AU FIL DES HOMELIES

Photos

CHACUN DE NOUS EST LE SACREMENT DU CHRIST

Ez 34, 11-22 ; Mt 25, 31-46
Lundi de la première semaine de carême - année A (10 mars 2014)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Frères et sœurs, vous avez sans doute vu le parallélisme qui existe entre les deux textes que nous avons lus.

Le prophète Ézéchiel présente Dieu comme le pasteur de son troupeau, un pasteur dont la principale caractéristique est sa sollicitude divine envers le troupeau. Le seul malheur qui pourrait arriver au troupeau serait que ses chefs commencent à exploiter le troupeau de façon inique, à le malmener et finalement à le détruire. Autrement dit, Dieu fait du bien et les mauvais pasteurs humains font du mal.

Dans la parabole du jugement dernier, la perspective est profondément modifiée. Jésus reprend intentionnellement la figure du pasteur puisque la scène commence par le fait de séparer les brebis et les boucs. On a donc là une allusion claire à la prophétie d’Ézéchiel à laquelle sans doute Jésus pensait lorsqu’il a proposé cette parabole, mais il lui a apporté une modification apparemment légère mais qui en réalité change tout car, qu’il s’agisse de faire du bien ou du mal, le Roi lorsqu’il paraît dit à ceux qui ont fait du bien « Moi j’étais le pauvre et vous humains, vous avez fait du bien » ou bien « Moi j’étais le pauvre et vous humains, vous ne m’avez pas secouru dans ma pauvreté ».

Autrement dit, Jésus fait une transposition de la parabole-prophétie d’Ézéchiel en la déplaçant sur le terrain « sécularisé » : ce n’est plus Dieu qui intervient directement pour sauver son peuple, c’est Dieu qui s’assimile au peuple dans la détresse, la souffrance, la pauvreté, la nudité, le manque, la faim et qui s’assimile aussi à ceux qui viennent au secours de cette détresse et qui vont faire du bien ;car de qui le Bien peut-il provenir sinon de l’initiative de Dieu dans le cœur des hommes par la grâce ?

Cela montre exactement la manière dont, petit à petit, s’infléchit la perspective du judaïsme ancien dans la perspective nouvelle que Jésus inaugure. Tout est dans la transposition : dans la foi d’Israël, si un bien est arrivé, on l’attribue directement à Dieu, on avait donc mille occasions de lui rendre grâce puisque tout ce que l’on possédait était don de Dieu.

Dieu met juste un petit bémol : don de Dieu oui, bien sûr, mais par la présence du frère, par celui qui ouvre son cœur à la détresse du pauvre, à la faim du miséreux, au désespoir du prisonnier et plus que cela : faire le bien est possible parce qu’en réalité Jésus s’est mis dans le cœur du pauvre, du prisonnier, du malade et de l’homme qui a faim pour qu’ils puissent recevoir la grâce dont il est à l’origine dans le cœur de celui qui vient au  secours de la pauvreté.

En définitive, la perspective chrétienne n’ajoute rien à la perspective juive puisque c’est toujours Dieu qui est à l’initiative du Bien mais en revanche, ce qu’elle révèle, c’est précisément ceci : le Bien dont Dieu est la source s’accomplit toujours par la dimension humaine, celle du Christ d’abord qui s’est incarné pour venir nous apporter humainement le salut de Dieu, mais aussi celle de l’Église et donc de nous qui représentons humainement le geste de la bonté, de la charité et de la bienveillance de Dieu.

Cette perception est à l’origine de toute la perspective sacramentelle de la vie de l’Église dans le christianisme. Chacun d’entre nous, comme frère, est le sacrement du Christ soit dans la détresse et le besoin, soit dans la réponse à cette détresse. Telle est l’originalité de la foi chrétienne et la grandeur de l’imagination de Dieu : à partir du moment où Dieu a voulu faire passer le salut et la gloire de son amour par l’humanité de son Fils, il s’y est tenu et il s’y tient encore aujourd’hui.

Le canal de la grâce, du salut, de l’amour c’est l’Église, c’est-à-dire notre propre humanité.

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public