AU FIL DES HOMELIES

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AGNEAU IMMOLÉ POUR LE TROUPEAU

Ez 34, 11-22 ; Mt 25, 31-46
Lundi de la première semaine de carême - année B (10 mars 2003)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, le thème des brebis revient très souvent dans la Bible, et plus particulièrement durant ce temps du carême, il va accompagner notre route. Aujourd'hui nous voyons le Seigneur Dieu se présenter à nous comme le berger qui prend soin de ses brebis, plus particulièrement de celles qui sont blessées ou malades ou fragiles, mais aussi de celles qui sont en bonne santé, le berger qui à chacune de ses brebis ce dont elle a besoin. Ce berger que nous retrouverons dans quelques jours, et qui laisse les quatre-vingt dix-neuf brebis qui sont restées fidèles, pour aller chercher la brebis perdue. Ce berger que nous retrouverons aussi vers la fin du carême quand nous relirons l'évangile de saint Jean, et que Jésus nous dira : "Je suis le bon berger, je suis celui qui fait entrer et sortir les brebis pour qu'elles trouvent pâtu­rages. Je suis le bon berger qui appelle les brebis par leur nom, chacune par son nom, et les brebis connais­sent la voix du berger alors qu'elle ignorent et ne re­connaissent pas la voix du mercenaire qui en s'inté­resse pas personnellement à elles".

Ce berger c'est aussi celui qui juge entre les brebis, c'est-à-dire celui qui défend la brebis pauvre et souffreteuse, la brebis maigre contre la brebis grasse qui écrase et qui donne des coups à la brebis pauvre. Il est ce berger de justice, ce berger dont nous parle l'évangile qui séparera les brebis et les boucs, ceux qui ont partagé avec leurs frères, et ceux qui ont tout gardé pour eux, celui qui séparera ainsi les brebis et les boucs, les uns pour les conduire au Royaume, les autres pour les laisser dans cette absence d'amour qu'ils ont créé au cœur de leur vie et qui sera leur damnation éternelle.

Mais ce pasteur des brebis, au cours de ce ca­rême, va aller plus loin. Déjà dans l'évangile de saint Jean, que le bon pasteur connaît ses brebis et que ses brebis le connaissent, Jésus ajoute une nouvelle an­notation qui transforme complètement la situation : le berger donne sa vie pour ses brebis. Le berger n'est pas seulement celui qui fait en sorte que les brebis pauvres soient enrichies par la grâce, il n'est pas seu­lement celui qui défend les brebis pauvres contre les brebis grasses, mais il va donner sa vie pour ses bre­bis. C'est pourquoi le berger va devenir lui-même la brebis. La brebis dont les prophètes nous diront qu'elle a été menée à l'abattoir, la brebis qui devant ceux qui voulaient la massacrer est restée muette, et s'est laissé dépouiller, déchirer. La brebis qui est l'agneau immolé, l'agneau pascal, l'agneau dont le sang va être le salut de son troupeau, le salut de ceux qui ont mis leur confiance en lui. Ainsi, le Christ s'identifie à ses brebis, Il devient une brebis parmi les brebis, Il devient même l'Agneau par excellence, celui qui prend sur lui tout le péché des hommes, toute la souffrance des hommes, celui qui va aller jusqu'à la croix pour être immolé à la place de ses brebis. C'est pourquoi nous comprenons que Jésus peut dire aux brebis : "Ce que vous avez fait au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que vous l'avez fait". Non pas parce qu'il y aurait une sorte d'équivalence entre le prochain et notre relation avec Dieu, mais beaucoup plus pro­fondément, d'une façon fondamentale, parce que le secret de l'amour de Dieu, c'est qu'Il se fait lui-même le pauvre qui est notre prochain, qui doit être proche de nous. Il s'est mis au nombre des plus petits, des plus pauvres, Il s'est mis au nombre, non seulement des brebis qui étaient malheureuses et persécutées, mais Il s'est même mis au nombre de ceux qui persé­cutent les autres, puisqu'Il dira sur la croix : "Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font", en parlant de ses bourreaux. Jésus est celui qui va être péché de notre péché, celui qui va prendre sur Lui toutes nos fautes, non seulement les souffrances de ceux qui sont victimes, mais aussi le péché de ceux qui sont bourreaux. Extraordinaire échange que celui de ce berger qui se met au nombre des brebis, non seulement des pauvres, mais aussi des mauvaises bre­bis, afin que tous puissent être pardonnés.

Frères et sœurs, que ce temps du carême nous amène à comprendre plus profondément, plus inten­sément, le secret mystérieux de cet amour infini de Dieu, cet amour qui n'a pas de limites et qui va bien au-delà de tout ce que nous aurions pu désirer ou imaginer.

 

 

AMEN

 

 
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