AU FIL DES HOMELIES

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VOICI QU'APPROCHE LE TEMPS

Ez 18, 21-28+30-32 ; Lc 9, 43 b-45+51-56
Mardi de la première semaine de carême - année A (13 mars 1984)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

"Voici qu'approche le temps où le Christ doit être enlevé", le temps où le Christ doit quitter ce monde pour retourner auprès du Père, après avoir accompli la mission pour laquelle le Père L'avait envoyé dans le monde. Voici qu'approche le temps où le Christ doit être enlevé et nous dit Saint Luc, le Christ tourne alors résolument son visage vers Jérusalem. Littéralement le texte dit que le Christ "a durci" son visage vers Jérusalem, ce qui manifeste à la fois la résolution du Christ et le drame qui doit se passer à Jérusalem. Aussi bien le Christ annonce-t-il à ses disciples qu'il doit "être livré aux mains des hommes." Ainsi les premières annonces de la Passion du Christ jalonnent-elles les pages de l'évangile et ces premiers jours du carême. Nous aussi nous tournons notre visage vers Jérusalem, cette Jérusalem où le Christ, accueilli en triomphe, a été rejeté par le peuple, puis trahi par son disciple, vendu à ses ennemis, maltraité par les chefs du peuple, livré aux bourreaux et crucifié pour être enlevé, pour que le chemin de la croix ne soit pas seulement le chemin qui le conduit de la condamnation au supplice, mais le chemin qui, par la croix, par l'élévation sur la croix, le conduit jusqu'au Père, jusqu'au ciel, jusqu'à la gloire de la Résurrection.

C'est ce chemin que le Christ nous propose tout au cours du Carême. Il nous propose d'être, nous aussi, résolument en marche vers Jérusalem, vers cette ville de la souffrance, de la croix, cette ville qui est aussi celle de la Résurrection, cette Jérusalem qui est aussi la Jérusalem nouvelle "celle qui descend du Ciel, d'auprès de Dieu, belle comme une épouse parce pour son Époux", cette Jérusalem éternelle qui est la figure et le nom même de la ville dans laquelle nous serons rassemblés dans l'amour et le bonheur de Dieu. Prendre résolument le chemin de Jérusalem, avec cette force, je dirais même en reprenant l'image de l'évangile, cette dureté, cette fermeté, cette solidité intérieure. Certes, nous sommes pécheurs, nous sommes fragiles, nous sommes pauvres, nous avons peur de la souffrance, nous avons même peur de cette petite ascèse que représente le carême. Et pourtant, c'est à la force que le Christ nous invite, à cette certitude que le chemin de Jérusalem, le chemin de sa croix, est aussi le chemin de sa gloire, le chemin par lequel Il doit être enlevé auprès du Père, et par lequel nous devons, nous aussi, être enlevés pour être conduits jusqu'à la béatitude, jusqu'au partage de la vie du Christ.

Sur ce chemin, déjà le Christ est rejeté. Aussitôt après cette annonce de la Passion, aussitôt après cet engagement sur la route qui le mène à sa Passion, le Christ voulant s'arrêter dans un village de samaritains est refusé parce qu'Il va vers Jérusalem et que les samaritains sont en désaccord avec les juifs de Jérusalem. Sans cesse désormais, le Christ va être rejeté, repoussé, jusqu'à ce rejet définitif de la croix. Et quand Jean et Jacques veulent faire tomber le feu du ciel, parce que le Christ a été rejeté, le Christ les en empêche. Ce n'est pas avec ces armes-là qu'Il veut sauver le monde, ce n'est pas par la force, la puissance, ou plus exactement ce n'est pas par cette force de la violence, mais par la force intérieure, la force qui a ainsi durci son visage, affermi son visage, rendu fort et solide son être intérieur. C'est par cette force-là qu'Il veut nous sauver et non pas en déchaînant je ne sais quel châtiment. "Je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et qu'il vive" nous dit Ezéchiel. Et c'est pour tous les pécheurs, même ceux qui refuseront le Christ, même ceux qui le crucifieront soient sauvés, s'ils acceptent, après leur péché, de tourner leur cœur vers Celui qui les pardonne, c'est pour tous ces pécheurs que Jésus accepte de tourner son visage vers Jérusalem.

Il nous invite à nous fortifier sur le chemin de cette vie qui est souvent un chemin de souffrance, et pour certains d'entre nous, un chemin de croix. Soyons forts pour que ce chemin soit aussi le chemin de l'amour et du salut de tous nos frères, surtout de ceux qui sont pécheurs, qui ne connaissent pas encore le Christ ou qui le rejettent. Que ce chemin du carême soit un chemin de fermeté, de force où nous nous appuyons, avec certitude sur la solidité du Christ. Que ce chemin soit un chemin de salut, où nous offrons pour le monde tout ce que nous avons à subir où les privations que nous nous infligeons. Prenons, donnons tout cela pour que soient sauvés les pécheurs "pour qu'ils se convertissent et qu'ils vivent", pour qu'eux aussi soient atteints par la vie que le Christ est venu leur donner.

 

AMEN

 
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