AU FIL DES HOMELIES

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SEUL COMPTE L'AMOUR

Ez 34, 11-22 ; Mt 25, 31-46
Lundi de la première semaine de carême - année A (11 février 2008)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

F

rères et sœurs, ce qu'il y a de plus troublant dans ce texte c'est l'obscurité dans laquelle nous vivons et agissons dans la condition présente. Je crois vraiment que c'est la pointe de cette parabole.

Jésus veut dire simplement que nous ne pouvons pas dans les conditions présentes, mesurer la portée et la signification de nos gestes les plus humbles et les plus simples. Cette parabole, vous le remarquerez n'est pas simplement faite pour dire aux gens : faites la charité ici-bas et cela vous sera rendu de l'autre côté. C'est un peu la simplification dans laquelle on est tombé, une morale de ce qu'on a appelé la rétribution, c'est dans la mesure où l'on a nourri les affamés, donné à boire à ceux qui avaient soif, qu'à ce moment-là nous serions nous-mêmes rémunérés par une récompense qu'on appelle la vie éternelle.

Le récit ne dit pas exactement cela. Bien sûr que le Christ à la fin ouvre les portes de la vie éternelle à ceux qui ont fait les œuvres de miséricorde et qu'Il envoie dans la Géhenne ceux qui ne les ont pas faites. Mais ce que Jésus veut faire comprendre, ce n'est pas d'abord le système de la rétribution, c'est ce qui était en jeu dans chacun de nos actes et qui ne nous est révélé qu'au moment où nous paraîtrons devant lui. C'est plus fort. Pouvoir passer notre vie dans cette obscurité qui consiste à deviner, parce que le Christ en a parlé, dans la vie et la présence de chacun de nos frères, une présence cachée du Christ, c'est quand même une véritable ascèse, c'est vivre dans un véritable manque. Et c'est ce qui est magnifique et qui fait la beauté de cette parabole, c'est que dans la mesure où nous avons vécu en manifestant, en partageant par les œuvres de miséricorde notre attention et notre souci de service avec ceux qui étaient là autour de nous, sans savoir exactement quel était l'enjeu, car qui peut savoir exactement l'enjeu d'un geste de charité ? Personne ici-bas ! Mais ce qui est grand et c'est cela le jugement, c'est que la vérité de cet acte, la vérité de ce geste si humble et si pauvre soit-il apparaîtra un jour dans la plénitude du Royaume. C'est le Christ lui-même le Fils de l'Homme qui le fera apparaître.

Autrement dit dans notre vie actuellement, tout acte atteint mystérieusement le cœur même de Dieu. C'est cela la vie chrétienne, c'est de ne jamais traiter aucun des gestes, aucune décision, aucun des actes que nous posons, comme quelque chose d'anodin, car chaque acte rejoint ultimement, que nous le voulions ou non, que ce soit sur le mode positif ou sur le mode négatif, rejoint le cœur de Dieu. Mais le jugement, c'est le moment où la vérité même de cet acte dont nous ne sommes pas les maîtres, même si nous en sommes les auteurs, où la vérité même de cet acte apparaîtra en plein jour. Ce qui fait apparaître la vérité des actes que nous aurons posé, c'est le visage même du Christ. Il était caché, on ne le voyait pas, et tout à coup, nous découvrons véritablement ce que nous avons fait dans le visage même du Seigneur ressuscité. C'est pour cela que nous croyons à la puissance de l'amour du Christ, c'est pour cela que le Christ croit aussi à la puissance de tous nos gestes d'amour si humbles et si petits soient-ils.

 

 

AMEN

 

 

 
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