AU FIL DES HOMELIES

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VOICI QUE NOUS MONTONS A JÉRUSALEM

Ez 18, 21-28+30-32 ; Lc 9, 43 b-45+51-56
Mardi de la première semaine de carême - année B (26 février 1985)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


Jérusalem depuis la citadelle de David

A

 

plusieurs reprises, nous sont rapportés les gestes ou les paroles du Christ annonçant et tournant les regards de ses disciples et nos propres regards vers sa Passion. Tout ce temps du carême n'est qu'une préparation à la Pâque du Christ, une préparation à entrer dans la Pâque du Christ. Aujourd'hui commence un récit de saint Luc qui nous est présenté comme une longue montée du Christ vers Jérusalem, depuis les plaines de la Galilée, puis la plaine du Jourdain et celle de Jéricho, jusqu'à Jérusalem.

Au départ, Jérusalem, ce fut une idée de génie de David. Quand il fallut faire l'unité du peuple juif, si David avait pris une ville de l'une des douze tribus, à plus forte s'il avait pris la capitale de sa propre tribu de Juda, il aurait eu bien du mal à rassembler tout le peuple autour de ce symbole d'unité. C'est pourquoi il prit une ville qui était encore restée païenne, qui n'avait pas encore été conquise et qui, située au milieu des douze tribus, en fut le centre sans privilégier l'une par rapport aux autres. Le choix initial de Jérusalem est donc un choix politique, très habile.

Mais comme il arrive souvent dans l'ancien Testament comme dans notre propre histoire, Dieu fait siens les desseins des hommes, même si, au départ, ces desseins sont très profanes, voire quelquefois contraire à une première volonté de Dieu. Ce n'est pas le cas de Jérusalem mais du désir des Israélites d'avoir un roi. Dieu leur répondit en s'adressant à Samuel : "Si vous voulez un roi comme les païens, c'est donc que vous Me rejetez, Moi qui suis votre seul Roi !" Finalement Dieu acceptera que son peuple ait un roi et Il prendra même à son compte cette décision politique du peuple et Il fera de ce roi le choisi, l'élu de son cœur, son bien-aimé, David précisément, et Il annoncera le Sauveur comme le Roi parfait, le Messie, l'Oint de Dieu.

Pour Jérusalem, c'est la même chose. Dieu a fait sien ce projet de David qui, d'ailleurs, n'a pas fondé l'unité du peuple autour d'une simple idée politique, mais autour de la présence de Dieu, puisqu'il a fait monter l'Arche de l'Alliance à Jérusalem et voulait même faire construire un temple, projet réalisé par Salomon son fils. Désormais la présence de Dieu, "l'escabeau de ses pieds" comme s'exprime le Seigneur dans les psaumes, c'est-à-dire le Temple de Jérusalem, l'Arche sur laquelle Dieu repose ses pieds quand Il descend du ciel sur la terre, cette présence de Dieu au milieu de son peuple, sera le centre vital de ce peuple. Et Jérusalem va devenir le symbole de l'Alliance de Dieu avec les hommes. C'est l'endroit béni, l'endroit unique où Dieu vient à la rencontre des hommes, où Il descend du ciel pour se rendre présent parmi nous. Jérusalem sera désormais pour le cœur de tous les enfants d'Israël, le lieu le plus beau du monde, parce que c'est l'endroit où l'on monte pour rencontrer le Seigneur. Et dans toute la Bible il y aura des psaumes, les psaumes des montées, que l'on chantait au cours des pèlerinages en montant vers cette ville.

Cette ville est donc non seulement une ville de la terre, non seulement la capitale du peuple élu, mais tout à fait unique, particulière puisque c'est la ville de Dieu. C'est une ville un peu à mi-chemin entre la terre et le ciel puisque, à cet endroit-là, le ciel s'ouvre et Dieu entre en communication avec la terre, ou plutôt la terre peut entrevoir, pressentir ce qu'est le chemin du ciel. Monter à Jérusalem c'est donc non seulement prendre une route qui, effectivement monte à travers les montagnes jusqu'à la cité bâtie sur les hauteurs de Juda, mais c'est aussi amorcer cette montée de l'humanité vers Dieu, cette montée de notre monde vers le monde nouveau, vers celui où Dieu nous appelle et nous attend. Jérusalem sera toujours en même temps qu'une ville de la terre, cette Jérusalem du ciel, la porte par laquelle Dieu nous appelle et nous introduit dans son paradis.

Quand Jésus monte donc à Jérusalem, Il monte vers la ville des villes, vers la ville où tous les prophètes ont parlé, vers la ville que Dieu a choisie pour être sa demeure, sa propre ville puisqu'Il est Lui, en personne, Dieu sur la terre, Il est Lui, le vrai Tem­ple, le centre de cette ville à qui Il donne tout son sens. Et en même temps Il monte à Jérusalem parce qu'Il sait qu'une fois de plus les hommes vont déchoir de leur vocation, refuser l'appel de Dieu et que, au moment-même ou la signification de cette ville va s'accomplir puisque Jésus, Dieu Lui-même est là, vont le rejeter et méconnaître le don de Dieu. Celui qui est venu comme Sauveur va être condamné, mis à mort, bafoué, flagellé, méprisé, honni. Jérusalem sera le lieu de son supplice le lie de sa Passion. Cette ville de Jérusalem où déjà tant de mauvais rois avaient rejeté Dieu, où tant de fois le culte des faux-dieux avait pris la place de celui du Dieu unique, où tant de fois des prophètes avaient été eux aussi méconnus et assassinés, voilà que le Fils de Dieu en personne va y venir pour souffrir et mourir pour nous. Mais c'est là aussi, à Jérusalem, que le Fils de Dieu va ressusciter et va monter au ciel et faire, définitivement et d'une façon réelle non plus seulement symbolique, communiquer le ciel et la terre. Quand Il monte à Jérusalem Il monte sur la croix et le Christ monte aussi au paradis. Il monte dans le même mouvement que celui qui l'emportera au jour de l'Ascension vers son Père.

Notre marche du carême est une montée vers la fête de Pâques, c'est une montée vers Jérusalem, non plus vers la Jérusalem géographique ou historique, mais vers la Jérusalem spirituelle, la Jérusalem nouvelle qui est ce paradis non pas lointain, non pas indéfiniment à venir, mais ce paradis qui, dès maintenant, est réel, qui existe, qui nous attend, qui nous appelle, qui nous attire, ce paradis qui est la demeure de Dieu, dont la porte est ouverte et où Dieu nous tend les bras.

Que ce temps du carême soit véritablement la montée de nos cœurs avec le Christ, à travers sa Pâque, certes à travers sa croix et sa souffrance, mais jusqu'à la béatitude, jusqu'au bonheur qui est la Jérusalem nouvelle et éternelle.

 

AMEN

 
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