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LES FRÈRES, PRÉSENCE DE DIEU

Ez 34, 11-22 ; Mt 25, 31-46
Lundi de la première semaine de carême - année B (6 mars 2006)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, cette image des brebis est fréquente dans l’Ancien Testament et le Nouveau. Nous avons tous en tête la parabole de la brebis perdue. Nous savons aussi que Jésus s’est comparé au Bon Berger dont les brebis connaissent la voix et qui donne sa vie pour ses brebis. Et aujourd’hui, c’est l’image de la brebis, et du troupeau de brebis qui servent à expliquer ce que sera le jugement dernier, c’est-à-dire ce que sera le sens de notre vie.

Deux dimensions principales dans ce texte. Tout d’abord la comparaison avec le texte d’Ézéchiel nous invite à comprendre que cette attention que nous devons porter aux autres brebis, à nos frères, à nos sœurs, en leur donnant à boire, à manger, en leur donnant des vêtements, et en les accueillant dans notre maison quand ils n’en ont pas, cette attention à porter aux autres brebis doit se modeler sur l’attitude de Dieu lui-même, telle qu’elle nous est décrite dans la parabole d’Ézéchiel. Dieu, berger de ses brebis, cherche celle qui est perdue (voici déjà par avance la parabole bien connue), il ramène celle qui est égarée, il panse celle qui est blessée, il guérit celle qui est malade, et il prend soin de celle qui est bien portante. Dieu donc, est celui dont la miséricorde attentive, s’étend à chacune des brebis de son troupeau. Ce qu’il attend de nous, c’est que nous agissions comme lui, que nous sachions guérir, panser nos frères qui sont malades, chercher ceux qui sont perdus et égarés, nourrir ceux qui ont faim. C’est donc d’adopter en nous-mêmes les mœurs même de Dieu. C’est cela le sens fondamental de ce que le Seigneur nous propose comme dimension de notre vie. Comme lui, être attentif à toutes les épreuves, tous les besoins, toutes les nécessités de ceux qui nous entourent.

La deuxième dimension plus mystérieuse encore que celle que nous révèle le texte de l’évangile, c’est qu’en agissant ainsi à l’égard de nos frères, c’est à Dieu lui-même auquel nous venons en aide. Toutes les fois que nous donnons à boire ou à manger à quelqu’un qui a faim ou soif, toutes les fois que nous partageons avec celui qui est nu ou qui n’a pas où reposer la tête, c’est à Dieu que nous disons notre amour, car le plus petit d’entre nos frères est présence de Dieu. C’est le grand mystère du christianisme : non seulement Dieu prend soin de chacun de nous, non seulement Dieu est bonté et miséricorde, mais Dieu s’identifie au plus pauvre d’entre nous, à chacun de nous dans sa misère, sa pauvreté et ses besoins. Ouvrir notre cœur à notre frère, c’est identiquement ouvrir notre cœur à Dieu, c’est découvrir que Dieu est réellement présent dans chacun de nos frères.

La présence réelle de Dieu n’est pas seulement dans le pain et le vin de l’eucharistie, elle est aussi dans chacun de nos frères habité par l’Esprit Saint. Communier au corps et au sang du Christ sans reconnaître le Christ dans nos frères, ce serait un mensonge et une réalité insignifiante. C’est pourquoi saint Jean nous dit que si nous aimons Dieu et que nous n’aimons pas nos frères, nous sommes des menteurs, parce que les deux choses sont indissociables. Et c’est pourquoi aussi quand nous venons communier au Christ, nous communions aussi d’un même mouvement, d’un même geste à tous nos frères, à ceux qui sont proches, et à ceux qui sont moins proches, ceux qui nous plaisent et ceux qui nous plaisent moins, ceux que nous aimons et ceux que nous ne savons pas encore aimer. La communion avec Dieu est à la fois le résultat de la communion avec nos frères et la source de cette communion avec nos frères. Recevoir Dieu en nous, c’est apprendre, à l’image de Dieu, à nous aimer les uns les autres, comme il nous a aimés. Il n’y a pas de christianisme en-dehors de cette ouverture des cœurs, de cette communion des cœurs, de cette attention fraternelle, délicate, intime, profonde, aimante, à l’égard de tous nos frères.

Que le carême soit un temps de conversion qui nous permette d’ouvrir les yeux à ceux qui nous entourent, d’ouvrir les yeux à notre attitude à leur égard, d’ouvrir les yeux à tout ce qui est étranger ou ennemi de la communion vraie avec les autres. Que nous sachions reconnaître en chacun de nos frères cette présence de Dieu, et que nous sachions partager avec nos frères parce qu’ils sont présence de Dieu, tout ce qui est nécessaire pour eux, et qui est nécessaire pour nous aussi, afin que nous ayons un seul cœur et une seule âme.

 

 

AMEN