd'hui, c'est une image d'un fils blessé, d'un fils prisonnier, d'un fils mourant, d'un fils abandonné, humilié, affamé ou assoiffé. Et dans la mesure où nos yeux s'ouvrent, nos cœurs s'ouvrent à la bénédiction qui vient du Père, si cela est vrai de notre part, nous ne pouvons pas ne pas voir ce que nous donne cette ouverture du cœur, nous ne pouvons pas ne pas voir l'image et la présence du Fils dans ces plus pauvres, dans ces petits. Non pas uniquement pauvres, petits, prisonniers au plan sociologique, mais pauvres, petits, prisonniers de leur propre péché, de leur propre misère, de leur propre injustice, car même dans ces frères que parfois nous éliminons radicalement de nos relations ou même de notre pensée, même dans ces frères, l'image du Christ repose là.

       Et ce Christ qui repose en eux, qu'est-ce qu'Il attend ? D'être visité, d'être habillé, d'être nourri, d'être libéré. Et qui le fera, si ce n'est nous-mêmes parce que nous sommes ses propres frères, parce que nous sommes ceux qu'Il a comblés de cette bénédiction du Père qui repose sur Lui et qu'Il nous a partagée, qu'Il nous a donnée, qu'Il nous a abandonnée en se laissant lui-même dépouiller et conduire à la mort ?

       Dans la prière d'introduction, nous disions :"Seigneur, ouvre nos esprits à l'intelligence de ta Loi!" Cette loi de Dieu, c'est celle de sa bénédiction pour nous. "Aimez-vous les uns les autres, comme Moi je vous ai aimés !" Que cette prière habite notre cœur et nos lèvres. Que notre esprit s'ouvre à l'intelligence de la Loi du Christ, et la loi du Christ, aujourd'hui, c'est de continuer son incarnation, c'est de continuer sa passion, c'est d'achever le salut, dans notre propre chair et pour notre propre vie, mais les uns pour les autres et les uns avec les autres. Et si vraiment nous aimons le visage du Christ, nous ne pouvons pas aimer le visage du Christ tracé, dessiné dans la beauté ou la laideur de celui de nos frères.

       AMEN


 

 
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