AU FIL DES HOMELIES

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AGIR AVEC LE CŒUR

Ez 34, 11-22 ; Mt 25, 31-46
Lundi de la première semaine de carême - année C (5 mars 2001)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

M

ais c'était quand, Seigneur, puisque je ne t'ai pas reconnu dans les traits de cet af­famé, de ce nu, de cet emprisonné ? C'était donc quand ? Je l'ai donc oublié, ou bien il ne fallait pas te reconnaître ? Est-ce que nous pratiquons la charité parce que Jésus nous l'a demandé, et que nous voyons dans les traits du pauvre et de l'affamé les traits de Jésus, parce que là nous savons que le pauvre c'est Jésus ? Le faisons-nous pour respecter la Loi de Jésus ou au contraire le faisons-nous comme les justes de cet évangile : nous ne savons plus quand nous l'avons fait. La subtilité de ce texte n'apparaît pas au premier abord, ce qui est d'ailleurs repris dans un au­tre passage de l'évangile : "Que ta main droit ignore ce que fait ta main gauche". Pour une part, si nous faisons cela de manière obligatoire, parce que Jésus l'a voulu alors nous sommes des caricatures d'évan­gile. Si nous faisons comme une sorte de vêtement supplémentaire que nous enfilons, alors nos gestes sont saccadés, sans cœur, et nous prenons Jésus pour un commandant de lois, et souvent d'ailleurs, notre façon de vivre l'évangile est une façon un peu méca­nique.

Si nous finissons par ignorer les actes de cha­rité que nous posons, et donc nous ne reconnaissons pas le Christ dans ces actes de charité, c'est parce que nous sommes dominés par un sentiment plus large, plus grand qui est l'amour, que nous laissons déverser à l'extérieur de nous. Nous ne le faisons pas parce que c'est obligatoire, mais nous le faisons parce que nous aimons, et la frontière est mince. Ceux qui font par obligation, cela a l'air d'être de l'évangile mais ce n'en est pas ! c'est comme l'alcool et le Canada Dry. Par contre, il y a ceux qui effectivement peinent sur le chemin de l'évangile et qui tentent de susciter et de faire naître en eux ce sentiment d'amour, d'accorder l'évangile à leur cœur et non pas d'accepter le désac­cord ou d'en faire fi. Il y a une sorte d'harmonie à trouver, il ne faut pas s'inventer des gestes impossi­bles à poser. Pour certains, leur cœur est grand et large et donc leur geste sera grand et large, pour d'au­tres, leur cœur est plus petit pour l'instant, et leur geste est plus étroit. Il faut que ce que nous faisons soit en accord avec nous-mêmes pour que nous ne fassions pas des choses extérieures à nous, choses qui finiraient par tomber comme des écailles parce que nous l'avons fait par obligation, comme disent les enfants "pour être gentil". Mais l'évangile n'est pas de ce gentil-là.

En avançant dans le carême, nous savons que c'est un chemin vers la Passion, l'épreuve. Le Christ nous demande de porter notre croix, et porter notre croix, c'est accepter de reconnaître que parfois nos gestes sont petits et il nous faut les offrir en hommage au pardon de Dieu, offrir cette petitesse à Dieu. Nous ne sauverons pas tous les vietnamiens du monde en­tier ni les autres non plus, pas tous. Nous pourrons peut-être aimer et sauver quelque prochain. Laissons l'amour de Dieu faire son œuvre dans notre cœur afin que les gestes que nous ferons soient de notre cœur, pas de l'extérieur. C'est ainsi que le Seigneur nous veut, pas encore saints, mais en route vers la sainteté. Que le Seigneur ouvre nos cœurs au chemin qu'Il nous propose et dans lequel nous reconnaîtrons comme après coup qu'Il était là, non seulement dans l'autre que nous avons secouru, rassasié, désaltéré, mais aussi en nous-mêmes.

 

 

AMEN

 

 
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