AU FIL DES HOMELIES

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LE FONDU ENCHAÎNÉ

Ez 34, 11-22 ; Mt 25, 31-46
Lundi de la première semaine de carême - année A (9 mars 2002???)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


 

Les Bassots : Le jugement dernier 

F

rères et soeurs, vous savez qu'il y a au cinéma des effets dont il ne faut pas trop abuser et que l'on appelle techniquement : le fondu enchaîné. Qu'est-ce que c'est que le fondu enchaîné ? C'est la succession de deux scènes ou de deux images. Généralement, c'est à des moments clés qu'on utilise cela. Vous avez par exemple un très beau visage, lumineux de sourire, de lumière, de joie, de bonheur, et tout à coup, le visage semble s'effacer et se dévoile à ce moment-là un très beau paysage, un lever de soleil qui fait un peu mélodramatique. Cela fait partie du langage du cinéma. Inversement, il peut y avoir un visage terrible, grimaçant, et tout à coup, ce visage semble s'effacer et il disparaît dans des scènes de grouillement d'animaux, d'endroits sombres. Dans ce fondu enchaîné, ce qui est intéressant, ce n'est pas simplement deux scènes juxtaposées. On pourrait avoir le visage souriant, puis, le coucher de soleil, mais précisément l'intention du metteur en scène, c'est de montrer une sorte de continuité profonde par le fait que dans la première image apparaît petit à petit alors qu'elle-même devient floue, le tracé de la seconde image. Il veut souligner à ce moment-là une sorte de continuité dans le réel. Il y a dans la beauté de ce visage que nous venons de contempler, toute la puissance de la vie du cosmos, de la chaleur du soleil, de la communion de tous les êtres vivants. Ce procédé nous aide à voir. 

       Je dirais que l'évangile que nous venons de lire est un monumental fondu enchaîné. La première scène, ce sont les évocations des diverses situations de la misère des pauvres, de ceux qui ont faim, de ceux qui sont prisonniers, de ceux qui sont nus, de ceux qui sont malades ou prisonniers. Alors que la plupart nous pensons qu'il y a d'abord cette scène et ensuite la scène du Royaume des cieux, en réalité Dieu dit : "J'étais là, j'étais déjà l'image qui commençait à surgir sous l'image de la pauvreté, de la misère, de la souffrance, de la faim et de la soif de tes frères". Précisément, cette scène du jugement dernier, au lieu d'insister sur la coupure, tu verras de l'autre côté, comme on dira, en réalité, cette scène du jugement dernier insiste sur la continuité. C'est cela qui est beau, il y a une continuité profonde entre le visage de chacun de nos frères et la manière dont le Christ révèlera pour nous éternellement son visage de lumière. 

       Au fond, tout le mystère de l'Église, tout le mystère de notre propre vie de croyant, tiennent dans ce fondu enchaîné. Nous-même nous sommes déjà à l'affût, par tous les actes que nous pouvons poser de ce moment où le Christ révèlera son véritable visage. A ce moment-là, je pense que nous serons ébloui, un peu comme lorsqu'on est au cinéma et qu'on voit l'enchaînement de deux images, on est généralement stupéfait et émerveillé. Là, ce qui nous surprendra le plus, c'est la continuité entre ce que nous avons vécu et le moment même où nous en découvrons le secret et la clé. 

      Frères et soeurs, c'est vrai que le carême est la partie sombre et austère du fondu enchaîné. Apparemment, nous le vivons souvent d'une manière un peu difficile, il y a de la contrainte, il y a des efforts, il y a une sorte d'ascèse, mais il ne faut pas se tromper. C'est le message que cet évangile veut laisser dans notre cœur, au cœur même de cette recherche, de cette ascèse, apparemment qui est un dépouillement, un appauvrissement, en réalité, c'est déjà la richesse du mystère de Dieu  qui commence à se manifester pour nous. 

 

       AMEN

 

 

 

 
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