AU FIL DES HOMELIES

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LE CHEMIN DE JÉRUSALEM

Ez 18, 21-28+30-32 ; Lc 9, 43 b-45+51-56
Mardi de la première semaine de carême - année C (18 février 1986)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L

e Christ annonce sa Passion à ses disciples et ils ne comprennent pas. Cette incompréhen­sion n'empêche pas le Seigneur de poursuivre son projet et c'est pourquoi, sitôt après, on nous dit "au moment où s'accomplit le temps où Il devait être enlève, Jésus prit résolument le chemin de Jérusalem."

Le dessein de Dieu a quelque chose d'immua­ble, parce que c'est Dieu qui le veut. Non pas que Dieu l'impose, mais quand Dieu veut quelque chose, Il finit toujours par y arriver. A ce moment-là dans l'évangile de Luc, nous sommes à un tournant. Jésus est totalement et pleinement dans le dessein du Père, c'est-à-dire d'être enlevé auprès de Lui, c'est-à-dire à la fois passer par la mort pour quitter ce monde et être pris dans la gloire du Père pour être manifesté comme le Seigneur de ce monde. C'est la raison pour laquelle l'évangéliste signale que Jésus prit résolument le chemin vers Jérusalem.

Cette expression, en français, est une traduc­tion "adoucie", car en réalité il faudrait traduire "voici que Jésus durcit sa face comme de la pierre, vers Jérusalem." Cette expression est tout à fait remarqua­ble, d'une part parce qu'elle est inhabituelle, elle ne se trouve que deux fois dans toute la Bible, une fois dans l'Ancien Testament et ici. C'est pourquoi il est diffi­cile de penser qu'il n'y ait pas, sous la plume de Luc, une intention manifeste. L'autre fois, c'est dans Isaïe, le chant du Serviteur, qui est la plus grande prophétie de la Passion. Le Serviteur dit : "Le Seigneur Dieu va me venir en aide. C'est pourquoi je ne me suis pas laissé abattre et c'est pourquoi j'ai rendu mon visage dur comme la pierre et je sais que je ne serai pas confondu."

Ce que je trouve important c'est que, dans un cas comme dans l'autre, l'attitude de Jésus manifeste précisément le côté inflexible du dessein de Dieu. Il faut que le salut de l'humanité réussisse et tout repo­sera exclusivement sur la totale acceptation libre par Jésus du dessein du Père. Et la manière même dont l'obéissance de Jésus se traduit, c'est précisément par la fermeté totale de son adhésion au dessein du Père.

Mais il y a une deuxième chose qui me paraît intéressante dans ce texte. C'est que le prophète avait déjà pressenti que le Serviteur devait être totalement voué au plan de Dieu. C'est pourquoi il y avait déjà cette image de la dureté de la pierre. Mais il y a une chose que Luc ajoute : "Il prit résolument le chemin, Il durcit son visage vers Jérusalem" , c'est-à-dire que la fermeté même du dessein de Dieu a un but. Ce que le Christ voit c'est Jérusalem. Or lorsque le Christ fixe son visage sur Jérusalem cela ne signifie pas simple­ment qu'il prend le cap, comme un bateau qui à l'aide des instruments et du calcul prend la direction et s'y tient. Mais c'est surtout le fait que Jésus, au moment où Il est engagé vers Jérusalem voit l'Église, car Jéru­salem c'est l'Église. A travers une expression très courte, nous avons toute la présentation du dessein de Dieu, à la fois sa fermeté (le Christ ne bronchera pas, son visage sera toujours tendu vers Jérusalem) et le but réel (le Christ sera désormais orienté, tout son regard sera porté sur l'Église) Par conséquent, rien ne pourra le faire changer d'un iota de son amour de l'Église.

Et l'on comprend le lien qu'il y a entre cette attitude de Jésus et le refus des samaritains, car si les samaritains n'accueillent pas Jésus c'est parce qu'ils pensent qu'Il va vers la Jérusalem ancienne, cette Jé­rusalem avec laquelle ils ont des démêlés. "Les juifs et les samaritains ne se parlent pas", ne s'aiment pas. Par conséquent ils ne veulent pas accueillir Jésus parce qu'ils le sentent comme un ennemi, Celui qui est tourné vers la Jérusalem ancienne. Et les disciples réagissent en fonction de ce qu'ont fait les samari­tains, il faut que le feu de la vengeance de Dieu des­cende sur eux. Et quand Jésus les réprimande, ce n'est pas simplement dans une sorte de message de pacifi­cation, c'est uniquement pour leur dire : Vous ne sa­vez pas vers quelle Jérusalem je suis tourné, ni eux ni vous. Vous ne savez pas que je suis tourné vers la Jérusalem qui est le rassemblement de toutes les na­tions. Par conséquent s'ils ont refusé de m'accueillir c'est parce qu'ils ne savent pas où je vais. Et si vous voulez leur envoyer le feu du ciel, c'est parce que vous non plus vous ne savez pas ou je vais. Mais dans la mesure où je garde mon regard fixé vers cette Église, alors j'ouvre pour vous et la possibilité d'aller à Jérusalem mais une Jérusalem autre que celle que vous pensez. Et d'autre part cette Jérusalem véritable que je vais accomplir, elle inclura aussi les samari­tains, même ceux qui, pour l'instant, ne m'accueillent pas.

Je crois que c'est pour nous, au cours de ce carême, l'occasion de comprendre qu'un des aspects de la pédagogie de l'Église c'est de nous faire avoir la fermeté du regard du Christ. Fermeté, au sens où le carême est un temps d'ascèse, de patience de maîtrise et de ténacité. Mais aussi de ne jamais perdre le but : le but, c'est la Jérusalem céleste, là où le Christ a été enlevé et où nous devons, nous aussi, à notre tour, être enlevés par sa grâce.

 

AMEN

 

 

 
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