AU FIL DES HOMELIES

Photos

SE DESSAISIR DU JUGEMENT POUR LE LAISSER AU PÈRE

Ez 34, 11-22 ; Mt 25, 31-46
Lundi de la première semaine de carême - année A (18 février 2002)
Homélie du Frère Yves HABERT

 

J

'aime quand ces textes se répondent, quand le texte de la première lecture renvoie directement à la seconde, j'aime, parce qu'il y a comme une sorte d'espace qui est laissé et qui est précisément l'espace de la nouveauté, qui est précisément l'espace de Jésus, de cette Nouvelle Alliance. Quand Jésus puise dans les images de l'Ancien Testament, Il ne puise pas comme dans une sorte de fond mythologique pour revenir à un étape antécédente, mais, Il puise dans une image et puis, il va étirer l'image et la retravailler, la ressaisir.

Dans ce texte d'Ezéchiel, de la première lecture, il est dit l'unicité du Salut, on sent bien que le Salut est considéré face à un peuple, c'est vraiment un peuple qui est saisi par ce Salut, qu'ensuite, Dieu prend soin de ce peuple, et qu'enfin, il y a un jugement, puisqu'il sépare les brebis maigres des brebis grasses. Il y a une sorte de mouvement dans ce Salut, il y est dit le jugement général, et ensuite le jugement particulier, mais celui-ci est dit après une attention très grande du pasteur envers ses brebis, Il prend soin des plus faibles.

C'est ce que nous retrouvons dans le texte du Nouveau Testament, au jour du Fils de l'Homme, dans le cadre de ce jugement général, et tout d'un coup, est dit aussi ce jugement particulier, et Jésus est précisément Celui qui a pris soin des brebis, qui est venu panser les plus faibles, être attentif aux plus fragiles. Le jugement n'appartient plus à Dieu, on a l'impression que Dieu s'est dessaisi du jugement sur le Fils. Dieu est comme dépossédé du jugement. Alors que dans la première lecture, c'était vraiment Dieu qui jugeait, même si dans la suite du texte on annonce un pasteur selon son cœur, là on a l'impression que Dieu est dépossédé de ce jugement, puisqu'il a remis toutes choses d'office. Pourtant, Dieu n'est pas dépossédé de ce jugement, c'est vraiment : "venez les bénis de mon Père", puis "le Père rendra à chacun", et aussi "le Père voit dans le secret". Donc, le Père, s'Il laisse le jugement au Fils, ne se dessaisit pas complètement de ce jugement-là. Mais à travers cette dépossession, nous sommes invités aussi à nous déposséder du jugement que nous portons sur nous-mêmes. A nous aussi, comme le Père l'a fait, de laisser ce jugement au Fils, de laisser le Fils discerner en nous ce qu'il y a de bon et de moins bon. Je préfère être jugé par cent Jésus que par moi tout seul ! Je préfère me dessaisir du jugement sur moi-même pour laisser Jésus voir ce qu'il y a en moi de brebis, voir peut-être ce qu'il y a en moi de bouc. Je préfère, parce que je sens bien que je n'y arriverai pas, parce que c'est ce disent les élus et ceux qui sont réprouvés : "Quand est-ce que nous t'avons vu affamé, assoiffé, nu, en prison "? Il y a une sorte d'innocence même du bien que l'on fait. Cet arbre dont on a parlé hier dans le récit de la Genèse, cet arbre vers lequel il ne fallait pas tendre la main pour y saisir le fruit, cet arbre c'est le discernement du bien et du mal, et nous n'avons pas non plus à nous attribuer ce bien, mais à laisser Jésus discerner dans tout ce qui fait notre vie, ce bien qu'il y a aussi, cet aspect brebis qu'il y a dans nos vies. Et nous, on ne sait pas, on voudrait s'attribuer certaines choses parce que cela nous va bien, mais non, il faut laisser le bien à Dieu, il faut laisser Dieu voir ce qu'il y a de bien en nous.

 

AMEN

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public