AU FIL DES HOMELIES

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LA CONJUGAISON

Ez 34, 11-22 ; Mt 25, 31-46
Lundi de la première semaine de carême - année B (13 mars 2000)
Homélie du Frère Yves HABERT

 

N

ous commençons à nous familiariser avec ces tons de carême, nous commençons à laisser rentrer ces mélodies dans notre cœur, ces textes aussi, et nous allons nous dire que notre conversion a un peu de retard à l'allumage, que l'on en est déjà presqu'à une semaine, et qu'on n'a toujours pas commencé, et ces textes qui enfoncent le clou, ces textes qui séparent les brebis des boucs, ces textes qui nous renvoient à notre frère qui est prisonnier, ma­lade, nu, affamé, assoiffé, et on se dit, mais qu'allons-nous faire ?

Alors, quelquefois, on se plaît à retrouver un cœur d'enfant, à se rappeler ses conjugaisons, comme quand on était petit : "Je me convertis, tu te convertis, il se convertit, nous nous convertissons, vous vous convertissez, ils se convertissent". Dix sur dix, vingt sur vingt, la composition est parfaite !

Je me convertis. Tout à coup, je saisis que ma vie part en lambeaux et qu'il me faut partir vail­lamment à l'assaut du Mont Carmel tout à coup il faut partir vaillamment à travers les armes qui nous ont été données par le Sauveur pour faire l'assaut du Calvaire, pour ressusciter. On se trouve un peu seul, mais on y va quand même, et l'on se dit, un moment ça passe, et après c'est la gloire.

Tu te convertis. Tu te convertis où je te passe à la baïonnette. Ce n'est pas le jour de dire cela, le lendemain d'une grande célébration de pardon, où notre pape au nom de toute l'Église a demandé pardon à ceux qu'on a un peu forcé, un peu brusqué, dont on a mis à mal la liberté religieuse.

Il se convertit. Alors, on pourrait se dire ainsi qu'en voyant tous ces efforts de conversion, en voyant aussi comment d'autres se convertissent, à ce mo­ment-là ; il se convertit aussi l'autre, celui qui n'a pas forcément notre élan. Et ce qui est vrai du singulier est vrai du pluriel aussi.

Nous nous convertissons, vous vous conver­tissez ...

C'est vrai pour Internet, quand on dit se convertir à Internet, c'est vrai pour Eric Roëmer, c'est vrai pour la cuisine anglaise, mais ce n'est pas vrai pour la vie spirituelle. La juste conjugaison dans la vie spirituelle n'est pas : "Je me convertis", mais "convertis-moi". Ce n'est pas :"nous nous convertis­sons", mais c'est "convertis-nous". Rends-nous cette pleine liberté, agis Seigneur tant qu'il est encore temps, manifeste-toi dans ma vie, rends-moi plus libre. Que cette ascèse, ce genre d'exercice que je peux faire, au lieu de ma glorifier dedans, je puisse acquérir cette liberté du danseur, c'est ce que disait Maurice Béjart pour donner une définition de la danse : "La danse, c'est faire n'importe quoi, mais au bout de quarante ans d'exercices, au bout de quarante ans de barre, tous les jours, plusieurs heures par jour, à ce moment-là on acquiert cette sorte de liberté, on acquiert cette souplesse, et au bout de quarante ans de pointes on finit par avoir un pied qui est formé à traduire toutes les émotions. La danse c'est faire n'importe quoi mais après quarante ans d'ascèse".

Le carême, c'est peut-être faire n'importe quoi, recevoir la vie éternelle, par exemple, mais après quarante jours où l'on va entrer dans cet effort qui n'en est pas un, mais demander à Dieu de nous convertir, ce qui libère nos mains pour pouvoir don­ner, ce qui libère notre cœur, pour que Dieu s'y mette dedans, ce qui libère notre agenda pour pouvoir aller voir le malade, le prisonnier.

Demandons à Dieu qu'Il nous convertisse, qu'Il agisse dans notre faiblesse, qu'Il nous donne cette souplesse de danseur pour pouvoir danser avec Lui la nuit de Pâques.

 

 

AMEN

 

 
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