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VERS JÉRUSALEM

Ez 34, 11-22; Mt 25, 31-46
Lundi de la première semaine de carême - année B (1 février 1991)
Homélie du Frère Michel MORIN

 

L

e diable avait "tenté" Jésus au désert pour le détourner de sa mission et lui proposer quel­ques formes spectaculaires de sauver les hommes. C'est un peu à cette tentation qu'ont suc­combé les disciples qui demandent à Jésus de faire tomber le feu du ciel et de résoudre ainsi tous les pro­blèmes. Au fond, ils sont en train de vouloir le dis­traire de sa marche vers Jérusalem. "Et Jésus les ré­primanda".

Il ne faudrait pas, qu'au long de ce carême, Jésus fasse pour nous ce qu'Il a fait pour les apôtres. Autrement dit, ne nous trompons pas. Jésus ne mar­che plus vers Jérusalem, en tout cas par la Jérusalem de la terre. Jésus est encore livré aux mains des mé­chants, mais pas des méchants d'il y a deux mille ans. Nous sommes l'Église vers laquelle Jésus tourne ré­solument son visage. Nous sommes les pécheurs aux mains desquels Il est livré. Lire ces évangiles, ce n'est pas simplement se rappeler des événements histori­ques, c'est célébrer le mémorial de l'histoire de la mort et de la résurrection du Christ. Il ne faut donc se tromper ni de Jérusalem, ni du regard de Jésus, ni de pécheurs, ni de méchants. Autrement, si nous croyons qu'il s'agit d'une autre Jérusalem que nous, d'un regard posé sur d'autres pécheurs que nous, nous ne pourrons sûrement pas suivre le Christ dans sa mort et sa résur­rection, mystère qui s'accomplit aujourd'hui et pour nous. Pas pour les gens d'hier ni pour ceux de demain. Ne nous trompons pas d'histoire sainte. Ne nous trompons pas de sainteté.

Nous sommes la Jérusalem vers laquelle Jé­sus tourne résolument son regard, dans une résolu­tions qui, peut-être, durcit un peu ses traits car lors­qu'Il regarde cette ville qui est "la ville de la paix", de son amour, de l'alliance dans la tendresse et dans la fidélité, je ne sais pas s'Il voit toujours des "pierres vivantes"comme le dit l'apôtre Pierre, mais peut-être des pierres malades, des pierres disjointes, une Église qui n'a pas encore revêtu la beauté de Celui qui vient l'épouser, d'une Église dont les mains travaillent en­core au crime, à l'injustice, à l'infidélité et qui n'appli­que pas le droit, d'une Église qui est peut-être plus ressemblante à un temple démoli qu'au corps très saint de Jésus-Christ. Nous sommes cette Église de pierres malades par notre péché Et les pécheurs qui, aujourd'hui encore, livrent l'amour et le pardon à la mort et au gaspillage, ce ne sont pas ceux d'hier, c'est nous. Ne nous trompons pas de regard. Ne nous trom­pons pas de pécheurs. Regardons le Christ qui se tourne vers nous comme vers la Jérusalem qui tou­jours le condamne et puis lisons, dans la fermeté de ce visage, peut-être la dureté de ce regard, non pas un manque d'affection, non pas une peur du mal mais cette ferme résolution, cette tension qui monte de tout l'être du Christ aujourd'hui encore pour nous rejoindre et nous dire inlassablement : Tu sais, je ne prends pas plaisir à ton péché, je ne prends pas plaisir à ton che­min de mort. Et dans l'intensité de ce regard, nous pourrons, et là seulement, puiser la force de nous convertir et de vivre.

 

 

AMEN