AU FIL DES HOMELIES

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SEIGNEUR, QUAND T'AVONS-NOUS-VU ?

Ez 34, 11-22 ; Mt 25, 31-46
Lundi de la première semaine de carême - année B (21 février 1994)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

P

ar cet évangile nous avons accès à ce qui va se passer au dernier jour lorsque nous paraîtrons devant le Seigneur. J'aime cette ignorance des bénis choisis par Dieu qui ne savent pas quand ils ont rencontré le malade, le prisonnier, l'affamé celui qui a soif, l'étranger et qui sont obligés de demander au Seigneur : "Quand cela nous est-il arrivé ?" Ce qui voudrait dire que le Royaume de Dieu n'est pas for­cément palpable et qu'il est si immergé dans les gestes du quotidien que "notre main droite ignore ce que fait notre main gauche." Les bénis ne savent pas quand ils ont fait le bien, comme si faire le bien relevait d'une sorte d'instinct qui ne supporte pas qu'on le regarde ou qu'on le révèle. Un élan si profond du cœur, qui va si loin vers l'autre qu'il demande aux yeux de se baisser et à la mémoire de l'oublier. Le bien n'est-ce pas une sorte de chose que l'on ajouterait à notre comporte­ment pour le parfaire. Faire le bien n'est pas une mo­dification du comportement qui a besoin d'être amé­lioré mais faire le bien relève d'une sorte de vague, d'élan fondamental qui prend naissance si profondé­ment en nous que nous ne le sentons pas et que même nous oublions son impact que nous ne sommes que le passage, que le lieu d'exercice de ce bien.

Evidemment on est bien loin de celui qui, fai­sant l'aumône, signifie bien qu'il fait l'aumône, mais combien nous-mêmes, en cette terre et en cette vie, lorsque nous nous décidons à quelques bonnes ac­tions, ne sommes-nous pas si mécontents que d'autres le relèvent, le remarquent. Il est si difficile d'être bon avec celui que nous recevons et de continuer d'être dans le bon avec nous-mêmes en refusant que notre orgueil, notre intérêt ne se greffe sur le geste que nous avons fait. Car souvent notre geste est trop petit, notre pensée trop étroite, trop mesquine. C'est pourquoi notre orgueil la rattrape si facilement, notre intérêt se greffe si facilement dessus. Il faudrait un mouvement plus large, le mouvement même de la charité sont le fruit est toute la transformation de notre cœur. Ainsi nous ne saurions pas quand nous faisons le bien, nous "l'ignorerions".

Deuxième élément de cette parabole, c'est qu'ils n'ont pas reconnu la présence de Dieu dans ce pauvre, dans cet affamé, dans ce malade, dans ce pri­sonnier, dans l'homme nu. Cela laisse la place à toute une activité du cœur profond qui d'emblée n'épargne pas la piété, la présence de Dieu immédiatement. On ne goûte pas la présence de Dieu car elle ne se révèle qu'après coup. Si nous y allons parce que nous pen­sons que c'est Jésus, nous avons encore perdu le béné­fice de la bonne action. Par contre, si nous allons mus par cette charité profonde dont je suis finalement que l'instrument et qu'après coup, en mon âme, je trouve le goût de Dieu et je découvre sa présence. Dieu est caché fondamentalement dans le pauvre, mais ce n'est pas si facile ce n'est pas immédiat de l'y découvrir. C'est vrai que Dieu n'est plus dans une transcendance telle que nous ne pourrions pas Le rejoindre. Il nous a rejoints, Il nous a bien rejoints qu'Il est caché dans la pauvreté, dans la misère et dans la nudité et que d'em­blée nous ne le sentons pas, nous ne le découvrons pas. Méfions-nous des misères, des nudités et des fragilités que nous épinglons comme "présence de Dieu" sous une trop systématique. Car lorsque nous trouvons des "bons pauvres", des "bons affamés" ou des "bons assoiffés" ou des "bons prisonniers", alors nous fonçons parce que nous trouvons que c'est Dieu. Profitons-en ! Mais il me semble que nous n'avons pas à choisir le "bon pauvre", le "bon affamé" mais qu'il nous est donné et qu'après coup nous retrouve­rons en nous-mêmes combien ce pauvre "disait Dieu".

Nous sommes invités à épouser un acte pro­fond de la charité, non pas à parfaire nos gestes exté­rieurs, mais à modifier si profondément notre intérieur que jaillira presqu'à notre insu la bonté même de Dieu qui demande à prendre naissance en nous. Deman­dons que Celui qui va venir au plus profond de nous-mêmes en cette eucharistie, fasse naître cette bonté et Dieu nous choisira pour être ces bénis.

 

 

AMEN

 

 
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